PAR BOSSUET
ivÂQUB DS CONDOM
Madame,
e sera sans doute un grand spectacle, quand celui qui est assis sur le trône d'où relève tout l'univers , et à qui il ne coûte pas plus à faire qu'à dire, parce qu'il fait tout ce qui lui plaît par sa seule parole, prononcera du haut de son trône, à la fin des siècles^ qu'il va renouveler, toutes choses ; et qu'en même temps on verra toute la nature changée, faire paroître un monde nouveau pour les élus. Mais quand, pour nous préparer à ces nouveautés surprenantes du siècle futur, il agit secrètement dans les cœurs par son Saint- Esprit, qu'il les change, qu'il les renouvelle ;
Bossuet. D. Déforis l'a corrigé sur le manuscrit original, qui lui a fourni des additions et changements assez considérables. Nous nous y sommes conformés.» (Note de Védition des OEuvrés de Bossuet, dite Édition Lebeloxx de VersaiUeSyl. XVII, p. 262.)
SERHON
l LA rBOFKSSUM
DE LA DUCHESSE DE LA VALLIÈRE
Et dixit qui sedehat in throno :
Ecce nova facto omnia.
Apoc, xxt, .5.
Et celui qui étoit assis sur le trône a dit : « Je renouvelle toutes choses. »
I été iinprimé taoi l'aven de
core plus nouveau : et moi, pour célébrer ces nouveautés saintes, je romps un silence de tant d^années, je fais entendre une voix que les chaires ne connoissent plus.
Afin donc que tout soit nouveau dans cetçe pieuse cérémonie, ô Dieu, donnezmoi encore ce style nouveau du Sain(- Esprit, qui commence à fiaire sentir sa force toute-puissante dans la bouche des apôtres *. Quet je prêche comme un saint Pierre la gloire de Jésus-Christ crucifié ; que je fasse voir au monde ingrat avec quelle impiété il le crucifie encore tous les jours. Que je crucifie. le monde à son tour; que j'en efface tous les traits et toute la gloire ; que je l'ensevelisse; que je TenteiTC avec Jésus- Christ ; enfin, que je fasse voir que tout est mort et qu'il n'y a que Jésus-Christ qui vit.
Mes sœurs, demandez pour moi cette grâce; ce sont les auditeurs qui font les prédicateurs; et Dieu donne, par ses mi-
i . Cétoit la troisième fêle de la Pentecôte.
nistres, des enseignemens convenables aux saintes dispositions de ceux qui écoutent. Faites donc, par vos prières, le discours ^i doit vous instruire; et obtenez-moi les lumières du Saint-Esprit par l'intercession de la sainte Vierge. Açe Maria.
Nous ne devons pas être curieux de connoitre distinctement ces nouveautés merveilleuses du siècle iutur : comme Dieu les fera sans nous, nous devons nous en reposer sur sa puissance et sur sa sagesse. Mais il n'en est pas de même des nouveautés saintes qu'il opère au fond de nos cœurs. Il est écrit : « Je vous donnerai un cœur nouveau * ; » et il est écrit : « Faites-vous un cœur nouveau ' : » de sorte que ce cœur nouveau qui nous est donné, c^est nous aussi qui le devons faire ; et comme nous
\, Dabovobîs cor novum. Ezech», xxxvr, 26, 2. Facile vobis cor novum. Ezech., xvm, 31,
tUBMON
ISO
q„elque chose q»' ^^^^ ,„„„„ qm
„/„,ep=-.» l7;.';Ji„„.eU.vi.da
c'est ee q» '"" '";'"„„„ de Die» !»"•". „„„deaV.uee^'- .estce,».
';;:C::-etd.*.s.»i»-^-
nistres, des enseignemens convenables aux saintes dispositions de ceux qui écoutent. Faites donc, par vos prières, le discours qui doit vous instruire; et obtenez-moi les lumières du Saint-Esprit par Tintercession de la sainte Vierge. Açe Maria,
Nous ne devons pas être curieux de connoître distinctement ces nouveautés merveilleuses du siècle iutur : comme Dieu les fera sans nous, nous devons nous en reposer sur sa puissance et sur sa sagesse. Mais il n'en est pas de même des nouveautés saintes qu'il opère au fond de nos cœurs. Il est écrit : « Je vous donnerai un cœur nouveau * ; » et il est écrit : « Faites-vous un cœur nouveau ' : » de sorte que ce cœur nouveau qui nous est donné, c^est nous aussi qui le devons faire ; et comme nous
\, Dabovobîs cor novum, Ezech», xxxvr, 26. 2. Facile voùis cor novum, Ezech., xvm, 31.
qui laissant enfin tout au-dessous d^elle, ne se réserve plus que Dieu seul. Suivez-la dans
' tous les pas qu'elle fait pour retourner à lui, et voyez si vous avez fait quelque progrès dans cette voie ; voilà ce que vous aurez à considérer. Entrons d'abord au fond de notre matière ; je ne veux pas vous tenir
. longtemps en suspens.
l*' Point. L'homme, que vous voyez si attaché à lui-ménxe par son amour . propre, n'a pas été créé avec ce défaut. Dans son origine, Dieu l'avoit fait à son image ; et ce nom d'image lui doit faire entendre qu'il n'étoit point pour lui-même ; une image est toute faite pour son original. Si un portrait pouvoit tout d'un coup devenir animé, comme il ne se verroit aucun trait qui ne se rapportât à celui qu'il représente, il ne vivroit que pour lui seul, et ne respireroit que sa gloire. El toutefois, ces portraits que nous
animoDS, se trouveroient obligés à partager leur amour entre les originaux qu'ils représentent, et le peintre qui les a faits. Mais nous ne sommes point dans cette peine ; nous sommes les images de notre auteur, et celui qui nous a faits nous a faits aussi à sa ressemblance. Ainsi, en toute manière, nous nous devons à lui seul , et c'est à lui seul que notre âme doit être attachée. En effet, quoique cette âme soit défigurée, quoique cette image de Dieu soit comme effacée par le péché, si nous en cherchons bien tous les anciens traits, nous reconnoîtrons, nonobstant sa corruption, qu'elle ressemble encore à Dieu, et que c'est pour Dieu qu'elle est faite. Q âme ! vous connoissez et vous aimez ; c'est là ce que vous avez de plus essentiel, et c'est par là que vous ressemblez à votre auteur, qui n'est que connoissance et qu'amour. Mais la connoissance est donnée pour entendre ce qu'il y a de plus vrai, comme l'amour est donné pour aimer ce qu'il y a de meilleur. Qu'est-
ce qu'il y a de pi-us vrai, que celui qui est la vérité même? et qu'y a-t-il de meilleur, que celui qui est la bonté même ? L'âme est donc faite pour Dieu ; et c'est à lui qu'elle deroit se tenir attachée, et comme suspendue, par sa connoissance et par son amour. C'est ainsi qu'elle est l'image de Dieu. Il se connoît lui-même, il s'aime lui-même, et c'est là sa vie : et l'âme raisonnable devoit \ivre aussi en le connoissant et en l'aimant. Ainsi, par sa naturelle constitution, elle étoit unie à son auteur , et devoit faire sa félicité de celle d'un Être si parfait et si bienfaisant ; en cela consistoit sa droiture et sa force. Enfin, c'est parla qu'elle étoit riche, parce qu'encore qu'elle n'eût rien de son propre fonds, elle possédoit un bien infini par la libéralité de son auteur; c'est-à-dire qu'elle le possédoit lui-même, et le possédoit d'une manière si assurée, qu'elle n'avoit qu'à Faimer persévéramment pour le posséder toujours , puisqu'aimer un si grand bien, c'est ce qui en
assure la possession, ou plutôt cVst ce qui la fait.
Mais elle n'est pas demeurée longtemps en cet état. Cette âme, qui étoit heureuse parce que Dieu Tavoit faite à son image, a voulu, non lui ressembler, mais être absolument comme lui. Heureuse qu'elle étoit de connoître et d'aimer celur qui se connoit et s'aime éternellement, elle a voulu, comme lui, faire elle-même sa félicité. Hélas, qu'elle s'est trompée^ et que sa chute a été funeste ! Elle est tombée de Dieu sur elle-même. Que ^ra Dieu pour la punir de sa défection? Il lui donnera ce qu'elle demande ; se cherchant elle-même, elle se trouvera elle-même. Mais en se trouvant ainsi elle-même, étrange confusion ! elle se perdra bientôt elle-même. Car voilà que déjà elle commence à se méconnoître ; transportée de son orgueil elle dit : « Je suis un Dieu et je me suis faite moimême * : » C'est ainsi que le prophète fait par-
i. Et dixîstî : Deus ego sum, Ezech., xxiri, 2. £l egofecî eum, Ezech., xxix, 9.
1S6 SBHlfOH
1er les âmes hautaines, qui mettent leur félicité dans leur propre grandeur et dans leur propre excellence.
En effet, il est véritable que pour pouvoir dire : « Je veux être content de moi-même et me suffire à moi-même , » il feu t aussi pouvoir dire : « Je me suis feit moinnême, ou plutôt, je suis de m6i-fmême. » Ainsi, Tâme raisonnàUe veut être semblable à Dieu par un attribut qui ne peut convenir à aucune créature, c*est-à-*dire, par Tindépendance et par la plénitude de Têtre. Sortie de son état, pour avoir voulu être heureuse indépendamment de Dieu, elle ne peut ni conserver son ancienne et naturelle félicité, ni arriver à cdle qu'elle poursuit vainement. Mais comme ici son orgueil la trompe, il feut lui feire sentir par quelque autre endrmt sa pauvreté et sa misère. Il ne faut pour cela que la laisser quelque temps à elle-même ; cette âme, qui s'est tant aimée el tant cherchée, ne se peut plus supporter. Aussitôt qu'elle est seule avec elle-même, sa solitude lui fait horreur;
POUR Ul FftOFBSSIOlf. 1S7
elle trouve en elle^éme un vide infini, que Dieu seul pouvoit remplir : si bien qu^étant séparée de Dieu, que son fonds rédame sans cesse, tourmentée par son indigence, Tennui la dévore, le chagrin la tue ; il faut qu'elle cherche des amusemens au dehors, et jamais elle n'aura de repos, si elle ne trouve de quoi s'étourdir. Tant il est vrai que Dieu la punit par son propre dérèglement ; et que, pour s'être cherchée elle-même, elle devient elle-même son supplice. Biais elle ne peut pas demeurer en cet état, tout triste qu'il est ; il faut qu'elle tombe encore plus bas ; et voici comment.
Représentez-vous un homme qui est né dans les richesses, et qui les a dissipées par ses profusions ; il ne peut souflrir sa pauvreté. Ces murailles nues, cette table dégarnie, cette maison abandonnée, où on ne voit plus cette foule de domestiques, lui fait peur. Pour se cacher à lui-même sa misère, il emprunte de tous côtés ; il remplit par ce moyeu, en quelque façon, le vide de 'sa
138 SBIMOH
maison, et soutient Tédat de son ancienne abondance. ÀYèugle et malheureux ! qni ne songe pas que tout ce qui Téblouit menace sa liberté et son repos. Ainsi, TAme raiscmnable, née riche par les biens que lui avoit donnes son auteur, et appauTne volontairement pour s'être cherchée ellenniéme, réduite à ce fonds étroit et stérile, tâche de tromper le diagrin que lui cause son indigence, et de réparer ses ruines, en empruntant de tous cotés de quoi se remplir. Elle commence par son corps et par ses sens, parce qu'elle ne trouve rien qui lui soit plus proche. Ce corps qui lui est uni si étroitement, mais qui toutefois est d'une nature si inférieure à la sienne, devient le plus cher objet de ses complaisances. Elle tourne tous ses soins de ce c6té-là; le moindre rayon de beauté qu^elle y aperçoit suffit pour l'arrêter ; elle se mirç, pour ainsi parler, et se considère elle-même dans ce corps ; elle croit voir dans la douceur de ces regards et de ce visage, la douceur
elle trouve en elle-même un vide infini, que Dieu seul pouvoit remplir : si bien qu'étant séparée de Dieu, que son fonds réclame sans cesse, tourmentée par son indigence, Tennui la dévore, le chagrin la tue ; il faut qu'elle cherche des amusemens au' dehors, et jamais elle n'aura de repos, si elle ne trouve de quoi s'étourdir. Tant il est vrai que Dieu la punit par son propre dérèglement ; et que, pour s'être cherchée elle-même, elle devient elle-même son supplice. Mais elle ne peut pas demeurer en cet état, tout triste qu'il est ; il faut qu'elle tombe encore plus bas ; et voici comment.
Représentez-'vous un homme qui est né dans les richesses, et qui les a dissipées par ses profusions ; il ne peut souffrir sa pauvreté. Ces murailles nues, cette table dégarnie, cette maison abandonnée, où on ne voit plus cette foule de domestiques, lui fait peur. Pour se cacher à lui-même sa misère, il emprunte de tous côtés ; il remplit par ce moyeu, en quelque façon, le vide de *sa