‹ Réflexions sur la miséricorde de DieuChapitre 133 sur 183 · B&MON · texte numérisé non relu

B&MON

marque dm^ oppositioti éternelle entre la i:aison et le plaisir, c'est que, pendant que la raison demande une chose, le plaisir elfy exige une autre^ Ainsi l'àme, dévenue captive du plaisir, est; devenue en même temps ennemjje de la raison. Voilà où elle est tOQïbëe, quand elle a voulu emprunter des seiis de quoi réparer ses pertes; mais ce n^est pas là encore la fin de ses maux. Ces sens, de qui elle emprunte, empruntent eux-mêmes de tous cotés ; ils tirent tout de leurs objets, et eiigagent, par coûséc^uent, à tous ces objets extérieurs, Tâme^ qui, Uvrée aux sens, ne peut plus rien avoir que par eux.

Je ne veux point ici vous parler de tous les seaspour vous faire avouer leur indigence. Considérez seulement la vue, à combien d'objets extérieurs elle nous attache. Tout ce qui brille, tout ce qui rit aux yeux, tout ce qui paroît grand et magnifique , devient l'objet de nos* désirs et de notre curiosité. Le Saint-^Esprit nous en avoit bien

d*ii ne humeur paisible; dans la délicatesse des traits, la délicatesse de l'esprit ; dans ce port et cette mine relevée, la grandeur et la noblesse du courage. Foible et trom-^ peuse image sans doute; mais en6n la vanité s'en repaît! A quoi es-tu réduite, âme raisonnable? Toi, qui étois née pour rélernité et pour un objet immortel , tu deviens éprise et captive d^une fleur que le soleil dessèche , d\me vapeur que le vent emporte ; en un mot, d^un corps qui, par sa mortalité, est devenu un empêchement et un fardeau à Tesprit.

Elle n'est pas plus heureuse en jouissant des plaisirs que ses sens lui offrent : au contraire, elle s'appauvrit dans cette recherche, puisqu'en poursuivant le plaisir, elle perd d'abord la raison. Le plaisir est un sentiment qui nous transporte, qui nous enivre, qui nous saisit indépendamment de la raison, et qui nous entraine malgré ses lois. La raison, en effet, n'est jamais si foible que lorsque le plaisir domine ; et ce qui

marque une oppoûdon étemelle cmlie k raison et le plaisir, c'est que, pendant que la raison demande une <iiose, le plaisir cli exige une autre. Ainsi l'âine, 'devenue captiTe du plaisir, est devenue en même tenq» ennemie de la raison. Voilà où elle est tombée, quand elle a voulu emprunter des sens de quoi réparer ses pertes; mais œ n^est pas là encore la fin de ses maux. Ces sens, de qui elle emprunte, empruntent eux-mêmes de tous cotés ; ils tirent tout de leurs objets, et engagent par conséquent,, à tous ces objets extérieurs, Tàme^ qui, livrée aux sens, ne peut plus rien avoir que par eux.

Je ue veux point ici vous parler de tous les sens pour vous faire avouer leur indigence. Considérez seulement la vue, à combien d* objets extérieurs elle nous attadie. Tout ce qui brille, tout ce qui rit aux yeui, tout ce qui paroît grand et magnifique, devient Tobjet de nos- désirs et de notre curiosité. Le Saint-Esprit nous en avoit bien

avertis^ loi^u^il avoit dit cette parole : « Ne suivez pas vos pensées et vos yeux., vous souillant et vous corrompant; » disons le mot du Saint-Esprit : « vous prostituant vous-mêmes à tous les objets qui se présen-, tent'. » Nous faisons tout le contraire de ce que Dieu commande ; nous nous engageons de toutes parts; nous qui n^avions besoin que de Dieu, nous commençons à avoir besoi%de tout. Cet homme croit s'agrandir avec son équipage qu'il augmente, avec ses appartemens qu^il rehausse, avec son domaine qu'il étend. Cette femme ambitieuse et vaine croit valoir beaucoup, qu^nd elle s'est chargée d'pr, de pierreries et de mille autres vains ornemens. Pour la parer , toute la nature s'épuise, tous les arts suent, toute l'industrie se consume. Ainsi, nous amassons autour de nous tout ce qu'il y a de plus rare ; notre vanité se repaît de cette fausse abondance ; et par là nous tombons

i . Nec sequanlur cogitationes suas et oculoSf per res varias fornlcantes, NuM«, xv, 30*

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iii&eiisibleinent dans les pièges de l'avarice, triste et sombre passion, autant qu'elle est cruelle et insatiable.

C'est elle, dit saint Augustin, qui, trouvant V^mv pauvre et vide au dedans, la pousse au dehors, \a partage en mille soucis, et la consume par des efforts aussi vains que lalnirieux. Elle se toui-mente comme dans un songe : on veut parler, la voix ne suit pas ; on veut faire de grands iWjuveniens, on sent ses membres engourdis.

Ainsi, l'âme veut se remplir, elle ne peutj son argent qu'elle appelle son bien est dehors, et c'est le dedans qui est vide et pauvre. Elle se tourmente de voir son bien si détaché d'elle-même, si exposé au hasard, si soumis au pouvoir d' autrui. Cepeudantelle voit croître ses mauvais désirs avec ses richesses. ■ L'avarice, dit saint Paul, est la racine de tous les maux. ■ RadixomnUtm malorum est cupiditas*. En effet, les ri-

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