I. Db aen pan. I, roi
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dépendance, et sent qae la justice qui lui est donnée ne subsiste pas toute seule, mais que Dieu la crée en elle à chaque instant : de sorte qu^elle se tient toujours attentive de ce coté-là; elle demeure toujours sous la main de Dieu, toujours attachée au gouTcrnement et comme au rayon de sa grâce. En cet état, elle se connoit, et ne craint plus de périr, de la manière dont elle le craignoit auparavant ; elle sent qu'elle est faite pour un objet éternel, et ne connoît plus de mort que le péché.
Il faudroit ici vous découvrir la dernière perfection de Tamour de Dieu; il faudroit vous montrer cette âme détacViée encore des chastes douceurs qui Tont attirée à Dieu, et possédée seulement de ce qu*elle découvre en Dieu même, c'est-à-dire de ses perfections infinies. Là se verroit Tunion de Tâme avec un Jésus délaissé; là s^entendroit la dernière consommation de Tamour divin dans un endroit de Tâme si profond et si retiré, que les sens n'en soup-
roniient rien, tant il est éloigne de leur région. Mais pour explii(uer rette malii-re, il fuudi'oit tenir un langage que le moiuie il 'en ten droit pas.
Finissons donc ce discours, et permettez qu'en le finissant je vous demande, messieurs, ù les saintes vérités que j'ai annoncée* ont excité en vos cceurs quelque étint«Ile de l'amour divin. La vie chrétienne ([Ue je TOUS propose si pénitente, si mortifiée, si détachée des sens et de Dous-mémes, vous paroît peut-être impossible. Peut-on vivre, direz-voust de celte sortei" Peut-on renoncer à ce qui plaît? On vous dira de lâ-hniit* qu'on peut quel(jue chose de plus diflicile, puisqu'on peut emhrasser tout ce qui choque. Mais pour le faire, direï^ïous, il faut aimer Dieu; et je ne sais si on peiil le connoître assez pour l'aimer autant qu'il faudroit. On vous dira de là-haut qu'on en
i. Madamede LaYnUièrpétuità la grille d'en iTec la Reine, {/foie Je réduion Ubel.)
connoit assez pour Taimer sans bornes.
Mais peut-on mener dans le monde une telle vie? Oui, sans doute, puisque le monde même vous désabuse du monde.
Ses appas ont assez d^llusions, ses faveurs assez d'inconstance, ses rebuts assez d*amertume; il y a assez d'injustice et de perfidie dans le procédé des hommes , assez d^inégalités et de bizarreries dans leurs humeurs incommodes et contrariantes; c^en est assez sans* doute pour nous dégoûter.
Eh! dites-vous, je ne suis que trop dégoûté ; tout me dégoûte, en effet, mais rien ne me touche ; le monde me déplaît, mais Dieu ne me plaît pas pour cela. Je connois cet état étrange, malheureux et insupportable, mais trop ordinaire dans la vie. Pour *en sortir, .âmes chrétiennes , sachez que qui cherche Dieu de bonne foi, ne manque jamais de le trouver. Sa parole y est expresse : « Celui qui frappe, on lui ouvre ; celui qui demande, on lui donne; celui qui
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cherche, il trouve infailliblement*.» Si donc VUII3 ne trouvez pas, sans doute vous ne cherchez pas. Remuez jusqu'au fond de votre cœur : les plaies du cœur ont cela (]u' elles peuvent être sondées jusqu'au fond, pourvu qu'on ait le courage de les pénétrer. Vous trouverez dans ce fond un secret orgueil qui vous fait dédaigner tout ce qu'oa vous dit, et tous les sages conseils ; vous trouverez un esprit de raillerie inconsidérée, qui naît parmi l'enjouement des conversations. Quiconque en est possédé, croit que toute la vie n'est qu'un jeu : on ne veut que se divertir, et la face de la raison, si je puis parier de la sorte, paroît trop snieuse et trop chagrine.
Mais à quoi est-ce que je m'étudie f à chercher des causes secrètes du dégoAt que vous donne la piété P II y en a de plus grosùères et de plus palpables ; on sait quelles
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sont les pensées qui arrêtent le monde ordinairement. On n'aime point b piété véritable, parce que, contente des biens éternels, elle ne donne point d'établissement sur la terre, elle ne fait point la fortone de cenx qui la suivent. C'est Tobjection ordinaire que font à Dieu les hommes du monde; mais il y a répondu, d'une manière digne de lui, par la bouche du prophète Malachie * : « Vos paroles se sont éle-
1. Invaluerunt super me verba vestra, Mcit Domiitus, Et diristis : Qtûd locuii sumus contra te ? Dlxlstis : Vo' mus est, ^ui servit Deo : et <iuod emolumentum quia eus» todipimus prmcepta ejus^ et quia ambulavimus tristes coram Domino exercituum? Ergo nunc heatos dicimus arrogantes : siquidem mdificati sunt facientes impie ta» fem ; et tentaverunt Deum^ et saivi facti sunt. Tune lo» cuti sunt timentes Dominum, unusquisque cum proximo suo. Et attendit Dominas, et audivit : et scriptus est liber monumenti coram eo timentihus Dominum^ et cogitant ibus ntmen ejus. Et erunt miîti^ ail Dominas rxercituum^ in die qua ego facio^ in peculium : et parcam eis, sicut parcit vir filio suo servienli siùi. Et converti" mini^ et videbitis quid sit inter juslum et impinm^ et in» ter servientem Deo, et non servientem ei. Malach., lî, i3 et scq.
vees contre moi, dil le Seigneur, et tous ave/, repondu : Quelles paroles avons-nous proférées contre vous? — Vous avez dit ; Celui qui sert Dieu se tourmente eu vain. Quel bien nous %st-il revenu d'avoir gardé ses coinmandemens, et d'avoir marché tristement devant sa face? Les hommes superbes et eotreprenans sont heureux : car ils se sonl établis en vivant dans l'impiété, et ils ont tenté Dieu en songbnat à se faire heureux malgré ses lois, et ils ont fait leurs affaires. - Voilà l'objection des impies , proposée dans toute sa force par le Saint-Esprit. «A ces mots, poursuit le prophète, les geus <le bien étonnés se sont parle secrètement les uns aux autres. •• Personne sur la terre n'ose entreprendre , ce semble , de répondre aui impies qui attaquent Dieu avec une audace si insensée ; mais Dieu répondra lui-même : ■ Le Seigneur a prêté l'oreille à ces choses, dit le prophète , et il les a ouïes : il a fait nn livre où il écrit le nom de ceux qui le servent; et en ce jour où j'agis, dit le Sei-
gne'ur des armées, c'est-à-dire, en ce dernier jour où j'achève tous mes ouvrages, où je déploie ma miséricorde et ma justice, en ce jour, dit-il, les gens de bien seront ma possession particulière ; je les traiterai comme un bon père traite un fils obéissant. Alors vous vous retournerez, ô impies, vous verrez de loin leur félicité, dont vous serez exclus pour jamais, et vous verrez alors quelle différence il y a entre le juste et Timpie, entre celui qui sert Dieu et celui qui méprise ses lois. >»
C'est ainsi que Dieu répond aux objections des impies. Vous n'avez pas voulu croire que ceux qui me servent puissent être heureux ; vous n*en avez cru ni ma parole, ni Texpérience des autres; votre expérience vous en convaincra 5 vous les verrez heureux, et vous vous verrez misérables. Hœc dicit Dominas faciens hœc. C'est ce que- dit le Seigneur, il l'en faut <;roire, car lui-même qui le dit, c'est lui qui le fait; et c'est ainsi qu'il fait taire les superbes et les incrédules. ,
Serez-voiis assez heureux pour profiter
(le cet avis, ei pour prévenir sa colère? Allez, messipurs, et pensez-y: né songez point au prédicateur qui vous a parlé, ni s'il a bien dit, ni s'il a mal dît ; qu'importe qu'ait dit un hommemortel ? il y a unpredicateur invisible qui proche dans le fond des cœurs; c'est celui-là que les prédicateurs et les auditeurs doivent écuuter. C'est lui qui parle intmeiirement à celui qui parle au dehors, et e'est lui que doiyent entendre au dedans du cœur tous ceux qui prêtent l'oreille aux discours sacrés. Le prédicateur qui parle au dehors, ne fait qu'un seul sermon pour tout un grand peuple; mais le prédicateur du dedans, je veux dire le Saint-Esprit, fait mitant de prédI<:ations différentes qu'il j a de personnes dans un auditoire; car il parle à chacun en particulier, et lui applique selon ses besoins la parole de la vîe éternelle. Ecoulez-le donc, chrédens, laissezlui remuer au fond de vos cœurs ce secret principe de l'amour de INeu.
Esprit saint , Esprit paci6que, je vous ai
préparé les voies en prêchant votre parole. Ma voix a été semblable peut-être à ce bruit impétueux qui a prévenu votre descente.
Descendez maintenant , o feu invisible ! et que ces discours enflammés, que vous feiiez au dedans des cœurs , les remplissent d'une ardeur céleste. Faites-leur goûter la vie éternelle, qui consiste à connoître et à aimer Dieu; donnez-leur un essai de la vision, dans la foi ; un avant-goût de la possession, dans Tespérancè ; une goutte de ce torrent de délices qui enivre les bienheureux, dans les transports célestes de l'amour divin.
Et vous, ma sœur, qui avez commencé à goûter ces chastes délices, descendez, allez à Tautel ; victime de la pénitence, allez achever votre sacrifice. Le feu est allumé, l'encens est prêt, le glaive est tiré : le glaive, c'est la parole qui sépare l'âme d'avec ellemême pour l'attacher uniquement à son Dieu. Le sacré pontife* vous attend avec ce
i. M. l'arche vôque de Paris.
voile mystérieux qu€ vous demandez. Enveloppez-vous dans ce voile 5 vivez cachée à vous-même, aussi bien qu'à tout le monde ; et, connue de Dieu, échappez-vous à vousmême, sortez de vous-même,) et prenez un si noble essor, que vous ne trouviez de repos que dans l'essence du Père , du Fils, et du Saint-Esprit.