APPROBATION
Tai la une lettre manuscrite^ dans laquelle on décrit en peu de mots^ et d*une manière ton» chante, toutes les circonstances de la vie pénitente^ et de la sainte mort de P illustre sœur Louise de la Miséricorde^ carmélite.
Fait h Paris ^ *ce 42 juiliet HiO.
Pastel.
F'u l'approbation du sieur Pastel, docteur et professeur de Sorbonne, Permis d*imprimen
t'ait à Paris ^ ce \Z jvillet M KO,
M. VoYER d'Arc ENSON.
LETTRE CIRCniAlRE
PBIEl'nE DES CABHËLITES DE F
Jésus f M«ria.
Ma révérende et très-chère mère,
? aix en Jésus-Christ, C'est avec I une douleur bien juste et bien • amère, que nous vous demandons les prières de l'Ordre pour notre très-honorée sœur Louise de la Miséricorde,
professe de ce monastère, qu'une maladie de trente heures vient de nous enlever. Elle a été un des pins parfaits modèles de pénitence que Dieu ait fait voir de nos jouK. Nous avons appris d'elle-même que plusieurs personnes d'une grande piété désirant fort sa conversion , la deniandoient sans cesse à Dieu par de ferventes prières, Quelques années s'écoulèrent sans que leurs vœux fussent exauces. Ma sœur Louise de la Miséricorde étoit née avec d'heureuses inclinations; elle avoit l'esprit solide, le cŒur nohlc, l'huineur douce et égale; elle faisoit de grandes aumônes, et sa charilé pour les pauvres ne se peut exprimer. Va saint religieux ayant été un jour quêter cheî elle, reçut de sa main une somme fort considérable. Surpris de cette grosse aumône : Madame, lui dit-il, vous êtes trop charîtor ble pour que Dieu n'ait pas pitié de vont; espérez en lui, vous éprouverez un jour Ut effets de sa miséricorde. Ces paroles lui donnèrent de la joie, et lui firent tant d'im-
LOUISE DB LA MISERIcdlLDE. 167
pression qu'elle s'en est toujours souvenue ; elles furent un heureux présage, Eclairée , peu de temps après, des lumières de la grâce, et le cœur vivement touché, elle ne pensa plus qu'à se, consacrer à Dieu par les' vœux de la religion. Quelques-uns de ses amis ayant su son dessein, voulurent lui persuader qu'elle feroit plus de bien en demeurant dans le monde qu'en le quittant. Ce seroit à moi une horrible présomption , leur ditelle, de me croire ptopre à aider le prochain; quand on s'est perdu soi-même^ on n'est ni digne ni capable de ^eri^ir les autres. Elle entroit quelquefois dans le monastère des révérendes mères Capucines; elle connoissoit leur vertu et avoit pour ces saïntes religieuses toute l'estime qu'elles méritent. Elle délibéra quelque temps entre leur saint Ordre et le nôtre; mais elle résolut enfin de choisir cette maison. Dans les commencement de sa conversion , son amour pour Dieu étoit déjà si grand», qu'écrivant à un de ses amis, en qui elle avoit une entière
confiance : Dieu est si bon, lui disoit-elie, j quau lieu des châtimens que fai mé rites ^ . il m envoie des consolations; mon amour j pour lui redouble à chaque instant; on ne ■* goûte de plaisir parfait que lorsquon esta jg lui sans resen^e; quelle grâce de n aimer que Dieu et par oh pourroit-on la mériter P . Je décrois me sacrifier tout entière pour reconnqîire la moindre de ses faiseurs ? Que ne dois-je donc pas faire pour ré- . parer le nombre d^ années que fai passées a à V offenser P Malgré la grandeur de mes j péchés ^qui me -sont toujours présens ^ je sens g que r amour aura plus de part à mon sacri' « fice^ que la crainte de ses jugemens. Nos mères, à qui elle avoit ouvert son cœur, 3 ne pouvant douter de sa vocation, lui . promirent de la recevoir; elle entra avec beaucoup de fermeté. Plusieurs personnes voulant l'effrayer sur son entreprise, lui avoient dit qu'elle seroit bien étonnée lorsqifelle entendroit- fermer sur elle notre porte de clôture; mais Dieu qu'elle venoit
oâEcâs ^ Eiisx tLiii— M 3Difr râtùnt £; L et Ayms^ag MiBBUJL nnimmCL tekxai MKsii! jMK -ie^ ^B wr SUIS ^i^aiBzT ir nomrcaB ik Km. <rl icsçrac Jifr stcsAs^ 1^ jour màBc de- su «noiat* «Qk: se tt yàmias les cherenx.; k- pcs ficrwifrtHL vçi<3it %moigna pour sï |niijMiifc otsitt see^û. «: surprit bien d.»bg^ fc» ,««-«« yn TaToient Tue dans le moadg. Se* "wmminii dan^ l'asile où la Pnmdmce Fairat oosdinie. elir prit pour elle le conseil de siint Bem»^ : Si i^oiis commencez à voms ^bmacr m Dieu, commencez parfaitement.
Dieu lui donna une grande EKÎfilê pooi Il 10
toutes les pratiques de la vie religieuse ; il sembloit aplanir les voies devant elle. Elle demanda comme une grâce de porter notre habit avant que de le prendre en cérémanie; elle y fut d'abord accoutumée , excepte à notre chaussure, dont elle a souffert jusqu'à s^ mort. Notre nourriture ne lui fit point de peine; danslescommencemens même, elle n'y voulut aucun adoucissement. Porter la serge, coucher sur la dure , l'assiduité au travail, qui n'est interrompu que par la lecture et 1» prière , un jeûne austère , un silence continuel devinrent ses délices ; elle ne manqua jamais aux plus petits assujettissemens des novices. Sachant qu'elle étoit sujette à de grands maux de tête, nous lui demandâmes un jour si elle ne trouvoit point pénible de baisser toujours les yeux : Point du tout^ nous répondit-elle, cela me lesrepose; je suis si lasse de {foir les choses de la terre , que je trouife même du plaisir à ne les pas regar^ der» L'empressement que ma sœur Louise de la Miséricorde témoigna pour prendre
Thabit, fit abréger en sa faveur le temps des premières épreuves. Elle choisit pour cette cérémonie le troisième dimanche d'après la Pentecôte^ auquel l'Eglise fait lire l'Evangile du Pasteur qui rapporte sa brebis au troupeau. Les sentimens de pénitence et d'humilité dans lesquels elle fit cette action ne peuvent s'exprimer. Un spectacle si touchant attira dans notre église un prodigieux concours de monde. Sitôt qu^elle eut pris l'habit, on vit en elle un renouvellement de ferveur et d'attention pour la pratique de toutes les vertus chrétiennes et religieuses, elle n'eut plus d'autre vue ni d'autre désir que d'en remplir les devoirs avec perfection* Elle auroit eu honte de se borner aux pénitences de la règle. Un désir insatiable de souf&ances la consumoit. La sainte pénitente de l'Evangile devint son modèle; eUe aima, elle pleura comme elle aux pieds de Jésus-Christ. On la trouvoit souvent dans des lieux retirés prosternée contre terre, le visage tout baigné de larmes. La vue de ses
péchés passés rhumilioît sans la décourager. Elle avoit , selon Tavis du sage , des sentimens de Dieu dignes de sa bonté, le cherchant avec un cœur simple. Son progrès dans Taraour et dans Thumilité faisoit notre étonnement; elle souhaitoit d'être rassasiée d^opprobres, persuadée qu'il n'y avoit rien de trop bas et de trop pénible pour elle. Elle demanda à faire profession en qualité de converse; notre très - honorée mère Agnès de Jésus-Maria, qui .venoit d'être élue prieure, Tassura que cet état n'étoit pas sa vocation. Ma sœur Louise de la Miséricorde, qui avoit un respect et une confiance particulière pour elle, se rendit à ses lumières; mais cette sage prieure, pour donner quelque chose à sa ferveur , lui permit d'aider nos sœurs du voile blanc, et de s'employer au travaille plus pénible de la maison, ce qu'elle a continué de faire tout le temps que ses forces le lui ont pu permettre.
Elle vit arriver avec joie le temps de sa profession ; elle la fit au Chapitre, selon
notre usage, le troisième de juin 1675 , et prit le voile noir le lendemain en public. La reine honora cette cérémonie de sa présence, et le concours du monde fut encore plus grand que le jour qu'elle avoit pris l'habit. Transportée de joie et de reconnoissance : Quel bonheur^ disoit-elle, écrivant à un de ses amis. Je puis donc dire avec vérité que je suis pour jamais à Dieu; je tiens à lui par des liens si forts que rien ne pourra les rompre ; je suis liée par les vœux que j'ai faits ^ et niille fois plus liée encore par r amour qui me les a fait faire. Qui me séparera de la charité de Jésus ~ Christ ? Comblée de faveurs, enivrée du vin de rÉpoux, les témoignages de sa bonté ne lui ôtèrent jamais la vue de sa justice. Elle ne fut pas plus tôt professe, qu'elle livra une nouvelle guerre à tous ses sens. On la vit plus attentive que jamais aux occasions de se mortifier; elle n'en laissoit passer aucune. Elle demandoit sans cesse à jeûner au pain et à Teau, à porter la haire et le cilice, des
ceintures et des bracelets de fer , et à faire beaucoup d'autres macérations. Notre mère Agnès, respectant en elle l'esprit de pénitence qui l-animoit, se rendoit souvent à ses désirs. Quand elle étoit refusée, f^ous mé^ pargnez beaucoup^ lui disoit-elle, maîs^ ma mère^ Dieu y suppléera. Elle se levoit tous les jours deux heures avant la Communauté, et passoit ce temps en prières devant le Saint-Sacrement. Les plus rudes hivers ne lui firent rien relâcher d'une pratique si pénible. On l'a souvent trouvée presque évanouie de froid. Une fois même, étant au grenier, où elle étendoit du linge mouillé, elle s'évanouit entièrement. Un grand érésipèle à la jambe l'ayant fait beaucoup souffrir sans qu'elle en voulût rien dire, le mal devint si considérable qu'on s'en aperçut, et qu'on l'obligea, d'aller à l'infirmerie. Nous lui fîmes quelques reproches de porter si loin sa ferveur : Je ne savais ce que c étoit, nous répondit-elle, je ny avois pas regardé. Elle a toujours témoigné la même
indifTigrence pour sa santé, et pour tout ce qui la regardoit. Un jour du Vendredi Saint, elle se sentit si portée à honorer la soif de Jésus-Christ sur la croix, que pour y rendre quelque hommage, et expier le plaisir qu'elle avoit pris autrefois à boire des liqueurs, elle fut plus de trois semaines sans boire une goutte d'eau, et trois ans entiers à n'en boire par jour que la valeur d'un demi verre. Cette affreuse pénitence ayant enfin été découverte, une de mes sœurs lui demanda si elle avoit cru la pouvoir faire sans permission et de son propre mouvement : Tai agi sans réflexion^ lui répondit- elle, je nai été occupée que du désir de satisfaire à la justice de Dieu,
Quelques années après sa profession, elle perdit M. son frère qu'elle aimoit tendrement. En apprenant cette triste nouvelle, elle éleva son cœiu' vers Dieu, et lui sacrifia si pleinement sa dpuleur qu'elle n'eu donna aucune marque. Dans la suite du temps , ayant fait une perte encore plus
seiiMblc, une pei-soiine de ses amis, toucliée lie rcITorl qu'elle faisoit pour cacher sa douleur, lui dit que quelques larme- Kiulngcoîent le coeur et n'i'loîeni poiiii un aime. // fout fout sacrifier^ réponditelle nvec courage, c'est sur moi seule tjtiêje tfois pleurer. Elle a toujours eu la mt-me eoitstance et la même fidolitê daus toutes les épreuves ot'i il a plii â Dieu de la mettre. Sa tendre piété pour le Saïut-Sacrement Itli fit rJoniier, il y a fort longtemps, le soin de notre Oratoire; elle prit plaisir à l'orner et â l'emliellir, et en préparant à Jésus-Christ une demeure au milieu de ses épouses, elle ne eessoit de lui demander de préparer son cœtir pour le recevoir. Elle se nouiTissoit avee ardeur de son corps et de sa parole. Jésus-Clirist dans l'Eucharistie étoît sa forée et sa consolation; sa vie, cachée dans ce sacrement, son silence, sa paùence, son obéissance, son déuAment, son' état de mort étoient aussi son modèle; l'unique étude de cette sainte religieuse étoit de l'iinî ter, Jésu»-
Christ bénit son travail ; sa fidéjité à pratiquer les vertus dont il nous donne Texemple dans cet adorable mystère, rendit en elle ces mêmes vertus comme naturelles. Son détachement des créatures, et son désir d'en être plus séparée, lui firent demander d'être envoyée dans un de nos couvens des plus pauvres de FOrdre et des plus éloignés. Cette permission ne lui fut point accordée ; son exemple nous étoit trop utile, et sa personne trop chère pour consentir à son éloignement. Elle n'alloit jamais au parloir que par obéissance et par charité ; elle y demeuroit le moins qu'il lui étoit possible. Les gens du monde respectant enfin son goût pour la solitude, la détournoient beaucoup moins depuis quelques années. Charmée du repos dont elle jouissoit, elle passoit les journées entières à répandre son cœur devant Dieu. Pénétrée de reconnoissance des grâces qu'elle en avoit reçues, elle imploroit sans cesse la*méme miséricorde pour les pécheurs. Vraie fille de notre mère sainte
178 MORT DK
Thérèse, les besoins de l'Eglise, ceux de l'Etat, le désir de la conversion des infidèles, étoicnl pour elle une source intarissable de prit'res. Touchée jusqu'au fond du cœur de In misère des pauvres qu'elle ne pouToil plus secourir, elle demundoir à Dieu de les secourir par d'autres mains que les siennes, et de leur donner la patience. Elle avoilà la sainte Vierge un recours continuel el plein de confiance, et la regardant comme le refuge des pécheurs et la consolation d« affligés, elle g'adressoit à elle dans toute ses peines, et dans tous ses besoins. Elle avoit encore une dévotion fort particulière à notre père saint Joseph, à notre mère sainte Thérèse, à saint Augustin, à sainte Madeleine, et à tous les saints pénitens dont elle a suivi les traces avec une fidélité qui ne s'est jamais démentie. Ma sœur
^Louise de la Miséricorde ayant épuisé ses forces par ses grandes austérités, étoit de-
J venue fort infirme j un mal de tête habituel.
\ une sciatique douloureuse, un rhumatisme
LOUISE DE LA MISÉRICOaDE. 179
universel , et un grand nombre d'autres maux exercèrent longtemps sa patience; elle n'en laissa voir que ce qu'elle ne put cacher. Jamais aucune plainte ne sortoit de sa bouche, et quand on Texhortoit à prendre quelque repos : // ri y en peut avoir pour moi sur ia terre^ nous répondoit-elle. Son désir de posséder Dieu, sa crainte de le perdre, lui faisoient désirer la mort avec ardeur. Que mon exil est long! disoit-elle souvent avec le prophète * . Ses maux, redoublant tous les joui'S, nous firent craindre qu'elle ne fût bientôt exaucée. Nous Ta suppliâmes avec instance de prendre quelque soulagement, et de faire quelques remèdes : elle y consentit, mais elle ne s'en trouva pas mieux. Ses souffrances augmentoient toujours, et ses souffrances faisoient sa joie : Que celui qui a commencé achetée de me réduire en poudre^ , disoit-elle avec
i . Beu mihi , quia incolatus meus prolongatus est. p8. cxix , 5.