‹ Réflexions sur la miséricorde de DieuChapitre 145 sur 183 · COMTE DB GUIGNE · texte numérisé non relu

COMTE DB GUIGNE

qu'elle ne peut être réparée que par la repentance. Je diray seulement que voyant mes ennemis m'attaquer si lâchement et me vouloir noircir de leurs ciimes, je suis bien aise de m'en tenir à. la part que j'y ay pu avoir et faire connoître quelle a esté la leur.

« La proposition de la lettre m'a esté faite par M. de Vardes, à qui madame la comtesse de * Soissons avoit donné le dessus du paquet du roy d'Espagne. Il désira m*en donner part, parce qu'il ne pouvoit s'en passer et que la Reine ne sa voit pas encore assez bien lire le francois.

« Je résistay d'abord à la chose ; je le désapprouvay, sans pourtant appuyer aussi fortement contre, que je le devois ; et je me laissay aller ensuite à une complaisance très-condamnable. La lettre fut donnée à un garde appelé S. Éloy, par un homme qui alloit trouver Gourville, et qui n'avoit d'autre qualité pour estre choisi que de ne devoir revenir que de longtemps à la cour. Un jour que le Roy alloit à Versailles, M. de Vardes accompagna Sa Majesté, à son retour, jusqu'à l'entrée de la chambre de la Reine, où, à la porte du petit cabinet,

ET MADEMOISELtk DE LA YALIIÈRE. 195

la senora Molina remît le paquet entre les mains <inRoy, qui peut se souvenir de ceci. Le dessein de M. de Vardes estoit de jouir de la première entrevue de Leurs Majestés, pour voir l'effet qne la lettre auroit produit. Ge fut au départ de dom Cbristoval de Gaviria, et il prit cette occasion pour qu'il ne semblât pas étrange à Sa Majesté de recevoir un paquet d'une autre main qiie de celles par où ont açcoustumé de passer ceux qui viennent d'Espagne. II feignit qu'il luj estoit venu à quelques lieues de Paris. M. de Vardes vouloit encore que, s'il estoit possible, on donnât le paquet à la Risse, parce que la jugeant plus imprudente, il croyoit qu'il seroit plus inconsidérément remis entre les mains de la Reine.

« Voilà un récit sincère de la chose. Quant aux raisons qui l'ont porté à l'entreprendre, la première et la plus considérable est le chagrin de madame la comtesse de Soissons dans l'affaire des princes de Lorraine, qui oblige M. de Vardes de s'en venger en ce qui luy estoit possible; l'autre estoit de perdre mademoiselle de La Vallière,et si j'ose dire, la seule qui m'y ait fait entrer. Il craignoit furieusement que le Roy ne

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