DE LA YALLIERE. LXXXIX
à confesse. On revint à Compiègne. Le Roi, c^est encore Mademoiselle qui parle, voyoit souvent madame de Montespan dans sa chambre. Elle logeoit au-dessus de lui. Un jour, la Reine se plaignit que le Roi ne se fût couché qu'à quatre heures. Mademoiselle eut bien envie de sourire , quand Louis XIV répondit qu'il étoit occupé à lire des dépêches*. Cependant, on se promenoit tous les jours, et madame de Montespan étoit l'âme de toutes les parties. Quant au Roi, Mademoiselle constate malicieusement qu'il étoit d'une gaieté admirable.
4. Écoutons Mademoiselle elle-même; la scène est des plus curieuses sous sa plume : c Un jour en dînant , la Reine se plaignit de quoi on se couchoit trop tard, et se tourna de mon côté et me dit : c Le « Roi ne s'est couché qu'à quatre heures ; il étoit grand « jour; je ne sais pas à quoi il peut s'amuser. » Il lui dit : c Je lisois des dépêches et j*y faisois réponse. » Elle lui dit : « Mais vous pourriez prendre une autre a heure. » 11 sourit , et pour qu'elle ne le vît pas, tournoit la tête de mon côté. J'avois bien envie d'en faire autant ; mais je ne levai pas les yeux de dessus mon assiette, s Mémoires; t. IV, p. 52.
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Oq étoit alors au mois de juillet 1667. Le 2 octobre suivant, la duchesse de La Vallière donnoit le jour au comte de Vermandois. Cette fois encore, racoouchemeDt eut lieu en cachette , et Ton fit inédianoche dans la chambre de la mère ; mais le comte de Vermandois ne tarda pas à être avoué et reconnu comme sa sœur.
« Ils logèrent et logent encore, dit Mademoiselle, chez madame Golbert *. »
1. Mémoires; t. IV, p. 62. — On lit dans une lettre de Golbert à Louis XIV du 19 mai 1670 : c La santé de mademoiselle de Blois et de M. le comte de Vermandois sont [sic) entièrement rétablies. » Et, en marge, de l'écriture du Roi. c Je suis très-aise qu'ils soient tous deux en parfaite santé. Ti Documents histO' tiques, par M. ChampoUion-Figeac ; t. II, p. Si5.
D'après les États du Comptant de l'année 1675 (Archives de l'empire, K. i 19), Louis XIV, donnoit c pour Tentretènement de la maison du comte de Vermandois et de mademoiselle de Blois » 80 000 livres , soit en mounaie d*aujourd'hui , environ
320 000 francs, par an. Il avoit donné , dans la même année, pour achat de vaisselle d'argent, chevaux, carrosses et meubles pour rétablissement de leur maison, 30 000 livres.
DE LA YALLIERE.
Madame de, La Yallière cesse d*étre aimée du Roi. — Sa résignation excessive. — Elle se retire à Chaillot et revient à la cour. — Une chasse au sanglier. — La duchesse de La Yallière et madame de Montespan. — Le maréchal de Bellefonds. — Projets de retraite. — - Railleries de madame de Scvigné à ce sujet. — Ces projets deviennent sérieux. — Correspondance avec le maréchal de Bellefonds. — Chagrins de madame de La Yallière. — Elle écrit les Bé' flexions sur la miséricorde de Dieu. — Lettres de Bossuet qui la concernent. — La retraite aux Carmélites est décidée.— Les adieux. — La messe du Roi. — Entrée aux Carmélites.
Les folles hauteurs et la Yanitë cruelle le la duchesse de La Yallière pendant le ^voyage d'Avesnes lui avoient porté malheur; Texpiation commença aussitôt après.
Aux jours de bonheur et de confiance succédèrent les jours de doute, de crainte, remplacés enfin par la plus terrible des certitudes .vj^len'étoit plus aimée. Espérat-elle reconquérir ce* Cœur dont la posses-
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sion Tavoit, pendant tant d'années, rendue si heureuse? Tout le fait supposer. La nouvelle inclination du Roi, les menaces et les forfanteries du marquis de Montespan eurent néanmoins un trop grand éclat pour que la duchesse de La Yallière ait pu se faire illusion longtemps. Gomment concilier la douleur profonde qu'elle dut éprouver et le rôle qu'elle accepta auprès du Roi et de la nouvelle maîtresse? On aurQi];..aimé plus
de résolution et d'énergie, une fuite soudaine et irrévocable. La ouchefloo do La Vaitrèfé^préféra rester^t suuffiii', l'cteuue
sans doute par un vague espoir dont, malgré tous ses raisonnemens , elle ne pouvoit se défendre. L'indécision, la timidité, la foiblesse inhérentes à sa nature, reprirent le dessus, rtjjes arrogans triomphas dfi Sff '^vale, ni l'indifférence du T^^jp "î \t par tage outrageant et public qu'elle s'étoit laissé fposer n'ébranlèrent sa jatîftnnp^An mois de mars 1 670, madame de Montespan donna le jour au duc du Maine. La duchesse de La