HUITIÈME RÉFLEXION
Morale que doit suivre une àme yraiment conTertie. Confesseur qu'elle doit chercher pour être conduite par la voie la plus sûre.
our éviter donc, ô mon Dieu!
toutes ces tromperies de mon amour-propre 9 et dont le malin esprit se sert pour nous fermer la porte de vos grâces, faites qu^au lieu de chercher dans ma corruption des remèdes palliatifs plus propres à entretenir la langueur, qu*à produirelaguérison, j\iille dans le tribunal de votre justice y chercher les caustiques qui me sont nécessaires pour consumer la pourriture et la gangrène de mon âme.
C'est-à-dire, Seigneur, ne permettez jamais que je sois trompée , ou plutôt que je prenne plaisir à me tromper moi-même,
croyant que j'effacerai une vie aussi païenne que la mienne , et tant de passions criminelles et scandaleuses , eu continuant les mêmes habitudes, et en demeurant dans les mêmes occasions et dans les mêmes plaisirs, et peut-être dans les mêmes crimes.
Ne souffrez pas que j'ajoute à tant de péchés celui de ne croire à votre Evangile que pour l'expliquer à ma mode et l'ajuster à mes désordres ;
Que pendant que ma bouche vous loue, je vous déshonore par mes œuvres ; que je me glorifie d'être chrétienne , et que , par une conduite contraire à votre mainte loi, je renonce chaque jour à tous les vœux de mon baptême.
Ah ! Seigneur, qui, pour nous punir de nos ingratitudes envers vous, nous laissez tomber d'abîme en abîme, du mépris de vos grâces dans Tendurcissement et dans Terreur ; ne permettez pas qu'au lieu de chercher et de trouver un médecin propre à guérir tant de maladies invétérées, je ne
cherche et je ne trouve qu'un charlatan , je veux dire, Seigneur, qu'au Heu d'un confesseur savant, ferme et pieux, capable de m'éclaircir et de m'absoudra , je ne trouve qu'un confesseur foible, politique et prévaricateur de votre parole , et qui , songeant plutôt à me plaire qu'à me sauver, à m'élargir votre Evangile qu'à m'y soumettre, ne fasse autre chose , en me donnant l'absolution, que me donner une fausse paix, et devenir le complice de mon péché et le ministre du démon et de ma perte, plutôt que celui de Jésus-Christ et de mon salut. Car vous ne me jugerez pas, Seigneur, dans le jour où tous les subterfuges de mon amour-propre et tous les replis de mon intérieur vous seront découverts, vous ne me jugerez pas sur les maximes de mon confesseur ni sur ses vues ; mais vous me jugerez sur votre Evangile et sur les lumières que vous m'avez données et que j'ai rejetées tant de fois, pour ne vouloir jamais être éclairée dans mes ténèbres.
Vous me jugerez sur les vérités que votre grâce a si souvent portées en dépit de moi au fond de mon âme , et sur tous ces remords que vous mêliez dans mes plus criminelles délices, pour vous faire écouter à mon cœur, mais que j'ai toujours étouffés pour suivre , avec un plus grand abandon , ma passion et le mensonge.
Enfin , ce sera , ô mon Dieu ! sur le témoignage de ma propre conscience, et non pas sur celui de mon confesseur , que , comme mon souverain juge, vous prononcerez sans appel , dans ce jour si terrible au pécheur, l'arrêt irrévocable de mon éternité.