DIX-NEUVIÈME RÉFLEXION
En quoi consiste Toraison, et avec quelle fidélité une âme pénitente doit s'occuper en ce saint
exercice.
1 est vrai. Seigneur, que si l'oraison d'une carmélite qui est retirée dans la solitude, et qui n'a plus qu'à se remplir de vous , est comme une douce cassolette qu'il ne faut qu'approcher du (eu pour rendre une odeur très-suave, celle d'une pauvre créature qui est encore attachée à la terre, et qui ne
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fait proprement que ramper dans le chemin de la vertu, est comme ces eaux. bouii)eiises qu'il faut distiller peu à peu pour en tirer une utile liqueur.
Néanmoins, il me semble, ô mon Dieu!
que comme la prière n'est qu'un regard de notre cœur vers vous, par lequel nous vous exposons continuellement nos besoins et nous vous demandons incessamment votre secours, il me semble, dis-je, que Tàme qui est encore dans le monde, où elle se troure toujours languissante, accablée de miUe misères et environnée de mille périls, en a plus besoin que le juste, qui est conune entouré de la miséricorde de Dieu.
II me semble que non-seulement elle en a plus de besoin, mais qu'il lui est encore plus facile de prier qu'à un religieux, puisqu'elle ne fait quasi autre chose sans y penser. Car s'il est naturel au pauvre de demander Taumône, au malade de se plaindre, à celui qui est toujours dans le hasard d'élever ses mains vei-s le ciel, combien
l'est-il davanta^ge à une pauvre âme qui est continuellement dans ces trois états ? j'entends toujours pauvre, toujours malade, et sans cesse dans le danger, qui sont trois dispositions qui vous prient toutes seules et à tons les momens.
Pour me faire donc aimer ce saint exercice des anges, faites-moi comprendre, ô mon Dieu ! qu'il n'est autre chose qu'un commerce agréable de notre âme avec son Dieu, qu'un flambeau qui l'éclairé- dans ses ténèbres, et un miroir où elle voit toutes ses imperfections ;
Qu'un prédicateur éloquent qui grave en elle la loi de Dieu, et qu'un directeur fidèle qui la conduit en assurance dans la voie étroite de son salut ; qu'un consolateur qui la console dans toutes ses afflictions, et qu'un doux sommeil qui souvent la fait reposer dans les plaisirs de son Dieu ; qu'une sainte joie qui la dégoûte de toutes les joies profanes et qui fait qu'elle n'en trouve plus de véritable que dans la croix ;
Qu'une douce vue de notre fin dernière, ,pi nous apprÎToî$e avec la moit^ et qoi nou> adoucit ses approches par Fe^rance Ae retemité et par l'ardent désir de Toir Dieu;
KiiAn. que c'est V crucifiement de tootti nos passions, la icart de notre amour-propiv. et la résurrection delà gràœ de lésas- Christ dans notre âme.
Préparez donc, ô mon Dieu ! le palaisde mon ccTur an «oût d'une â dêkkm manne : car le moTen de peis^cief loostemps dans le bien« et qn* étant an aibi du monde, nous nous d^^^cMfiitkHis de kitf de tous ses plaisirs, si tous ne news fiîfi un saint et M^uverain plaisir de ^ous aJSff par-dessus toutes cboB«s. et de Tenir s^ TOUS fiitrrtenir, notre p«. re et notre Dieu . mais comne ^ plus tt-ndiv ami que nous axons aBBoadr' je Teux dire. Sfigneur. de tous aire *• toutes ces passions qui nous x^rauM^ t'jutes ces frayeurs qui nous înqiàrt^
toutes ces foiblesses qui nous humilient, toutes ces tristesses qui nous consument, et toutes ces douleurs qui nous déchirent, afin de pouvoir, dans ce doux commerce de la prière, vous montrer notre cœur de même que dans un tableau, en venant tous les jours, comme faisoit David, répandre toutes nos tribulations, notre âme, et notre oraison à vos pieds.
Car, hélas! si notre amour-propre nous fait même un plaisir de parler de nos peines avec des amis impuissans et qui ne peuvent que les écouter, combien en devonsnous sentir davantage d'en parler à un Dieu qui peut, quand il lui plaît, les soulager, et qui est quelquefois plus touché de voir une âme humiliée dans sa misère, que de toutes ces hautes pratiques de vertu, dont souvent elle se glorifie !
Faites donc, ô mon Dieu ! que je ne manque jamais à venir tous les jours faire quelques momens de réflexion à vos pieds, et qu'au lieu de prendre mes trois points
d'oraison dans un livre, où la plupart du ' temps mon esprit, trop occupé et trop attentif sur ses peines, n'entendroit rien, je prenne le sujet de ma prière dans ma pauvreté même et dans tout ce qui m'humilie davantage, puisque je me trouve trop imparfaite pour avoir d'autre vue, dans mon oraison, que celle de ma propre misère et de Tinfinie miséricorde de mon Dieu.