‹ Réflexions sur la miséricorde de DieuChapitre 85 sur 183 · VINGT ET UNIÈME RÉFLEXION · texte numérisé non relu

VINGT ET UNIÈME RÉFLEXION

Il ne faut pas se dégoûter de la prière, pour n'y pas ressentir de consolation, mais y être fidèle et s'y accoutumer tellement que, dans les plus fortes peines et dans les embarras du inonde, on ait recoure à ce saint exercice.

ue je sois donc fidèle à vous venir toujours chercher dans ces momens que je vous ai consacrés, et auxquels vous voulez bien me donner audience, et que rien jamais, dans ce monde, ne puisse me détourner de ce seul nécessaire.

Je dis fidèle à me tenir à vos pieds dans quelque disposition où mon âme se trouve, afin que quand les distractions et les sécheresses m^empêcheront de penser à vous et de vous pouvoir parler d'autre; chose que des vanités qui remplissent mon cœur, le tra-

Tail que je soufirirai. et les efforts qu'il me faudra faire dans une oraison si pénible, vous la rendent agréable.

Que je ne m'imagine pas, pour ne sentir souvent dans ma prière que le poids de ma corruption, que vous m'abandonnez, puisque je ne puis en cet état former seulement une bonne pensée. Je ne laisse pas de tous regarde!* et de vous prier comme Dayid, en vous disant avec ce grand roi : « 3Ie voilà à vos pieds conune une pauvre bète, sans parole, sans esprit et sans sentiment. »

Alais pour cela je ne laisserai pas d^y demeurer, et de persévérer à tous prier par mon cœur et par ma volonté, si je ne le puis faire par une parfaite attention de mon esprit. Oui, mon Dieu, si vous ne voulez pas que je m'unisse à vous par la douceur de votre grâce, j'espère que votre bonté ne laissera pas d'avoir pitié de moi, et de recevoir cet état humiliant où mon âme se trouve et que je vous oflfre comme un témoignage qu'elle vous estime autant dans

la privation de vos douceurs que dans la consolation.

Mais, Seigneur, que je ne vous prie pas seulement de la langue et de l'esprit, mais encore du cœur ; que ce ne soit pas seulement dans la solitude, dans vos saints tabernacles, où la présence réelle de votre corps, jointe à celle de votre divinité, nous inspire de la dévotion ; mais faites, ô mon Dieu ! que par des actes continuels de foi, d'espérance et de charité, j'accoutume mon cœur à devenir un oratoire, où, en tous lieux et à tous momens , je vous prie ; puisque le vrai chrétien ne prie pas seulement par la bouche et dans la retraite, mais par son cœur et ses œuvres, et en toutes sortes de lieux et d'occasions.

Ainsi, ce sera dans le milieu du monde, et souvent dans la vanité même> que, me retirant dans ce petit cabinet de mon cœur consacré à vous seul et où rien que votre lumière ne pénétrera, je vous adresserai ma prière.

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Lorsque je me trouverai le plus exposée à la tcnlatioD, et que je sentirai le plus fai^ tement ma foiblesse, ce sera pour lors que je soupirerai le plus fervemment vers vous.

Ce sera même dans ce temps où mon amour-propre me tyrannisera davantage, et que le doux poison des plaisirs txmunenoera à pénétrer dans mon cœur, que, sans attendre plus longtemps, ni un lieu plus commode à vous prier, je vous ferai voir les plaies de mon âme, et je vous appellerai à mon secours.

Ce sera en commençant et en finissant toutes mes actions, le matin et le soir, et dans le cours de la journée, que mon cœur, vous regardant toujours comme son pôle, se tournera vers vous dans tous ses états différens , pour vous offrir sa conduite et implorer le secours de votre grâce ; et d'autant plus facilement que cette sainte exposition de mon âme et de tout mon intérieur ne consiste que dans un seul soupir, qui, partant du fond d'un cœur oppressé et

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plein de confiance en vos miséricordes , vous fera mieux comprendre et voir tous ses besoins que mon esprit ne le pourroit faire par une très-longue prière.

Je vous prierai donc, à mou Dieu! nonseulement au milieu de vos temples par mes lèvres et par ma voix et dans l'union de tous vos saints ; mais je vous prierai encore par mes soupirs dans toutes mes plus fortes peines, par mes regards dans toutes les occasions les plus dangereuses où ma vocation m'exposera, et dans toutes les actions de ma vie, par votre continuelle présence, que je tâcherai, ainsi que David, d'avoir sans cesse dans mon cœur.

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