VINGT-TROISIÈME RÉFLEXION
Demander à Dieu le don de la prière , et prendre souTent le sujet de son oraison sur la mort , sur Péternité et sur les jugemens de Dieu, comme sur autant de moyens d'exciter en nous une crainte salutaire.
h ! Seigneur, puisque tous me faites voir que la prière, qui n'e.^t autre chose qu'une élévation de notre âme vers vous et une attention cr>n« tinuelle sur notre cœur, afin Ae détruire en notre âme le règne de Satan, et d'y établir celui de Jésus-Christ, est une diose si aisée, si nécessaire, et si utile ;
Puisque vcos m'assurez par les paroles et par l'exemple de tous vos sainte, que r;'frU la iHenhearease pbncbe qui v^ti^rfidr» mon âme dans trjos les r^rage^ d^ cett^ %i^. ^ qui la coodoira «krement daiM V}0^m^f%
port de votre éternité, c'est-à-dire dans cette belle Jérusalem où nous n'aurons plus de tristesse ni de travaux, mais une perpétuelle abondance de toutes sortes de délices ;
Donnez-m'en le désir et le goût , afin qu'elle me devienne aussi délicieuse et aussi familière que l'ont été toutes ces vanités, où j'ai tant de fois hasardé le salut de mon âme.
Mais comme la mort , qui . est la fin de toutes choses , est la vue la plus profitable que nous puissions avoir dans toutes nos réflexions, faites, ô mon Dieu ! que j'aie une perpétuelle application sur ce dernier moment où , pour parler dans les termes de la sainte Ecriture , périront tous les désirs et toutes les vaines pensées des hommes ;
Moment où le Seigneur viendra, comme un larron, pour surprendre notre âme;
Moment qui ne sera plus suivi d'aucun autre moment pour faire pénitence j
Moment incertain , mais sur lequel nous
devons veiller tous les momeas de notre vie, pour n'en être jamais surpris ;
Enfin, moment d'où dépend notre bienheureuse ou malheureuse éternité.
. O mort ! que tes approches sont cruelles à celui qui n'a jamais pensé à toi, et qui a mis toutes ses espérances dans les biens de la terre !
O mort! que ta vue est terrible à celui dont tu finis tous les plabirs, et dont tu commences déjà les appréhensions et les peines !
Enfin, mort de tout le bonheur d'un mondain , d'un corps qui étoit son idole , et d'une vie voluptueuse qui remplissoit tous ses désirs, que ta vue est épouvantable à celui qui n'a jamais connu Dieu que pour l'offenser !
Mais, éternité qui suis une mort si funeste, que ta méditation est amère à celui qui n'a jamais connu de plus grand bonheur que de vivre, et qui n'a jamais pensé à se convertir et à quitter le péché que lorsqu'il
n'étoit plus en étal de pécher, et qu'il n'est plus capable que de peur !
O éternité ! que ta méditation est désespérante à celui qui voit déjà les enfers ouverts pour punir ses crimes, qui n'ose espérer, en la miséricorde de Dieu, et qui s'estimeroit trop heureux s'il pouvoit s'assurer d'avoir la destinée d'une bête !
Enfin, éternité! que ta méditation est épouvantable, dans ce dernier moment, à celui qui voudroit bien qu'il n'y eût point de Dieu , qui ne sauroit l'aimer, et qui ne peut s'empêcher de le craindre !
Mais , heureuse éternité ! que ta méditation est agréable à celui qui a mené une vie innocente ,- et qui a commencé par avance son purgatoire sur la terre !
Au pécheur qui s'est converti , qui a feit pénitence, et qui espère en la miséricorde de Dieu !
A celui qui s'est accoutumé à mourir tous les jours et à quitter le monde, avant que la nécessité de mourir et de quitter
toutes les choses dHci-bas lui en ait fait une loi !
Enfin, à celui qui a aimé Dieu, et qui commence à goûter par avance les arrhes de sa bienheureuse félicité !