LETTRE XIV
Ce 24 juin 4675.
'est à l'heure qu'il est que je puis dire avec vérité que je suis à Dieu pour jamais ; je suis à lui par des liens si forts, que rien ne les peut rompre. Liée par des vœux, et encore plus par la grâce qui me les a fait faire, rien ne peut me séparer de la charité de Jésus- Christ ; c'est en lui seul que j'espère, et pour lui seul que je veux vivre. Il ne me
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reste plus rien à souhaiter, que de perdre la mémoire de tout ce qui n^est point lui« Par sa bonté le cœur est détaché, et la volonté ne tend plus qu^à lui plaire : mai» cette importune mémoire , que je Toodrots si loin de moi, me distrait à tout moment et me livre d'étemds combats. D tkj a plof qu^elle à détruire ; je prie Dieu d^adierer son ouvrage. Vous me faites, ce me seoi' ble, les mêmes plaintes ; vous ne vcolez et ne désirez plus rien que Dieu seul , et ce* pendant vous dites que tout œ que votre cœur fuit et redoute le phtf , revient fans cesse frapper votre pensée. Quelle sensiMe peine, qu'après tant de grites recaet, wma trouvions tonîoars quelque obstade à cette entière oocnpatîoa de Dieu , que je crois û délicieuse ! Mais pourquoi vouloir se toostraire an souvenir deses fuites? ITe^l pas trop juste d'en £nre pénitence? Bepas^josles nuit et jour dans noire mémoire ; c est la plus rude qu'cm puisée slmpo#er, tt peut-être la seule qui soit dî^^ne de Dieu«
En effet, toutes les souffrances, toutes les austérités du corps n'ont rien, ce me semble , qui égale la peine et Thumiliation du péché.
Aimer Dieu ardemment et oublier tout le reste, ah ! monsieur le maréchal, cela est trop agréable. Vous parviendrez peut-être un jour à cet heureux état ; pour moi, j'ai trop offensé la majesté divine pour oser jamais y prétendre. Je ne dois penser qu'à souffrir toute ma vie ; mais j'y consens et le désire même de toute mon âme pourvu que je n'offense plus mon Dieu.
Tout nous sera compté ; le temps fuit et n'est plus ; l'Eternité s'avance ; l'Eternité !... ce mot me fait trembler. C'est le terme fatal où tout doit aboutir, vers lequel chaque instant nous précipite , où nous touchons peut-être, où finit la vie du monde, et où, dans toute l'étendue de son immensité, commence le règne à jamais triomphant du Père des miséricordes et du Dieu des vengeances. Quels objets ! Occupons-nous-en sans cesse;
prions avec ferveur, cherchons avec persévérance, malgré les oppositions que nous trouvons à chaque instant dans notre cœur. Aimons , mais d*un amour pur et désintéressé, et mourons si entièrement à nousmêmes, que nous puissions dire avec l'Apôtre : * Ce n est pas moi qui vis^ c'est JésuS'-Christ qui i>it en moi^. » Voilà les souhaits que je fais pour vous comme pour moi.
i. « Fivo autem jam non ego; vîvit v>ero in me Christus, » Ad Rom., V, 20.
Ce 4*' septembre I67K.
i VOUS avez vu la relation de la mort de notre frère dom Charles- Denis de la Trappe, je ne doute pas que vous n'en soyez véritablement touché. M. de Trois- Ville * Ta lue hier au' parloir ; pour moi , je vous avoue que j'en suis pénétrée. Qu'il est heureux ! D a mené une vie plus angélique qu'humaine, et il jouit apparemment pour jamais
1. Le comte de Trois- Ville (on disolt Tréville) étoit un homme du grand monde, qui y avoit renoncé, par suite , dit-on , de la profonde impression qu'nvoit faite sur lui la mort de Madame Henriette d'Angleterre. Bourdaloue prêcha, en 1671, sur cette conversion , à laquelle, de son côté, Bossuet avoit coopéré. M. de Trois-Ville mourut le iZ août 1708.
DE BELLBFONDS. 143
de cette gloire que Dieu promet à ceux qui lui soQt fidèles. Eu vérité, je n'ai jamais rien lu ni entendu qui soit plus digne d'admiration.
D'ordinaire, les vies austères et pleines de souffrances , quelque merveilleuses qu'elles nous paroissent, ne laissent pas de faire trembler la nature ; mais , dans tout ce que j'entendis hier, il me semble qu'il y a une certaine onction , si pleine de douceur et de tendresse , que , bien loin d'être effrayé des rigueurs de la pénitence, on ne se sent que plus de zèle et d'ardeur à l'embrasser. Cependant, on est moins étonné de voir tant de vertus dans un seul homme , que rempli d'admiration à la vue de cette plénitude de grâces dont Dieu l'a comblé. Car, vous voyez dans ce saint homme une austérité rigoureuse avec une délicatesse extrême , une humilité profonde avec une entière innocence , un amour ardent , tendre , doux , une paix inaltéraj^le par toutes les souffrances et par la longueur des souffrances ; en
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un mot, c'est l'opposé de ce que je suis; il n Y a que sur l'espérauce , où je crois me rapprocher un peu de lui. Maïs quelque imparfaits que nous soyons, que nous avons encore de grâces à rendre au Seigneur!
Humilions-nous en sa sainte présence, et soyons-lui soumis en tout dans la simplidté de notre cœur. J'espère, je crois et j'aime; c'est à Dieu à perfectionner ses dons. Je sens combien j'en suis indigne ; mais que n'ai-je pas à espérer de sa bonté, infinie, par tout ce qu'il a déjà fait pour moi?
DE BELLEFCKfDS. 145.
LETTRE XVI
Ce 4 norembre 1675.
ue je suis au-dessous de l'état où TOUS me croyez ! Je le vois de loin avec envie, et je fais tous mes efforts pour y atteindre, mais c'est en vain ; je trouve dans mon propre cœur un ennemi qui me détourne du bien que je veux, et me fait faire le mal que je ne veux pas. Eh quoi donc ? j'aimerai la loi de Dieu, elle fera les délices de mon esprit, et je fléchirai indignement sous la loi du péché! La charité qui vous anime vous fait juger de votre prochain par vousmême; et parce que vous jouissez de cet état si délicieux de la présence continuelle de Dieu, vous supposez que je le partage avec vous. Songez donc qui je suis, une malheureuse qui
ne fais que commencer à souhaiter de faire le bien et qui n'en ai point encore fait. Mais quoi ! la grâce que je désire, seroit trop grande pour ma foiblesse, et je n'aurois pas la force de la conserver. Je suis persuadée que, pour l'obtenir, il faut d'abondantes larmes et d'ardentes prières, et je n^ai le don ni des unes ni des autres. Cependant, je me félicite sans cesse d'être du service du Seigneur. Quelque sécheresse que j'éprouve, quelque imparfaite que je sois, je n'ai qu'à songer que je suis dans la maison de Dieu; toute mon espérance se réveille, mon âme s'élève et s'agrandit, et je sens venir en moi cette douceur et cette tranquillité dont je vous ai déjà parlé plusieurs fois. Je suis honteuse de tant de grâces, quand j'examine comme je prie et comme j'agis. Je vois bien que je ne mérite que des châtimens; et cependant, je reçois des biens, et des biens pour la vie éternelle. Je m'abîme dans ces considérations, et je m'y perds.
Mais si nous ne pouvons rien faire qui puisse nous acquitter, Jésus-Christ est mort
pour payer tooftes m/» jettesw. H & jith» e joug de notre esdacvagi^- <£ jnsfr i iunr linr enfans d'adopiioii. Ifeaoïi» -zime in»n^ confiance eo ce scercnîxL jDinragnri. iimii sons de la paix, tandb «fo^'x mn» jei. flumct et soumettons-DOOft ie^n. ^agir & Jiiiis: .& voir oter ; si c'est sa misii&er oie Jimt sin»^ battions , il noos iIimwi t à»s 3iiR«& ?.i«5t pour moi.
LETIKE XTll.
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