‹ Réflexions sur la miséricorde de DieuChapitre 92 sur 183 · LETTRE XIX · texte numérisé non relu

LETTRE XIX

ous avez raison de vous plaindre de mon silence ; j'aurois dû vous écrire plus tôt, mais j'en ai été empêchée par mille occupations, Ist robéissance remplit tellement les journées, qu'à peine peut-on prier Dieu ; j'attends mon pardon de votre indulgence.

C'est donc avec confiance que je commence ma réponse à la dernière lettre que j'ai reçue de vous.

Je vous sais si bon gré de craindre ma foiblesse sur les moindres choses, que je ne

1. Cette lettre et un certain nombre des suivantes ne portent pas de date. Nous ayons généralement conservé l'ordre dans lequel elles ont été publiées pour la première fois par Tabbé Lequeux. (Note de f éditeur.)

cesse de remercier Dieu de m avoir donne un ami tel que vous, qui, comme im de ces anges qu'il a établis pour notre garde, soutiendra mes pas contre la pierre, et me sauvera de Tennemi de mon salut.

J'ai eu un grand nombre de visites ; mais^ grâce à Dieu, elles ne m'ont point troublée, et ma tranquillité, au lieu d'être ébranlée par tous les objets qui se sont présentés à mes yeux et même à mon souvenir, n'en est que plus affermie. Vous voyez que la miséricorde du Très-Haut ne se lasse point, et que, malgré mes infidélités, je ne cesse d'être comblée de grâces.

Si les personnes que j'ai vues pouvoient être touchées de Dieu en enti^ant dans cette sainte maison, quelle satisfaction et quelle joie j'en aurois! Il n'y a point de pénitence que je ne fisse, si on vouloit me le permettre, à cette intention ; mais l'heure sans doute n'est pas venue ; je l'attends et la demande avec la plus vive instance. Quand je suis prévenue que j'aurai quelque visite

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extraordinaire, je vais devant le Seigneur le prier de me garder, et du momàit que je suis libre, je me presse d'aller le remercier de m'avoir préservée. Je suis si pleine de foiblesses et si gâtée par Thabitude , que, sans un secours tout particulier de Dieu, je ne résiste pas aux moindres choses. Mais tout est possible à celui que j'aime et je mets ma confiance en ses paroles, qui assurent que celui qui le cherchera bien le trouvera.

Je veille et dors en repos sans craindre l'apoplexie; je ne crains que le péché. Mais que dites- vous de la mort de ce pauvre M. de***? Grand Dieu! quelle mort! En vérité, ce sont là de terribles exemples; comment n'en est-on pas plus frappé ? Au moins, profitons-en pour louer le Seigneur de nous avoir mis à portée de l'aimer éternellement. Peut-être touchons-nous bientôt à notre heure. dernière. Employons le temps, et attendons la fin de notre pèlerinage en paix. Pour moi, j'envisage du même œil

la vie et la mort, et je pense qu'on est assez indiiterent à Tégard des biens et des maux du mondé, quand on sait qu'on n'espère pas en vain.

La Mère Agnès a été très-dangereusement malade; elle est maintenant hors de danger. Je crois que les prières de la Communauté ont de beaucoup aidé à sa guérison; j'en suis comblée de joie. Si vous étiez un peu plus près de nous, rien ne nous manqueroit ; réloignement de ses amis est toujours si désagréable! Quand il plaira à Dieu, nous nous Verrons; mais, en attendant, veillons et prions sans cesse pour éviter la tentation ; recueillons en Dieu toutes nos pensées et tous nos désirs; échauffons nos cœurs du souvenir de ses bienfaits ; demandons-lui qu'il les enflamme du feu de son amour, et ne nous éloignons jamais de sa divine présence, sans laquelle nous cessons de vivre en lui et lui en nous.

Mais il est temps de finir. Voilà cinq à six fois que je laisse la olume et que je la

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reprends pour acberer mai lettre; car une novice Carmélite, en très-bonne santé, n^a pas assez de temps de suite pour en écrire une si longue, sans lâcher prise. Adieu pour le coup, adieu.

ous êtes trop indiscret pour un Directeur, et je suis presque fâchée contre vous. C'est à vous seul que je rends compte de mon intérieur, et point du tout au monde, qui n^est pas aisé à édifier et que j'ai trop scandalisé. J'espère, avec la grâce de Dieu, réparer par une longue pénitence les fautes dont il a été le témoin ; mais, en attendant, ne faites plus voir mes lettres, je vous prie, et qu'elles ne soient qu'entre vous et moi.

Je ne mérite ni ne veux de louanges, et il sembleroit au public que je veux m'en attirer. Je crains surtout l'orgueil , et je le crains d'autant plus, que j'y suis plus sujette. Unissez -vous à moi pour le détruire; je vous donnerai des armes contre moimême ; j'ai tant de sujets de m'humilier! Faites-moi ressouvenir de mes crimes passés, et priez Dieu qu'il m'en inspire tant d'horreur, que je n'aie plus d'autre sentiment que la douleur de les avoir commis, et d'autres pensées que celles de les effacer par mes larmes. Demandez-lui cependant encore, pour consoler un peu moti âme, qu'il me soit permis de me laisser aller quelquefois au sentiment de ma vive reconnoissance et au plaisir que je trouve à l'aimer cent fois plus que moi-même. Je viens de voir mourir une de mes sœurs; quelle est heureuse ! Elle a fini une très- sainte vie par une prompte* et tranquille mort; puissionsnous voir ainsi finir la nôtre ! 11 n'y a rien de mieux à souhaiter dans le monde. Je

prie Dieu qu'il vous continue ses grâces, et qu'il me donne pour lui un amour sans bornes.

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