TROISIÈME QUESTION
U intérêt pour l'état est-il au-dessous de cinq pour cent?
Après s'être assuré que la réduction avec option du remboursement, est légale , qu'elle n'a rien de trop rigoureux , ou que l'on peut du moins adoucir cette rigueur, il faut se demander si l'intérêt est réellement au - dessous de 5 pour / , et si c'était bien le cas d'exiger une réduction , n'importe laquelle. Car si , en effet , l'intérêt n'était pas au-dessous de 5 , il aurait pu arriver , ou que les rentiers se retirassent tous , ce qui eût tf|la ruine du crédit; ou qu'ils restassent, malgré la perte qu'on leur faisait supporter, ce qui aurait supposé quelque contrainte secrète et injuste exercée pour les retenir.
La hausse au-dessus du pair est un premier fait qui prouve qu'un capital de plus de cent francs venait s'offrir pour 5 francs d'intérêt, et que, par conséquent, l'intérêt pouvait être au-dessous de 5 pour %.
A cela on répond : « que l'intérêt n'est point « partout le même ; que dans le reste de la
(73) «France les fonds coûtent quelquefois 8 ou 10; « que la négociation des bons royaux à 3 [ «ne prouve rien, parce que le capital étant « fixe et ne courant aucune chance , l'intérêt « doit être moindre ; que les reports se fai- « saierit pendant la discussion de la loi à i « pour °/ par mois, c'est-à-dire km pour °/ « par an ; que le dernier emprunt s'est fait à « 89 francs 55 centimes, c'est-à-dire dans les en- « virons de 6 pour °/ ; que le ministre des fi* « nances a lui-même avoué ne pouvoir faire ac- « cepter l'intérêt de 4 pour °/ sans offrir une « augmentation du capital nominal ; que si , «malgré cela, nos fonds publics ont été au- « dessus du pair , c'est l'agiotage des compa- « gnies qui en est la cause ; que la hausse était « toute factice, et n'aurait pas été durable ; et « qu'ainsi les rentiers se seraient retirés et au- « raient amené la ruine du crédit , ou seraient « restés , ce qui aurait prouvé une contrainte « injuste exercée à leur égard. »
D'abord fixons un premier fait : c'est qu'il n'y a rien de plus incertain que l'intérêt; et que suivant les lieux, les placements, les prêteurs, et les emprunteurs, il varie à l'infini. Ainsi, sur la même place on le verra à 3, à
(74) io, à 20 pour °/ . Dans une petitç ville d* province, les capitalistes timides, scrupuleux, prêteront sur hypothèque à 5 ; d'autres capitalistes plus hardis et moins scrupuleux, prêteront au négociant k G, lequel prêtera à d'autres à 7, 8 et 10; enfin, dans cette même ville, les usuriers prêteront à de mauvais payeurs à ao, a 5 et quelquefois à 100 pour °f & . A Paris, tandis que les banquiers ne prennent des fonds qu'à 3 , les constructeurs de maisons paieront 8 ou 9, l'auteur de telle ou telle entreprise paiera 1a ou i5. Un jour de spéculation sur les marchandises, les fonds profitant de l'occasion , exigeront un prix énorme; et l'accapareur des sucres et des cafés, et le? joueurs sur les eaux-de-vie, supporteront 10 et ia pour e / d'intérêt, au lieu de 4 ou 5 qu'ils donnent pour leurs opérations ordinaires.
Comment donc fixer un intérêt général, puisque selon la masse des capitaux existant dans un pays, selon le risque du placement, selon le besoin qu'en éprouve l'emprunteur , selon la probité du prêteur, le prix des fonds varie constamment ?
Quel genre dp placement faut-il donc con -
f 7«) sidérer particulièrement pour celui qui a la faculté de puiser dans les grands marchés, d'offrir une garantie suffisante , et de ne pas demander un prêt à long terme, qui immobilise le capital ? Il semble que le placement du commerce doit être celui sur lequel il faut se régler. Or , quel est le taux véritable de l'intérêt dans le commerce ? Mettez toutes les circonstances de détail à part ; ne supposez ni un entrepreneur peu connu, ni un accapareur privé de fonds, ni un spécula* teur hasardeux; prenez les grands établissements, les banquiers, les négociants , probes, jouissant de la confiance générale. Eh bien , les différentes banques de l'Europe escomptent toutes k 4 pour # / , et ne trouvent pas l'emploi de leurs capitaux à ce prix ; les négociants, les banquiers, en obtiennent audelà de leurs besoins à 4 et 3 pour °/ . On peut défier qui que ce soit de citer un feit contraire; et je puis attester que l'on pouvait, avec de simples signatures de banquiers, se procurer, lors de l'opération, ici io millions, là a5, et sur un seul point ioo et j5o millions à la fois, au prix que je viens de citer; et non pour quelques jours, ou pour quelques
(76) mois, mais pour un temps plus long que celui qui aurait été nécessaire pour terminer Topération.
Mais, dira-t-on, l'état ne peut jouir de la confiance d'un simple négociant, ou d'un simple banquier; c'est-à-dire que l'état, qui représente tous les contribuables à la fois, et qui réunit à lui seul tous les crédits, offre moins de garanties qu'un seul individu, toujours exposé aux chances commerciales. Cependant admettons cela , et on va voir si l'état ne peut pas avoir le crédit des négociants et des banquiers. L'état émet des bons royaux pour ses besoins courants, et ces bons il les négocie facilement pour des sommes considérables à 3 \. Sa signature peut donc obtenir la confiance qu'obtient la mienne, ou celle de tout autre de mes collègues ? «Oui, repli- « quera-t-on,il peut ne payer que 3 7 en émet- « tant des bons royaux , parce que le capital «de ces bons est fixe et invariable , et ne « court aucune chance. »
Soit ; mais la mention d'un capital invariable vaut-elle au créancier une autre signature que celle de l'état ? Cette simple déclaration sur le titre pourrait-elle le sauver d'une catastrophe ?
(77) non sans doute ; elle ne fait donc que le garantir des variations de tous les jours: or, ces variations loin d'être un objet d'inquiétude, sont au contraire un objet d'attrait, puisquelles offrent une occasion de spéculer, et «ne espérance de hausse qui, depuis sept ou huit ans, a été constamment réalisée. La fixité du capital, sans donner plus de sûreté au fonds , prive seulement des moyens de gagner par la hausse , et devrait rendre le placement dans les bons royaux inférieur à celui dans les rentes , et par conséquent faire qu'il fût plus fortement rétribué. Les bons royaux prouvent donc que l'état avec sa seule garantie , et sans offrir l'espérance d'aucun gain, peut emprunter à 3 r, comme le simple banquier.
Maintenant, que l'on se souvienne des avantages de la rente; et on verra de combien elle est supérieure au placement commercial.
L'état, on eh conviendra, vaut en sûreté tous les banquiers du monde. En donnant 4 p.°/ , il ferait plus qu'eux tous, puisqu'ils ne donnent guère ique 3 ? à 4 ; enfin , il est bien plus facile et plus accommodant que les banquiers, puisque le placement dans ses mains peut finir à tous les instants, par la négociation du capital sûr
(7«) la place. Or un banquier stipule un terme ; et quelque prochain que soit ce ternie , c'est toujours une immobilisation. La rente même à 4 offre donc plus de sûreté, d'intérêt et de mobilité que le placement Commercial > et elle assure , en outre , l'exemption de contestation, de soins , de saisie, et les avantages de la spéculation.
On dira que « tout cela est vrai, que Ife « placement sur l'état vaut mieux que le pia- * cernent sur un banquier; mais que c'est une « affaire d'opinion, que le public ne le croit « pas encore : et on donne en preuve le der- « nier emprunt fait à 89, c'est-à-dire à 6 « pour % environ ; l'obligation où était it « ministre , en donnant 4 > d'élever le capital « nominal d'un tiers ; et le prix des reports « à 1 ou a >fr. par mois. »
D'abord, quant an dernier emprunt, il s'est lait à 6 p. °/ ti y a un an ; avec la perspective de la giferre, et avec l'incertitude de ses résultats : aujourd'hui on voulait n'opérer qa'à 4 ; et «me amélioration de 6 à 4 * dans l'espace «fane année, n'est pas trop subite, parce que le crédit publie ne marche pas comme le crédit privé avec la lente progression des rîehet-
• (79) ses , ma» avec les événements et l'opinion toujours prompte, toujours brusque dans ses mou* vementa , surtout en France, En Angleterre *néme en a vu, par le seul espoir de la paix, les 3 p. % monter de 80 à 96 £.
Quant à l'obligation où était le ministre d'élever le capital nominal d'un tiers, la réponse est tout aussi facile. J'expliquerai plus tard ce que signifie l'élévation du capital nominal, et 'ce qu'il faut en conclure. Pour le moment, il me suffira de dire qu^e, reconnaître 100 quand on reçoit 75, «'est s'obliger seulement à ne pas rembourser avant que le capital se soit élevé de 75 à iGo. Si, ces 75 fr. , on les a reçus au prix de 4> quand ils se seront élevés au pair, Us ne vaudront plus que 3 pour %. Or le préteur qui donne ses fonds à 4 , mais exige l'élé* vation du capital nominal d'un tiers, dfemande seulement que, réduit à 4 pour °/ , il ne soit pas réduit de nouveau , avant que l'intérêt de la Bourse «oit réellement k 3. Ainsi le mt nistre, en avouant qu'il ne pourrait pas em* prunter à 4 sans élever le capital nominal , n'a réellement avoué qu'une chose: c'est que l'intérêt à la Bourse était à 4 y mais quHl n'était paé encore à 3. Voilà son aveu, c'est le ïâit , et on ne peut en tirer aucune conséquence.
Enfin, ie prix élevé des reports ne prouve rien, parce que ce prix est accidentel. Si^en effet il signifiait quelque chose, il prouverait, en se trouvant à i ou à pour °/ Q par ifteisf que l'intérêt est à i a ou s*4 pour % V 3 ^ an ~ Prêter sur reports, c'est prêter aux spéculateurs qui ont besoin de fonds; ces spéculateurs sont en grand nombre dans tous les moments où une opération importante fait espérer des Variations. Ayant besoin d'argent on les ran- fc çonne, et ils paient 12 pour °f oJ ce qui vaudrait 4 ou 5 dans les temps ordinaires. J'ai déjà fait remarquer ce qui arrive aux spécula-» teurs dans les moments de presse; et on ne peut rien induire de ce qui s'est passé ati moment de l'opération, et de ce qui se passe dans certaines liquidations , parce que la même, chose arrive à l'égard de toute espèce de spéculation. Les reports étaient 4 3o ou 35 centimes pour °/ avant le projet de réduction* et ils reviennent chaque jour à ce taux, c'està-dire aux environs de 4 pour % par an.
Ainsi donc, le dernier emprunt fait à 8g* l'obligation d'élever le capital nominal, le prix des reports, ne prouvent rien contre la rente* et il n'en résulte pas que, l'opinion lui. refuse
encore la confiance qui hai- est duej et que l'état ne puisse arriver au crédit dès banquiers* c'est-à-dire emprunter au-dessous de 5 p. %.
Il en est une preuve frappante. Le§ fonds sont montés au-dessus de io5, et même à 1065 l'intérêt s'offrait donc à moins de 5 à la Bourse. Déplus, ce prix est demeuré le même longtemps après l'annonce de la réduction, c'està-dire , lorsqu'il était connu que ce n'était pas des 5 pour °/ , mais des 4 P° ur % q u ' on achetait à io5 et 106. Enfin, les 3 pour*°/ se sont souscrits d'avance à 82 à Amsterdam et Londres, c'est-à-dire que sur les deux places, les fonds s'offraient même à moins de 4 p. %.
A cela on répond encore^ que c*est l'agiotage des compagnies qui a élevé les fonds publics à cette valeur. D'abord de 55, taux du premier emprunt, à 100, taux qui a fait songer à la réduction , la compagnie n'était pas là pour agioter, et certes il y a une cause générale qui a élevé les fonds, et fait prospérer le crédit. Cette cause, fut-elle le jeu, serait encore assez rassurante; car si elle a pu porter si haut et si long-temps la rente , elle a toute la puissance qu'on peut désirer, et la rente jouée aurait tous les avantages de la rente classée. , * 6
Mais laissons cette manière de raisonner, et rentrons dans l'hypothèse même de ceux qui attribuent à la compagnie l'élévation des fonds. Eh bien, que pouvait-elle faire pour maintenir la rente au-dessus du pair? Elle aurait prêté aux spéculateurs, bu acheté elle-même; il n'y avait pas d'autres moyens : elle s'engageait donc par-là, non-seulement à maintenir actuellement la rente dans cet état, mais à l'y soutenir encore après que l'opération aurait été terminée avec les rentiers. Elle avait donc promis, soit pour aujourd'hui, soit pour l'avenir, des capitaux à 4 pour %, et cela jusqu'à la concurrence de 2 milliards 8 cents millions! Et la compagnie, que représentait-elle? tous les spéculateurs européens. Ces spéculateurs européens, qui sont-ils? des capitalistes qui fournissent momentanément des fonds, dans la certitude que les rentiers véritables arriveront après eux , pour donner les leurs à un taux encore plus avantageux. Tous les spéculateurs européens pensaient donc que les capitaux se donneraient bientôt à la France à l'intérêt de 4 pour °/ et même moins. Or, tous ces spéculateurs ensemble se seraientils trompés? Peut-on supposer que des gens qui
font ce genre de trafic dans toutes les places du monde se fussent si étrangement abusés?
Bien certainement non : ils savaient, par une expérience constante, que chaque opération produit un ravisé dans les capitalistes, les fait songer aux avantages de la rente et les fait accourir vers elle, de sorte qu'après chaque emprunt, ils viennent la recueillir à un prix toujours supérieur à celui de l'émission. Cétait un semblable événement que tous les spéculateurs européens avaient prévu ici; et on ne peut pas dire que peu leur importait de se tromper, parce qu'ils se seraient retirés au premier danger, et auraient laissé tomber la rente. On peut raisonner ainsi quant aux spéculateurs isolés qui pouvaient se retirer à volonté , et l'un indépendamment de l'autre; mais la compagnie formait une masse de \io à i5o individus, liés les uns à l'égard des autres, engagés pour 3 ou l\oo millions, et ne pouvant agir que de concert. Or, 3 ou 4oo millions, obligés de marcher ensemble, ne peuvent se dérober à la fois dans le moment du péril, et n'ont le moyen de se retirer qu'à mesure qu'ils sont volontairement remplacés.
La compagnie engagée pour une telle somme
(84) ne devenait donc libre que lorsque l'opération aurait complètement réussi; et toute erreur à cet égard lui aurait été trop préjudiciable pour que l'on puisse admettre qu'elle eût voulu s'y exposer.
Ainsi donc, si la compagnie est intervenue à la Bourse pour soutenir les cours, son intervention prouve que les principaux spéculateurs européens s'engageaient, à leurs risques et périls , à fournir des fonds à 4 pour °/ Q , et que pour les fournir ils s'engageaient à les trouver. Et l'importance de cet engagement ne leur inspirait pas des inquiétudes bien vives , car leur opinion du succès était fondée sur un fait bien simple. a milliards 800 millions se sont fait leur placé à la Bourse; plusieurs années de séjour ont prouvé qu'ils ne voulaient pas, ou ne trouvaient pas de meilleur emploi. Or, aujourd'hui leur eût-il été possible de se retirer? Même en le voulant, auraient-ils pu créer un emploi nouveau ; faire naître tout-àcoup des besoins correspondants à leur masse; en un mot, se creuser un lit pour s y répandre? Pouvaient-ils aller tout-à-coup dans les prêts à long terme , dans l'industrie , ou chez les notaires? Non sans doute; sauf une légère somme
trop mécontente, ils seraient restés tous, et cette légère somme serait rentrée plus tard , du moins en partie, après quelques jours d'humeur. 11 serait arrivé par la réduction , ce qui arrive dans un marché : lorsque tout le public demandeur ne veut plus payer un certain prix , le public vendeur est obligé de céder. Or, l'état réunissant à lui seul toute la demande, obligeait forcément le prix à baisser; et si la réduction qu'il imposait était légale, si déjà elle avait eu lieu par tout et sous toutes les formes, cette réduction n'était pas une violence. La nécessité où était le rentier de rester , prouve même la justice de cette prétendue contrainte, car la loi ne leur en était pas imposée ; et s'ils restaient , c'est qu'ailleurs ils ne pouvaient pas trouver mieux.
L'état pouvait donc , parlant au nom de tous les emprunteurs, dire à tous les prêteurs : Je ne donne plus que 4 p- °f - Et les prêteurs, ne trouvant pas mieux, étaient forcés de céder, par une loi que tous les jours la demande fait subir à Y offre.
Ajoutons une autre considération. La France donne 5 pour °/ lorsque Naples donne 5 { ,
lorsque l'Angleterre ne donne que 3 f; ou, en d'autres termes, le capital de la France vaut ioo fr., celui de Naples 94, et celui de l'Angleterre 160. Or, lorsque Naples vaut 94, la France ne vaudrait pas ia5! Et lorsque l'Angleterre endettée de 19 milliards, bornée dans son territoire, et devant beaucoup à des relations éloignées, vaut 160; la France engagée seulement pour 3 milliards, propriétaire d'un sol admirable , et entrant dans un avenir industriel immense, la France ne vaudrait que 100 ! Si, comme les États-Unis, qui valent cependant 110, la France était à i5oo lieues des grands marchés des capitaux, on pourrait concevoir que le niveau ne pût pas s'établir, parce que les communications sont difficiles à cette distance; mais lorsque Paris et Londres ne font qu'un , par l'intimité qui règne entre les deux places, on aurait là 19 milliards à 3 p. °/ oJ et on ne pourrait pas avoir ici 2 milliards 800 millions , je ne dirai pas à 3 pour °f Q% mais à 4! Il faut en convenir , une telle impossibilité serait étrange. On dit, à la vérité, qu'à Londres on aime plus les fonds publics qu'à Paris , qu'on en a beaucoup plus l'estime et le goût : soit,
(«7) mais les Anglais, sous ce rapport , ne sont plus aussi exclusifs ; ils estiment notre probité et apprécient notre avenir ; et l'emprunt se faisant à Paris, se faisait en même temps aussi à Londres. Ayant la certitude d'y négocier une somme triple de celle que les rentiers ont retirée, il n'y avait aucun danger réel à attendre leur retour.
Je me résume donc , et je dis :
L'intérêt est infiniment variable, suivant les lieux, l'abondance des capitaux, l'étendue de la demande, le danger du placement, et la solvabilité de l'emprunteur :
S'il est un prix auquel l'état qui emprunte doive s'en rapporter, c'est le prix qui règne dans les grands marchés, où il a la faculté de se présenter :
Or, dans les grands marchés, les banquiers ne donnent que de 3 à 4 p- X* L'état en donnant 4 9 offre donc une supériorité de prix , avec une sûreté plus grande , une mobilité plus immédiate , et une foule d'autres avantages connus.
A la vérité, l'opinion que sa solvabilité mérite n'est pas encore tout ce qu'elle doit être. Cependant , en émettant à 3 ^ les bons royaux,
il est admis à emprunter au même prix que tous les autres banquiers ; et ces bons n'offrant pas plus de garanties que la rente, avec des chances démontrées avantageuses de moins , prouvent que, par l'emprunt ordinaire, il peut avoir les fonds au taux du commerce.
L'objection tirée du dernier emprunt à 89, qui s'est fait à 6 p. 9 / oJ est nulle, parce qu'il fut fait il y a un an, et avec la perspective de la guerre.
La nécessité d'élever le capital nommai ne prouve rien, sinon que l'intérêt peut être à 4> mais non encore à 3.
Le prix des reports n'est qu'accidentel , et ne signifie rien encore quant à l'état de l'iris térêt à la Bourse.
L'élévation croissante au-dessus du pair, alors même que la rente devait être convertie de 5 en 3 p. °/ , à 75, prouve que les capitaux consentaient à la réduction à 4-
La compagnie représentant les spéculateurs, et ne pouvant agir qu'avec leurs fonds, ne pouvait soutenir la rente qu'autant qu'ils pensaient que l'intérêt pourrait se maintenir à 4 ? et il n'est pas présumable cju'ils se trompassent £pus.
La preuve qn'ils avaient de leur opinion , c'est la hausse constante qui suit chaque opération, et l'impossibilité où les i milliards 800 millions se trouvaient de se placer mieux ailleurs ; et dès-lors , l'état , seul, maître de toute la demande , était maître en même temps de tous les prix,
Il était absurde que lorsque l'Angleterre, dont la bourse est en communication immédiate avec la nôtre, ne paie que 3, nous fussions réduits à payer 5 ; que n'ayant engagé notre avenir que pour 3 milliards au lieu de 1 9, que possédant le plujs beau sol , et entrant dans le plus bel avenir industriel, nous ne pussions pas nous élever du moins à ia5, et qu'ainsi iious ne valussions guère que 1 00 lorsque Naples vaut 94, et l'Angleterre 160.
Enfin , rien n'eût été plus facile que d'entamer avec l'Angleterre une opération pour des sommes considérables qui se seraient volontiers données même au-dessous de 4 P-°/ « Ce secours momentané nous assurait le moyen d'attendre le retour des rentiers ; si , comme il est peu probable , il en était parti un grand nombre.
Rien n'était donc plus réel , plus facile, plus ^ juste que la réduction de l'intérêt à 4-
N. B. Ce qui vient de se passer à la Bourse , au moment où s'imprime cet écrit , ne détruit aucun des faits que j'ai établis.
i5 à 20 millions de rentes se trouvent aujourd'hui entre les mains des spéculateurs , qui n'ayant point les capitaux pour les payer , empruntent 3 ou 400 millions chaque mois par la voie des reports , parce qu'ils espèrent la hausse , ou qu'ils ne veulent pas se soumettre à la perte du prix d'achat de ces rentes comparé au prix du jour. Les reports étaient faits en grande partie au taux de 5o centimes. Quelques spéculateurs croyant mieux faire en différant, ont attendu le dernier moment; la goutte d'eau a fait déborder le verre, et la cupidité a profité de l'embarras occasioné par l'imprévoyance.
Du taux de 5 à 6 pour °/ auquel on avait emprunté pendant tout le Courant du mois , les reports se sont élevés tout-à-coup à 20 et 25 pour °/ j pour redescendre immédiatement à g, et deux jours après à 4 et même 3 pour °/ > puisqu'ils ont été cotés à 25 et même 10 centimes.
Eh bien! que veut-on conclure de cela? que l'intérêt a été à 25 pour °/ , à 9, à 5 ou à 3 ? Il y a du choix pour les opinions, et chacun aura raison soit qu'il s'appuie sur un fait , soit qu'il s'appuie sur un autre. Mais je le demande, serait-ce là une manière bien puissante de raisonner ? ce qu'il y a de certain , c'est qu'au moment même où les reports sur notre
(9' ) rente étaient déjà tombés à 9 pour °/ , les reports sur les fondsétrangers se maintenaient à 36 pour °/ , tandis que les bons du Trésor, les annuités , le papier de Banque et les billets des boulangers, se négociaient, au même instant, sur le même lieu et par les mêmes agents, à raison de 4 pour %•
A la Bourse, comme ailleurs, il n'y a ni excédant, ni insuffisance; il y a du mal joué et du désordre. N'est-on pas humilié, en effet, de penser que le vide momentané de y à 8 millions ait pu produire un pareil trouble , lorsqu'à cent pas du lieu où il arrive, i5o millions de capitaux oisifs étaient en attente pour que Ton en disposât au prix de 4 pour °/ par an ! Il faut convenir que les moyens de circulation et de crédit sont bien peu connus en France, et que nos institutions s'accordent mal avec nos besoins.
La Banque de France a pris une mesure sage qui sera d'une grande utilité pour la Bourse; mais on ne doit pas se faire illusion sur les difficultés de sa situation.
Le projet de la réduction de la rente avait décidé à vendre une somme considérable de 3 pour °/ avec bénéfice dans l'étranger. Le rejet de la loi a rendu ces ventes nulles ; et 3 à 4oo millions qui devaient ainsi venir remplacer successivement les capitaux que les rentiers avaient retirés de la Bourse, ne venant plus à son secours, les spéculateurs, obli-
gés de se procurer ces capitaux d'une autre manière y se trouvent dans l'alternative de vendre et de faire baisser la rente, ou d'emprunter et de faire élever le prix des reports.
Et que l'on ne dise pas qu'il en eût été de même dans le cas où la mesure aurait été adoptée. Alors la compagnie était là avec toute la puissance de ses moyens, accompagnée des vœux et de la confiance de tous les capitalistes de l'Europe. Aujourd'hui les spéculateurs français sont abandonnés à eux-mêmes; et comme les esprits né sont jamais dans un complet repos, on se persuade facilement que l'on a tout à craindre lorsque l'on voit qu'il n'y a plus rien à espérer.
La rente en effet n'est plus, pour le moment du moins, une valeur de crédit, offrant un attrait à la spéculation. Elle n'est plus au taux de 5 pour °/ , et on a fait tous les efforts pour établir qu'elle ne pouvait pas s'élever à 4« Nous l'avons mise audessous des bons du Trésor et des reconnaissances de liquidation; elle a perdu sa force, parce qu'elle n'a plus de mouvement; elle ne présente plus la marge de iooà 125 à ceux qui n'avaient jamais cru la réduction possible, ni la marge de 75 à 100 à ceux qui avaient spéculé sur la conversion.
Il n'y a qu'un moyen de sortir de cet état de gêne et de danger, c'est de s'expliquer franchement sur l'avenir. Renonce-t-on à la mesure? ou a-t-on
(93) l'intention d'y retenir ? Voilà aujourd'hui toute la question»