I. Sainte-Beuve, Causeries du Lundi^ t. IV, p
coup de foudre. // se rangea du nombre dtsadorâleurs platoniques qui faisaient cercle, dans les assemblées et à la comédie, autour de la jeune et spirituelle enchanteresse, et le soir, en rentrant, il écrivit sur son journal cette note sentimentale et classique: a J'ai vu M''« Curchod. Omnia vincit amor, et nos cedamus amori. » C'est ainsi que, contrairement à toutes les prévisions de la sagesse humaine^ qui, dans la personne des pères de la réalité comme dans celle des pères de la comédie, est parfois si malignement contrariée par le hasard, le séjour de pénitence à Lausanne devint un séjour de délices; c'est ainsi que Gibbon fut récompensé par ce qui devait le punir et qu'il faillit ramener une épouse des lieux oîi son père l'avait simplement envoyé pour réfléchir à son incartade et reprendre, comme il le fit en effet, la religion protestante, que, dans un accès de fièvre papiste, il avait quittée. Voici le portrait que trace Gibbon, dans ses Mémoires, de celle qui l'initia la première aux plaisirs innocents et aux honnêtes desseins de l'amour platonique. Bien que tracé par un amoureux et un amou-r reux pour le bon motif (i7 n'était pas homme à en avoir, ni elle fille à en souffrir un autre), te portrait est, à cette date, aussi fidèle que flatteur*
a Son pèrCj dans la solitude d'un village isolé* s'appliqua à donner une éducation libérale et même savante à sa fille unique. Elle surpassa ses espérances par ses progrès dans les sciences et les langues ; et dans les courtes visites qu'elle fit à quelques-uns de ses parents à Lausanne, l'esprit, la beauté et l'érudition de M"« Çurchod furent le sujet des applaudissements universels. Les récits d'un tel prodige éveillèrent ma curiosité : je vis et j'aimai. Je la trouvai savante sans pédanterie, animée dans la conversation, pure dans les sentiments et élégante dans les manières ; et cette première émotion soudaine ne fit que se fortifier par l'habitude et l'observation d'une connaissance plus familière. Elle me permit de lui faire deux ou trois visites chez son père. Je passai là quelques jours heureux dans les montagnes de Franche- Comté, et ses parents encourageaient honorablement la liaison,.,. »
Cette flirtation, comme disent les Américains, dura assez longtemps, à la façon suisse, c'est-àdire avec les tranquilles et méthodiques progrès d'une navigation à travers les eaux claires du Tendre^ sans incidents, sans accidents, sans orages, et où l'on voyage pour le plaisir de voyager.
plutôt que pour celui d*arriver. Comme tout finit pourtant en ce monâel Vidylle devait aborder naturellement, à un moment donné, au port du mariage. Et ce dénouement ne répugnait pas à Gibbon qui, s'il n'était jamais pressé de conclure, était néanmoins trop logique et trop honnête pour ne pas accepter la conséquence de ses principes. Mais les projets d'union qui tinrent cinq ou six ans en suspens la liberté de Af * Curchod et la sienne, rencontrèrent au jour décisif, si longtemps écarté, Vobstacle du veto paternel, et, après une convenable résistance. Gibbon se résigna philosophiquement à son destin, <c II soupira comme amant et obéit comme fils, » brisant, non sans regret, des liens qui ne furent qu'épistolaires et prenant congé dans la dernière de ces lettres, qu'il terminait presque invariablement par la formule suivante : « J'ai rhonneur d'être, Mademoiselle, avec les sentiments qui font le désespoir de ma vie, votre très humble et très obéissant serviteur ^» Cetteretraite fut vivement blâmée par Jean-Jacques qui écrivait de Motiers à son ami Moultou, le 4 juin 1768 :
I. Sainte-Beuve, Causeries du Lundi, t. VIII, p. 3 54 et 355.
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« Vous me donnez pour M^^ Curchod une commission dont je m* acquitterai mal, précisément à cause de mon estime pour elle. Le refroidisse^ ment de M, Gibbon me fait mal penser de lui. . . . M. Gibbon n'est point mon homme j je ne puis croire qu'il soit celui de M'^« Curchod, Qui ne sent pas son prix n'est pas digne d'elle; mais qui l'a pu sentir et s*en détache est un homme à mépriser... i^ Quoique M"« Curchod eût dû éprouver de cette renonciation un certain dépit et une certaine déception j elle ne s'en montra point trop irritée, et quand, plus tardj devenue M"^ Necker, elle goûta dans un mariage selon son esprit et selon son caur tout le bonheur dont elle était si digne, elle pardonna volontiers à Gibbon de lui en avoir laissé la liberté et se plut même à afficher malicieusement sa clémence en le recevant à Paris, dans son salon, et en le rangeant au nombre des courtisans de sa fortune, rôle auquel il se prêta lui-même de très bonne grâce.
Il n'était pas le seul qu'elle eût charmé et sur lequel elle se fût plu, en attendant d* abdiquer en faveur d*un maître j à exercer son empire. Avant de troubler le cerveau de Gibbon, autant qu'il pouvait Vêtre, elle avait distrait de ses méditations
un homme plus grave encore que Gibbon et avait dérangé l'équilibre que cherchait et perdait parfois après avoir cru le trouver, entre son inspiration et sa raison, entre son esprit et son caur, l'original bonhommCy le célèbre physicien philosophe de son pays, Georges Le Sage. Il tenta, lui aussi, dénouer avec elle le roman de sa quarantaine et de lui faire agréer, en vue d'un dénoûment légitime, ce commerce de coquetterie ingénue, d'un côté, de raisonnable tendresse, de l'autre, ce mélange à dose pondérée d'amour et d'amitié fait pour caresser la tête sans trop chatouiller le cœur, qu'il avait, en raison de ce double ingrédient, baptisé du nom encore plus bizarre que charmant d'amouritié.
Suzanne Curchod, qui n'avait pas été indiffé*' rente à Vappât sérieux d'un mariage avec Gibbon, ne paraît que s'être amusée de la recherche honorable, mais un peu singulière comme lui, du quadragénaire Le Sage et de ses velléités matrimoniales, qu'elle détournait en souriant sur une de ses amies, Sophie K,,,, ainsi qu'il résulte du journal du philosophe à la date du 2^ décembre 1762 ^
I . A. Sayous, le Dix-huitième siècle à l'étranger, etc., Paris, Amyot, 1861, t. II, p. 36.
Pourtant elle avait alors déjà vingt-deux ans, et, en 1764, elle allait franchir le cap de la vingt-quatrième année sans avoir pu aborder encore au havre souhaité, et sans avoir pu trouver un sort digne de ses attraitSy de son mérite, de ses succès. Elle venait de perdre successivement son père et sa mère, et cette double perte lui faisait d'autant plus sentir le besoin d'un appui. Tout le monde s'intéressait à cette belle orpheline, qui, suivant une jolie expression d'une héroïne de sa compatriote M"^^ de Charrière, « ne savait que faire de son cœur ni de son esprit >■>, économisant l'un sans objet et dépensant Vautre sans profit dans ces témoignages et ces exercices brillants d'un talent pédagogique qui ne lui permettait d'entre^ voir que les sentiers ingrats et les horizons courts de la vie d'institutrice» Pourtant l'occasion favorable et décisive naquit précisément des circonstances oii on ne l'attendait pas. Ce n'est pas en vain et pour les seuls applaudissements de la Société du Printemps et des professeurs et étudiants de l'Académie de Lausanne, ses auditeurs charmés^ que la fille du pasteur de Crassier débita ces leçons ou présida à ces concours sur les langues anciennes dont ^ le théâtre était le plus souvent le Vallon des
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Eaux, aux environs de Lausanne, et la chaire une estrade de verdure à l'ombre d'un bouquet d'arbres. Le spectacle tenta une femme du monde parisien, Mp^^ de VermenouXj que la renommée et la sympathie universelle y avaient attirée. Elle se prit de bienveillance pour celle que Voltaire, plus tard, par allusion à ses triomphes académiques, appelait la nouvelle Hypatie ^, et la ramena avec elle à Paris, Cette riche et jeune veuve, ennuyée de sa liberté, hésitait encore pourtant à la sacrifier aux vaux de M. Necker, déjà riche banquier, membre de la Compagnie des Indes et âgé à ce moment de trente-deux ans. A peine le prétendant tut-il vu à Paris, chez M"»' de Vermenoux, M''* Curchody qui, en attendant mieux, lui servait de secrétaire et de demoiselle de compagnie, que ses hommages changèrent d'objet. Puis, sans qu'il y ait eu dépit de la bienfaitrice, ni ingratitude de la protégée, ni infidélité de l'amant, les choses tournèrent, dans cette jolie et honnête comédie des variations du sentiment, au dénoûment naturel d'un mariage qui ne fit que des heureux [décembre 1 764).
I. Sayous, t. II, p. 8a. — Sainte-Beuve, Cauuriei du Lundi, \W, p. 244-345.
Ce n'est point ici le lieu d'écrire ou même é^essayer l'histoire du salon de M"^ Necker, Ce ne serait pas moins que celle de la société polie de son temps, qui y passa tout entière dans la personne de ses plus illustres représentants français ou étrangers. Une simple ébauche nous mènerait même trop loin» Elle n'est d'ailleurs plus à tenter depuis que M, Othenin d'Haussonville, puisant dans ses archives du château de Coppet, qui sont pour lui des archives de famille, en a tiré les éléments d^un tableau du salon de M'"* Necker et d'un portrait de M"** Necker qui ne laissent rien à désirer comme variété et nouveauté de détails, comme curieuse et vive ressemblance des personnages * . C'est donc à lui qu'il faut renvoyer le lecteur désireux d'infor^ mations précises et piquantes sur ces réunions du vendredi et du mardi, dont la maison de la rue Michèle-Comte, l'ancien hôtel Le Blanc, l'hôtel
. I . Revue dts Deux-Mondes da i ^' janvier 1 880 au i S fëyrier 1881.
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du Contrôle général, rue de Clérjj puis Vhôtel de la rue Bergère et le château de Saint-Ouen furent tour à tour le rendez-vous cher et familier à Vélite de la littérature et de la société, de 1764 à 1789.
Tout au plus pourrions-nous essayer de marquer d'un crayon rapide et discret les traits caractéristiques de la physionomie originale de M"^Necker comme maîtresse de maison. Nous en aurons noté les plus remarquables quand nous aurons signalé d'abord avec quel art fait de volonté, de patience et de tact, quoi qu'on ait voulu dire de certaines gaucheries des débuts, inévitables pour l'inexpérience d'une étrangère, si prompte qu'ait été son initiation. M"»* Necker ayant résolu de créer, pour la double satisfaction de son goût des plaisirs de l'esprit et de son dévouement à la gloire de son niari, un salon, vint à bout de cette difficile création et justifia par le iuccès une ambition qui pouvait sembler téméraire.
Il s'agissait pour elle, — et nous insistons afin de faire apprécier le génie de sociabilité et d'hospitalité qu'elle dut déployer, étrangère, bourgeoise, femme de financier, — de louvoyer adroitement de façon à se garder des écueils et des naufrages d'inévitables et redoutables rivalités. Il
lui fallait introduire, sans provoquer les susceptibi-lités et les jalousies qui font presque toujours som-brer de pareilles entreprises, ses vendredis littéraires \
et ses mardis intimes dans les habitudes et les pré^ 1
dilections d'une clientèle ombrageuse et blasée, déjà inféodée aux lundis et aux mercredis de M""* Geoffrin, aux. mardis d^Helvétius, aux mardis et atur dimanches du baron d'Holbach, sans compter bien d*autres réunions d*un moindre éclat. Il fallait éviter de paraître faire la moindre concurrence à Vinfluence, depuis si longtemps accréditée, des trois grands centres de la domination féminine à la fin du XVIW siècle, des trois sanctuaires de la conversation mondaine, politique, philosophique et littéraire ; ne pas se brouiller enfîn^ en leur dis^ putani leurs sujets, avec les trois puissances qui auraient pu se coaliser pour l'écraser : le salon de M'"* Geoffrin, le salon de M"** la maréchale de Luxembourg, le salon de M'"* du Deffand. Si le succès était difficile et flatteur, un échec eât été la ruine des plus nobles ambitions, des plus chères espérances de M'»« Necker.
En quelques années qui ne furent ni sans efforts ni sans déceptions. M"** Necker parvint pourtant à ce résultat que, bien loin de se brouiller
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avec M"** Geoffrin, M"** de Luxembourg et
M"^ du Deffand, elle en fil ses protectrices
et, jusqu'à un certain point, ses amies, et finit
par traiter avec elles sur le pied de l'égalité
et de la familiarité. Elle eut un salon recherché,
honoré, influent, sans trop grands frais de dépense
ni même d'agrément; car la chère qu'on faisait chez
elle était ordinaire, et son cuisinier ne visait pas
au titre d'artiste; de plus, la gravité et la décence
dont la maîtresse de la maison donnait l'exemple
et fournissait le modèle y contenaient dans des
limites parfois gênantes la liberté des opinions et
des conversations philosophiques. M'"* Necker,
malgré l'esprit qu'elle avait, était trop préoccupée
de celui qu'elle voulait avoir; et elle dirigeait trop
méthodiquement l'entretien pour être une causeuse
toujours agréable. Du moins elle savait écouter, ce
qui est beaucoup, quoiqu'elle écoutât trop visiblement
avec la préoccupation de retenir, d'utiliser les notes
de la veille et celles du lendemain. Mais son mari,
qui avait de l'esprit, de la gaieté et était capable
d'éloquence, ne prenait, fatigué de travaux et de
calculs f qu'une part distraite et parfois même in^
différente à ces conversations dont il se tenait le plus
souvent écarté.
l8 ÉTUDE
Malgré ces causes d'éhigntment ci ces défasth de son gouvernement [tn est-il de parfaits^) j 3fme Necker parvini à attirer dans son salon, par le charme nouveau d'une bonté qui n'était pas plus contestable que sa vertu; par V attrait de tet air d'honnêteté, de moralité, de cordiaUlé qu'on ne respirait que là, non seulement les habitués des ccutres valons à la mode, mais des familiers qu'on ne trouvait point ailleurs. Elle apprivoisa la sauvagerie de Diderot ^ et l'éloquent cynique fui devant elle respectueux et décent; elle contint sans l'effaroucher la verve paradoxale et la pantomime simiesque de l'abbé Galiani, et il partagea /*/iommage de son assiduité, et plus tard celui de sa fiâé^ Vite de souvenirs et de regrets, entre la sévère M^^ Necker et l'indulgente M^ d'Épinay , quoique gardant un faible pour cette dernière. Enfin JVfwe Necker trouva moyen de réunir et de meiin^ tenir dans ses relations d'hospitalité et d'intimité^ dans son commerce de conversation et de lettres^ une société dont les disparates et les contrastes ne pouvaient s'effater et s'apaiser que sous l'influence d'une autorité douce et persuasive comme lasienne^ Il fallait certainement, à ne h juger qu'au point de vue de ce diffficHe et unique triomphe, une
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femme plm qu^çrâinaifei pour être et demeurer à la /Ws Vamie des Marm^ontel, des Morelletj^ de^ d*Aleml>ert^ des Diderot^ des abbés Kaynal et Amauld^ des Grimm, des Dcrat, des Rernardi des Siiard, des Bernardin de Saini^Pierre, des Thomas ^ dits Buffon, ces deux derniers ses deux plus honorables eourtisanSy ses deux chevaliers d'honneur devant la postérité^ et des M"*^ de Vermenoux^ M"^ GeO'ffrifk, maréchale de Luxembourg, M^^ du Dejfmd, M"^ Smrd, Af«* i'Houdttot, M»"^ de LawMn, M^^ de Marchais {d'Angivilliers)j^ la seuU qui ait, et non à son honneur^ rompu ces re/a* rions. Tout le secret de l'empire de M^^ Necker et de l'attrait de son salon se résume dans un seul mot : on y était attiré par la considération dont jouissaient les maîtres de la maison; on y était retenu parce' qu'elle rejaillissait sur leurs amis.
Ia salon de M^^ Necker établit et consacra son influence en devenant un des sanctuaires dt l'admiration pour Voltaire et un des centres di souscription et de propagande pour l'érection, de IQA vivant, d'une statue au patriarche de Firney. Le succès de cette entreprise dut être un peu gâté, aux yeux de M'^ Necker, par l'obstination de
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Pigalle qui s'obstina à représenter l'illustre vieillard dans cette nudité antique pour laquelle on eut grand'peine à obtenir de lui quelques voiles.
Comme maîtresse de salon, M^^e Necker, sans pouvoir aller jusqu'aux brusqueries et aux gronderies indiscrètes que M^^ Geoffrin se permettait impunément à V égard de ses pensionnaires, exerça sur ses amis un empire plus modeste, plus doux,, mais plus salutaire, et Buffon et Thomas ont rendu hommage à ce rayonnement moral qui vivifiait les cœurs autour d'elle plus que les esprits. Elle avait et elle communiquait l'enthousiasme du bien, dont le beau n*était à ses yeux que l'expression la plus parfaite.
Plusieurs de ses hôtes et de ses amis furent aussi ses obligés : sa protection fut largement exploitée par les sollicitations de Marmontel et de Morellet, et M^^ Suard reconnaît les bienfaits dont elle se plut à combler son mari et elle, le petit ménage, comme on disait alors de ce couple aimable et insinuant qui sut si bien pratiquer l'art de parvenir.
Nul doute que si M"^ Necker et M. Necker l'eussent voulu, il eût pris place au milieu des juges de ces concours dont il avait reçu les plus belles
couronnes. Il ne semble pas que la brigue académique de M, Necker ait jamais été bien ardente. D'autres ambitions le détournèrent sans doute de celle-là; et la gloire économique et politique de son premier ministère le dédommagea assez pour lui permettre de l'attendre, de l'absence d'un titre littéraire qu'il ne voulait obtenir qu'en le méritant. Le livre de sa retraite sur ^Importance des opinions EN matière religieuse avait sans doute en vue cette récompense; mais l'Académie en 178 5 était devenue tout à fait philosophe, et M. Necker lui parut peut-être trop chrétien. Bref, l'occasion souvent entrevue, souvent éludée, ne repassa plus, et M. Necker ne fut pas académicien, avec tout ce qu'il fallait pour Vêtre.
Malgré leurs goûts et leurs ambitions littéraires, rien ne prouve que ni la femme ni le mari l'aient regretté. En ce qui touche M"*^ Necker, elle avait incliné, par un renoncement dont la charité profita, à préférer les plaisirs et les triomphes du cceur à ceux de V esprit. Si son influence littéraire pâlit devant celle des Geoffrin et des du Deffand, aucune de ces deux raffinées et admirables égoïstes qui semèrent aussi sur l'égoUme, et dontia mémoire n'a reçu que la récompense, vaine comme elle, d^hommages fri-
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vo2<5 et intértsséSj, n aurait iU capable d^ambitionncF et de rechercher le pbj& beau titre it M^^ Necher àcvofU la postérité : celui de grande bienfai-^ triée de Vhwnanité souffrante, celui de fondatrice de cet hôpital modèle qui porte encore iustemcnJt son nom.
« Le premier ministère de son mari, ou, comme elle disait moins familièrement, de son ami^ lui fournit l'occasion de développer et de pratiquer en grand ses vertus. Les malades,, à la date de 1778^ étaient encore très mal traités dans les hôpitaux ^ U suffira de dire qu'on en mettait plus d'un dans un mime lit, et ihospice fondé par M^^ Necker le fut dans Vorigine « pour montrer la possibilité de a soigner les malades seuls dans un Ut avec toutes a les attentions de la plus tendre humanité, et sans « excéder un prix déterminé » . L'essai se fît dans un petit hôpital de cent vingt malades seulement, ^me Necker y fondatrice, en resta pendant dix ans lu directrice et /'économe vigilante. Elle mérita d'avoir sa part publique d'éloges dans un passage du Compte rendu de M, Necker au roi, en jan~ vier 1781. Quoique la malignité mondaine ait pu trouver à redire à cette solennité d'un époux Iqi/Mnt sa compagne, ici, je l'avoue, le sourirei
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erpirt en présence de Vélévation du bift et ée la grandeur du hienfaH K %
Comme épouse, k cfief-d^auvre de M'"* Necker n'est pas seulement dans l'exemple de sa vie, H est encore dans cet éloquent témoignage quelle a voulu donner à la sainteté du mariage, dans ce plaidoyer en faveur de V indissolubilité du lien conjugal dont Fautorité touchante s'augmente de l'émotion que provoque son caractère posthume. Il semble ainsi que la voix de M""* Necker sorte de la tombe pour protester que Vamour conjugal, tel qu'elle l'a compris et pratiqué, est plus fort que la mort. C'est ici le lieu de dire quelques mots de ce chef-d'œuvre inconnu trouvé dans les papiers de sa femme par M. Necker, et publié par lui plus encore par piété que par orgueil, pour la consolation de ses regrets plus que pour la constatation de son empire, enfin plutôt pour assurer à une chère mé"