DE LA FORCE ARMÉE
■ • La force armée est sous les ordres du Roi.
La loi en détermine annuellement le nombre elle détermine aussi le mode de recrutement.
La force armée est divisée en trois classes : l’armée de ligne, la garde nationale, la gendarmerie. •
L’armée de ligne est destinée à garantir la ■ sûreté extérieure de l’état î elle est placée là où cette sûreté peut être menacée , c’est-à-" dire, darfs les villes et places frontières.
La garde nationale est destinée à garantir la sûreté publique, dans Tintérieur de chaque département. G r est dans l’intérieur de chaque département quelle est répartie , sans en pou-
voir franchir les limités. •
La gendarmerie est destinée à garantir la sûreté privée : elle poursuit et arrête*les cri- * * minels.
Ces trois classes de force armée ne peuvent être confondues, ni employées aux mêmes usages, sauf le cas existant d’une invasion ennemie. * •
La division que je viens d’indiquer pour la force armée, parait d’abord la- même que celle qui existe dans plusieurs pays, et surtout en France. 11 y a une armée de ligne,' une garde nationale, une gendarmerie. Mais les fonctions de ces trois classes de force armée se confondent souvent. Tantôt- farinée de ligne estemployéedans l’intérieur , et prend ainsi la place de la garde nationale. Tantôt la garde nationale et filmée de ligne veillent au maintien de la police, et se chargent, ainsi des attributions de la gendarmerie. Cependant, le seul moyen , de prévenir les dangers politiques d’ufi grand établissement militaire^ c’est de tracer, pour chacune de ces trois* classes, une ligne fixe qu’elle ne poisse franchir.
La révolution française avait présenté à tous les esprits une idée séduisante, celle d’armées composées de citoyens, et certes il n’est pas dans mon intention de disputer ce litre h ceux qui ont défendu si long-tems,si glorieusement, par de si-nobles efforts, l'indépendance
nationale, et dont les exploits immortels ont élevé à la gloire Française un inébranlable monument, le seul qui soit debout au milieu des ruines. Lorsque des ennemis attaquent Un peuple sur sou territoire, les citoyens deviennent soldats pour les repousser. Ils sont citoyens, ils sont les premiers des citoyens, ceux qui protègent la cité, quand elle est menacée. Mais en traitant une question générale, il faut écarter les souvenirs de gloire qui nous
entourent et nous éblouissent, les sentiméns • •
de reconnaissance qui nous entraînent et nous subjuguent. •
Une armée de citoyens n’est possible , que lorsqu’une nation est renfermée dans d’étroites limites. Alors les soldats de cette nation peuvent être obéissans, et çepend, rît raisonner Obéissance. Placés au sein de leur pays natal, dans leurs /oy ers, entre des gouvemans et des gouvernés qu’ils connaissent, leur intelligence entre pour quelque chose dans leur soumission. Mais un vaste empire rend cette hypothèse absolument chimérique. Un vaste empire nécessite dans les soldats une subordination qui en faitdesagenspassifeetirréfléchis. Aussitôt qu’ils sont déplacés , ils perdent toutes les données antérieures qui pouvaient
éclairer leur jugement. Dès qu’une armée se trouve en présence .d'inconnus , de quelques eïémens qu’elle se compose, elle n’est qu’une force qui peut indifféremment servir ou détruire. Envoyez aux Pyrénées l'habitant du Jura, et celui du Var dans les Vosges, ces . hommes, soumis à la discipline qui les isole des naturels du pays , ne verront que leurs che&, ne connaîtront qu’eux. Citoyens dans le lieu de leur naissance, ils seront des soldats par-tout ailleurs.
En conséquence, les employer dans l’intérieur d’un pays, c’est exposor ce pays à tous les inconvéniens dont une grande force militaire menace la liberté , et c’est ce qui a perdu tant de peuple libres.
Leurs Gouvernemens ont appliqué au maintien de l’ordre intérieur, des principes qui ne conviennent qu’à la défense extérieure. Ramenant dans leur patrie des soldats vainqueurs, auxquels , avec raison, ils avaient hors du territoire commandé l’obéissance ^passive, ils ont continué à leur commander cette obéissance contre leurs concitoyens. La "question était pourtant toute différente. Pourquoi des soldats, -qui marchent contre une armée eflne- * mie, sont-ils dispensés de tout raisonnement?
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C’est que la couleur seule des drapeaux de cette armée prouve aveç évidence ses desseins hostiles, et que cette évidence supplée , à tout examen. Maislorsqu’il s’agit descitoyens, celte évidence n’existe pas : l’absence du raisonnement prend alors un tout autre caractère. 11 y a de certaines armes, dont le droit des gens interdit l’usage, môme aux nations ‘qui se font la guerre; ce que ces armes pro- * hibées sont entre les peuples, la force militaire doit l’ètre entre les gouvemans et les gouvernés: un moyen qui peut asservir toute . une nation est trop dangereux, pour être employé contre les crimes des individus.
La force armée a trois objets différens.
Le premier , c’est de repousser les étrangers. N’est-il pas naturel de placer les troupes destinées à atteindre ce but, le plus près de ces étrangers qu’il est possible , c’est-à-dire , sur les frontières? Nous n’avons nul besoin de défense contre l’ennemi , là où l’ennemi n’est pas. * •
Le second objet de la force armée, c’est de réprimer les délits privés, commis dans l’intérieur. La force destinée à réprimer ces , délit» doit être absolument différente dé l’année de ligne. Les Américains l’ont senti» "
Pas un soldat ne paraît sur leur vaste territoire pour le maintien de.l’ordre public; tout citoyen doit assistance au magistrat dans l’exercice de ses fonctions; mais cette obligation a l’inconvénient d’imposer aux citoyens des .devoirs odieux. Dqns nos cités populeuses , avec nos relations multipliées, l’activité de notre vie, nos affaires, nos occupations et nos plaisirs, l’exécutioit d’une loi pareille serait vexatoire ou plutôt impossible ; chaque jour cent citoyens seraient arretés , pour avoir refusé leur concours à l’arrestation d’un seul : il faut donc que des liommes salariés se chargent volontairement de ces tristes fonctions. C’est un malheur sans doute que de créer une classe d’hommes pour les vouer exclusivement à la poursuite de leurs semblables; mais ce mal est mpins grand que de flétrir l’àme de tous les membres de la société, en les forçant à prêter • leur assistance à des mesures dont ils ne peuvent apprécier la justice (i)- -
{ i) J’excepie, néanmoins, les crimes contre lesquels ln sympathie se soulève. Il est des actions tellement atroces, que tous lc$ hommes sont disposés à concourir à leur châtiment. Mais les atteintes à la propriété , bien que
Voici donc déjà deux classes de force armée. L’une sera composée de soldats proprement dits, stationnaires sur les frontières, et qui assureront la défense extérieure ; elle •sera distribuée en difïërens corps, soumise à des chefs sans relations entre eux , et placée de manière à pouvoir être réunie sous un seul en cas d’attaque. L’autre partie de la force armée sera destinée au maintien de la police* Cette seconde classe delà force armée n’aura pas les dangers d’un grand établissement militaire ; elle sera disséminée sur toute l’étendue du territoire ; car elle ne pourrait être réunie sur un point, sans laisser sur tous’les autres les criminels impunis. Cette troupe
très-criminelles , ne sauraient exciter en nous une indignation suffisante pour étouffer toute pitié : et quant aux délits qu’on pourrait nommer factices , c’est-à-dire, qui ne sont tels qu.e pareequ’ils enfreignent Certaines lois positives, lorsqu’on force les individus à en favoriser la poursuite, on les tourmente et on les dégrade. Je»me suis demandé, quelquefois, ce que je ferais, si je me trouvais enfermé dans une ville où il fut défendu, sous peine de mort , de donner asile à des citoyens accusés de crimes politiques. Je me suis répondu, que si je voulais mettre ma vie en sûreté, je me constituerais prisonnier, aussi long-temps que cette mesure serait en vigueur.
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saura elle-même quelle est sa destination.
Accoutumée à poursuivre plutôt qu’à combattre, à surveiller plutôt qu’à conquérir, n’ayant jamais' goûté l’ivresse de la victoire , le nom de ses chefs né l’entraînera point audelà de ses devoirs , et toutes les autorités de l’état seront sacrées pour elles.
Le troisième objet de la force armée, c’est de comprimer les troubles , les séditions. La gendarmerie ne suffit pas. Mais pourquoi recourir à l’armée de ligne? N’avons-nous pas la garde nationale, composée de propriétaires •et de citoyens? J’aurais bien mauvaise opinion de la moralité ou du bonheur d’un peuple , si une telle garde nationale se montrait favorable à des rébelles , ou si elle répugnait à les ramener à l’obéissance légitime.
Remarquez que le motif qui rend nécessaire une gendarmerie contre les délits privés, ne subsiste pas quand il s’agit* de crimes publics. Ce qui est douloureux dans la répression du crime , ce n*est pas l’attaque , le combat, le péril; c’est l’espionnage, la poursuite, la nécessité d’être dix contre un , d’arrêter , de saisir, même des coupables, quand ils sont sans armes. Mais contre des désordres plus graves , des rébellions , des attroupemens ,
les citoyens qui aimeront la Constitution de leur pays, et tous l’aimeront, puisque leurs propriétés et leurs libertés seront garanties par elle , .s’empresseront d’offrir leurs secours.
Dira-t-on que la diminution qui résulterait, pour la Force militaire , de ne la placer que sur les frontières, encouragerait les peuples voisins h nous attaquer? Cette diminution, qu’il ne faudrait certainement pas exagérer , laisserait toujours un centre d’armée, autour duquel les gardes nationales, déjà exercées, se rallieraient contre une agression ; et si vos institutions sont libres, ne doutez pas de leur empressement, ne soyez pas défians de leur zèle. Des citoyens ne sont pas lents à défendre leur patrie, quand ils en ont une; ils accourent pour le maintien de leur indépendance au dehors, lorsqu’au dedans ils possèdent la liberté : quand ils restent immobiles, c'est qu’ils n’ont rien à perdre; et. à qui la faute ?
Ah ! j’en atteste l’honneur français ; j’en - atteste ce sentiment intérieur de tant de braves, dont chaque geste, dont chaque regard est une -protestation éloquente contre toute accusation d’indifférence ou de tiédeur! Il ne faut pas croire un peuple vaincu, parce qu il n’a pas voulu défendre un tyran.
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