‹ Réflexions sur les réflexions de m. De ChateaubriandChapitre 4 sur 10 · TROISIÈME RÉFLEXION · texte numérisé non relu

TROISIÈME RÉFLEXION

De la nécessité de tout pardonner.

IVJais le moyen Je goûter jamais celle paix si désirée , ce repos moral dont nous avons tant besoin , si nous perpétuons le souvenir d'un malheur qui laissera , à jamais , d'éternels regreti! M. de Giateaubriand a tort de craindre que Ut. postérité ne porte de nous un tout autre Jugement ( que celui de l'esprit de vengeance), qu'elle ne prenne cette admirable facilité de tout pardonner pour une légèreté criminelle ; qu'elle tie~ regarde comme une méprisable insouciance du vice et de la vertu , ce qui n'est qu' impossibilité absolue de récriminer et de finir. Pourquoi aller pl us loin que!cRoi,qui

apardonnéà tous? Mais le monde , comme le Moi, n'a pas donné sa parole i il pourra rompre le silence. Le monde aura tort. Et d'ailleurs , qu'est-ce qu'une vengeance exercée par tout le monde? Depuis quand est-ce que tout le monde a le droit de tirer vengeance, d'une offense, quand celui qui l'a supportée ne demande aucune satisfaction ? N'est-ce pas ouvrir la porte à tous les abus que d'autoriser , ou même d'indiquer ce mode de réparation ?

Pour un homme qui a porté la démence jusqu'il vouloir excuser le plus affreux dea crimes , le régicide , tous ceux qui sont dans le même cas ne déplorent-ils pas leur mal* Leur ; et l'opinion , qui les a depuis longtems condamnés, ne doit-elle pas cire, pour eux , le plus cruel des supplices.

Ces malheureux ne tiennent-ils pas d'ail-; leurs à des familles qui n'ont point partagé leur déplorable égarement? Pourquoi porter le désespoir dans le cœur du coupable , et verser sur toute sa race la coupe de la malédiction? Ah ! de grâce , bannissons à jamais

des pages dans lesquelles nous serons Forcés de parler encore de ces désastreuses époques , où quelques hommes en délire se sont souillés du sang de leur Roi , bannissons l'aigreur et l'exaspération.

« Mais si des fortunes immenses ont été * faites ; si , après avoir égorgé l'agneau , » on a caressé le tigre ; si Brutus a reçu » des pensions de César , etc. »

Tout cela ne nous regarde point. Je le répéterai sans cesse ; quand celui qui devait ee venger, pardonne , c'est presqu'un crime d'agir autrement que lui. Laissons-le faire ce qu'il jugera convenable , et des fortunes immenses qui ont été illicitement acquises ; et de ceux qui out reçu les pensions de César; puis , demeurons bien convaincus que tous fies'jugçmens se composent de justice et de bouté.

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