‹ Réflexions sur les réflexions de m. De ChateaubriandChapitre 7 sur 10 · SIXIÈME RÉFLEXION · texte numérisé non relu

SIXIÈME RÉFLEXION

Qu'il est juste de secourir lès émigrés.

Que les émigrés aient bien ou mal fait, dans leurs intérêts et dans ceux du Rot , de qui! ter la France, les réflexions que je viens de faire à ce sujet , ne peuvent diminuer en rien l'intérêt qu'inspire la situation de la plupart de ces infortunés, qui ont constaté , par vingt-six années de souffrances , leuV attachement à leur légitime maître.

Rien n'est plus juste que de les aider dans leur infortune ; la conduite du Roi , à leur égaf d , acquiert à ce bon père de nouveaux

droits à notre amour et à notre reconnaissance, (i)

Quelque ridicule que se donnent certains émigrés par leurs prétentions et leur extrême amour-propre, on a tort de» faire sur eux de mauvaises railleries , et de chercher à les humilier; parce qu'il ne convient jamais de passer du particulier au général.

Il y a des émigrés fort ennuyeux , fort suffisons , beaucoup trop pleins d'eux-mêmes; mais il y en a beaucoup aussi qui ont ac-

(i) Si les Français devenaient assd patriotes pour trouver , comme les Anglais dont il) envient le lort , toujours bien « que fait le Roi , nous serions trop heureuï ; et cela serait aussi facile que juste , puisque jusqu'à présent les Jeu* corps qui représentent la nation , et qui sont charges par elle <Ie discuter les intérêts du peuple , n'uni eu qui applaudir h toutes les iilé«s de ce sajje monarque ; et ctrlei on ne peut pas dire maintenant que ces Jeu i corps suiit influences comme sous Buoûaparle ; ils jouissent , au contraire, de toute la plénitude de leur liberté, dont ils n'ont fait, il est vrai, jusqu'ici qu'up tiieu noble usa^e.

An in

(juis, dans-leur long pèlerinage , de solides connaissances , et dont le commerce est ou ue peut plus agréable.

On imagine bien que je n'entends parler ici que des premiers émigrés ; car je ne crois pas qu'il soit juste de irai ter également ceux qui , il y a i5 ans , trouvèrent convenable de rentrer eu France , pour y prendre des places ou y exercer une industrie. Ce ne sont point ceux-lk qui ont dormi, dans l'exil , la tête appuyée sur les Jleurs de lys, effacées par le sang et les larmes. Ce sont eux qui ont , eu partie , Formé la Coux de Buonaparte, qui se plaisait , comme on sait , à ravaler , par les emplois les plus humilians, autour de sh personne (i) les noms les plus illustres , digne récompense de ceux qui se prostituaient ainsi.

Ne sont-ce pas eux encore qu'on a vus ,

(i) Tout le momie se rappelle que Napoliion , qa\ obligeait sus eliamhcllanj à demeurer constamment dan» son an li -chambre , les chargeait , comme dei valets , des commisiiuus les plus degoùlanles.

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