‹ Réflexions sur les réflexions de m. De ChateaubriandChapitre 8 sur 10 · SEPTIÈME RÉFLEXION · texte numérisé non relu

SEPTIÈME RÉFLEXION

Qu'il y a une autre classé aussi recommanàable que les émigrés , par leurssouffrances et leur attachement au Roi.

Je ne blâme point M. de Cliâtea'ubriand , émigré lui- même, d'avoir cherché à répandre sur les émigrés, toul l'intérêt qu'inspire ordinairement sa suave éloquence.; mais pourquoi n'a-l-il pas dit un mol des prisonniers d'Etat J de ces malheureuses victimes qui ont gémi tant d'années dans les cachots, opprimées par la tyrannie?

Pourquoi n'avoir pas réïciilé l'attention du gouvernement sur ceux qui , après avoir fait de louables efforts pour le bien, ont payé , par la privation de leur liberté t ce

généreux dévouement $ Est - ce qu'un père, de famille qui a perdu sou état, dont Jes biens ont été dilapidés pendant qu'il était renfermé à Vincenues , à Ham ou aux iles Sainte- Marguerite, n'est pas aussi recoinmaudable que l'émigré qui a été ailleurs chercher le repos qu'il ne trouvait plus chez lui? La qualité d'émigré' était , on le sait , un état chez l'étranger qui exerçait , autant que possible , envers lui l'bospitalité; tandis que le prisonnier, sans secours, sans appui , était en proie à la plus affreuse misère (1) , et n'avait pas même la cousola-

(l) 11 n'était rien accordé aul prisonniers d'Etat , d.uis les ihiieaui loris , qu'un juin noir «t mauvais ■v«c des haricots; ceux qui no pouvaient point manger celle affreuse nourriture , ei rjni se trouvaient alors an secret sans communication avec l'extérieur , mouraient de faim. Je pourrais , parmi beaucoup d'autres , ciicT M. Bcrtliauil-du-C.iin , de Lyon , arrêté pour avoir secouru les cardinaui à Bourç; en Bresse, qui a demeuré ainsi six mois au secret à la Force, et qui en surtit ( pour passer dans l'intérieur do la prison) entièrement desséché ressemblant à un spectre, et pouvant à peine se tenir; taudis qu'il y avait depuis

lion de communiquer avec sa famille et ses amis. Ne sont- ils donc pas fort respectables les ntima des Polignac , des Dastros , des Dunoyers , des Saiut-Bonel , des Berthaud ,

longtemps au greffe de celle prison , plusieurs nlille francs dent la police s'emparait sous le prétexte qu'art prisonnier qui avait trop a" argent , était dangereux et pouvait conspirer. Les familles , qui commn celli! de M. ItertliHiid , lie savaient point absolument ce qu'étaient devenus leur? pareils, el qui, pour pouvoir les soulager , semaient de l'argent dans toutes Us prisons ,. avaient encore le regret do faire d'inutiles sacrifices , et de se ruiner infructueuse ment , ou même de fournir, sans le savoir, des moyens du persécution do plus à leurs infortunes ami».

Lunnaparlc , frappé de cet abus , ordonna au mois do mars 1811 , qu'il serait accordé à chaque prisonnier d Etat , un secours du '1 francs par jour pour se nourrir. Ce secours fut réduit un peu plus lard , de moitié , h l'instigation delà police qui a fini par garder lotit . On assure que le Roi va faire rendre aux pri-

harlwrcs , ou nourrit ceux auxquels on enlève la liberté , non point ptrec que l'un compense l'autre , mais parte qu'ils ne peuvent plus le faire cus-nièmes.

des Puyrert, des Boulogne, desfiambucy , et de tant d'autres qui ont su résister, pendant un grand nombre d'années^ à la séduction des agcns d'une police abominable? Ne soni-ils pas des martyrs ceux qui, après avoir affronté la mort dans d*au(rcs genres de dangers , ont succombé à leurs trop longues souffrances , et sont venus périr dans les prisons, où ils ont été égorgés. Ah ! j'en suis sur , si M. de Chateaubriand eût été un instant prisonnier d'Etat, s'il avait pu apprécier surtout les angoisses de l'incertitude; ses malheureux compagnons auraient , comme les émigrés, trouvé nue place dans sa broebure. .

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