Quelle méthode doit présider à leur enseignement
Ne pouvant donner au développement de ces propositions toute l'attention qu'elles méritent, je n'ai d'autre but que de présenter à leur appui quelques idées bien simples et bien méthodiques, afin d'attirer sur elles l'attention et la discussion. Je me bornerai, autant que possible, à ce qui concerne notre pays ; mais , comme la nature humaine est la même partout, je serai quelquefois obligé de remonter aux premiers principes de la matière.
L'éducation est l'apprentissage de la vie sociale : telle est l'idée qu'en avaient les Bacon , les Locke , les Rousseau , les Condillac , et tant d'autres publicistes dont les travaux portèrent à un si haut degré de perfection les méthodes d'enseignement.
Une instruction publique, pour être bonne, doit être au niveau de la civilisation , puisque son but est
de mettre la génération qu'on lui confie en état de suivre les travaux de celle qui s'éteint.
Il faut le dire , ceux qui ont présidé aux destinées de notre éducation n'ont pas assez senti Timportance de cette vérité; et de son adoption dépend, quoi qu'on dise , l'abaissement ou la prospérité des peuples.
Deux langues mortes , le latin et le grec , sont la base spéciale de notre système actuel d'enseignement. Ses divisions scolastiques remontent à l'époque encore peu éclairée de la renaissance des lettres.
Nous sommes en cela logés au même point que bien d'autres pays qui restent dans l'ancienne ornière, quoiqu'il devienne tous les jours plus certain qu'il n'y a de salut pour un peuple qu'autant que chez lui l'éducation se rapporte à la famille et à la patrie , en tendant à former l'homme et le citoyen.
Les autres sciences qui figurent dans notre plan actuel d'éducation , si tant est que nous ayons un plan , ne sont envisagées que d'une manière accessoire , et enseignées comme étant d'une utilité moins grande que les langues latine et grecque.
Ainsi dix années de notre jeunesse se passent à étudier deux langues qui ont quelque utilité, sans doute , mais qu'on pourrait apprendre dans un temps bien plus court à l'aide d'une méthode fondée sur l'observation philosophique de la marche de l'esprit humain.
Quel rôle peut jouer un jeune homme au sortir du
colldge? Au milieu d'une population industrielle, il ignore la société , ses lois , son mécanisme et les principes des sciences morales et politiques qui président à son action. Il a passé le quart de sa vie à apprendre péniblement des mots dont il connaît à peine le sens ; et , autour de lui , tous s'occupent cependant de travaux utiles. Il voit les produits des arts , et il n'en a aucune idée ; les créations de l'industrie, et il est étranger aux sciences physiques, chimiques et naturelles qui la font mouvoir. S'il veut ne pas rester spectateur inerte de tant de merveilles , il est obligé de refaire son éducation. Il étudie alors les sciences exactes sur lesquelles repose notre civilisation.
Les rapides progrès de l'industrie et du commerce ont changé presque toutes les institutions humaines: les grands mouvements , résultat inévitable d'un tel accroissement, ont entraîné avec eux d'immenses conséquences ; car tout se tient dans l'ordre social , et, dès que l'organisation des pouvoirs se modifie, les peuples changent de physionomie, de mœurs et d'habitudes.
Ainsi , pour ne parler que des choses qui se rat-^ tachent à notre sujet, voyez comme le goût des études s'est répandu dans toutes les classes de la société. Qui pourrait nier que les sciences et les arts ne soient cultivés avec ardeur et persévérance ? S'instruire est un besoin nouveau que tous veulent satisfaire.
Les préjugés antiques qui faisaient tenir à hon'^
neur de consommer sans produire disparaissent, de jour en jour. Nous devons nous louer d'un pareil état de choses : la morale s'en ressent ; car le travail n'est pas seulement le père de la prospérité, il l'est aussi des bonnes mœurs.
Tel est l'état de là civilisation.
L'ÉDUCATION doit former des hommes capables de le comprendre et de seconder cette tendance au perfeclionnement de l'espèce humaine.
Il nous a semblé que l'enseignement des sciences figurées dans le tableau suivant atteindrait ce noble but. Je dois avertir qu'il n'entre pas dans mon plan de donner à l'enseignement de toutes ces connaissances ni la même extension ni la même importance ; je sais aussi que qui trop embrasse mal étreint, et autant il serait condamnable de restreindre parmi nous les moyens d'acquérir des connaissances , autant il serait peu raisonnable de les multiplier par un luxe de chaires et de professeurs sans proportion avec notre population.
Ce ne sera jamais du premier coup que nous parviendrons à inspirer chez nous l'amour des bonnes études, et à leur donner toute l'extension qu'elles méritent. Il faudra pour cela un temps plus ou moins considérable, suivant que les moyens d'exécution seront confiés à des mains plus ou moins capables. Alors notre ville pourra se distinguer , acquérir quelque célébrité par ses méthodes d'enseignement , et
^ 7 "^ attirer dans son sein une réunion considérable d'étudiants, soit nationaux, soit étrangers.
Pour arriver à ce but , il ne faut qu'être d'accord sur les bases et sur l'impulsion qu'on doit donner à nos études. Dès que l'on aura adopté des principes d'éducation judicieux et sages, il n'y aura plus qu'à marcher et à restreindre ou à étendre les moyens d'application et d'exécution , suivant que les circonstances seront plus ou moins favorables. C'est uniquement sur la recherche de ces principes que j'ai voulu jeter quelques lumières, bien persuadé que là gît toute la question.
Comme toutes les connaissances humaines se lient et ont entre elles des rapports plus ou moins directs , j'ai voulu , dans le tableau suivant, donner une idée de ces rapports. On pourrait, suivant que l'instruction publique prendra plus ou moins d'extension , donner plus de développement à telle ou telle science , que pour le moment on ne ferait que recommander à l'attention des élèves..
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