L.'É;EÇlise roniaîno
Oa ne peut comprendre Téclosion et la rapide extension des hérésies sous les successeurs de Charlemagne si l'on ne se rend compte de ce qu'étaient à cette époque les vices de l'Eglise romaine.
Les docteurs du moyen âge ont universellement enseigné que le pape régnait en souverain sur toute la terre, sur les païens et les infidèles aussi bien que sur les chrétiens. Bien que le pouvoir ainsi fièrement revendiqué n'ait pas laissé de causer bien des maux, ce n'a pas moins été un bonheur pour l'humanité qu'il ait existé, à cette rude époque, une force morale que ne conféraient ni la naissance, ni la valeur guerrière, qui pût rappeler à l'obéissance des lois divines les rois et les nobles, même quand ce rappel sortait de la bouciie d'un fils de paysan •.
Toutefois, en affirmant ainsi sa domination, l'Eglise avait dû consentir bien des sacrifices. Au cours de la lutte qui consacra la suprématie du pouvoir spirituel sur le temporel, les vertus chrétiennes d'humilité, de charité etd'abnégalion avaient, en grande partie, disparu. Les populations n'étaient plus attirées par ce qu'il y a de gracieux et d'aimable dans le christianisme; leur soumission était achetée par la promesse du salut, prix de la foi et de robéissance, ou imposée soit par la mfnace de la perdition,- soit par la crainte plus immédiate de la persécution. Si l'I'^glise, en s'isolant complètement de la société laïque, s'était assuré les services d'une milice entièrement dévouée à sa cause, elle avait, d'autre part, donné naissance à un antagonisme entre le peuple et elle. Dans la pratifjue, il n'était plus vrai que l'ensemble des chrétiens constituât l'Lglise ; cet ensemble était divisé en deux classes essentiellement distinctes,