‹ Réflexions sur quelques mesures administratives concernant la police des inhumationsChapitre 3 sur 4 · CIER DE LÉTAT-CIVIL POUR CONSTATER LES DECES · texte numérisé non relu

CIER DE LÉTAT-CIVIL POUR CONSTATER LES DECES

La mission que l’art. 77 du code civil confère à l’officier de l’état-civil ? ferait supposer que la vérification des décès est une opération en général facile , et que le premier venu peut faire. 11 s’en faut de beaucoup cependant , qu’il en soit ainsi ; c’est ce que va nous démontrer une courte appréciation des signes caractéristiques de la mort réelle indiqués par les auteurs de médecine légale, car nous ne voulons rien avancer sans preuves à l’appui.

1* L’aspect cadavéreux de la face, la première chose qui frappe à la vue d’un cadavre, n’est point un signe concluant , puisqu’on le rencontre chez des individus épuisés par des maladies chroniques anciennes et chez qui la vitalité n’est pas encore éteinte , tandis qu’il manque chez d’autres qui ont succombé à une maladie aigue.

2° 11 en est de même des signes tirés de i’ inspection des jeux qui, il est vrai, sont affaissés, ont perdu de leur transparence et sont recouverts d’un enduit glaireux chez la plupart des décédés- mais ces phénomènes ne se font pas remarquer chez les personnes qui périssent d’une mort prompte, comme l’apoplexie, par exemple, et chez d’autres ils existent quelquefois déjà avant la cessation de la vie.

3° L’absence de la chaleur et la lividité de la peau offrent-t-elles plus de certitude ? Non, sans doute, car nous n’ignorons pas qu’une foule d’affections nerveuses et des émotions de l’âme ont pour effet de déterminei des variations infinies dans la décoloration et le refroidissement de la peau chez des personnes encore douées de la vie. On sait aussi que le refroidissement est très-prompt à la suite des maladies chroniques, tandis qu’il est lent, au contraire, après les apoplexies et les asphyxies par le gaz acide carbonique. On sait également que les personnes qui ont succombé à ce dernier genre de mort, présentent la peau d’une teinte rosée.

4° L’absence de la respiration et de la circulation , offre la même incertitude : ces deux fonctions peuvent être suspendues ou tellement ralenties , Comme dans la léthar-

gie, la syncope j l'asphyxie, ele~ . que l’on pourrait croire qu’ell es sont complètement abolies. Les moyens que l’on a conseillés pour établir le diagnostic différentiel entre la suspension et la cessation de la respiration, comme d’approcher de la bouche et du nez un miroir , une bougie allumée, etc., ne sont pas plus infaillibles. M. le docteur Nasse, professeur à l’Université de Bonn, après beaucoup d’expériences répétées tant sur les animaux , que sur l’homme après décès, afin de s’assurer jusqu’à quel point on peut compter sur l’absence de la chaleur comme signe caractéristique de la mort, en conclut que, « lorsqu’au milieu d’une température moins élevée que la sienne, la chaleur d’un individu qui vient de rendre le dernier soupir, baisse progressivement et satis arrêt jusqu’au dessous de vingt degrés, on peut en inférer qu’il est réellement mort. » Or, comme la chaleur animale a sa source dans les actes vitaux les plus intimes, l’hématose , la circulation, l’action nerveuse, il en résulte qu’elle se conserve plus longtemps dans les organes situés à l’intérieur que dans les parties extérieures où elle diminue progressivement. L’observation lui ayant prouvé que la chaleur de l’estomac se règle sur celle du cœur et n’est au-dessous d’aucun autre organe, M. Nasse propose, pour constater la mort , d’explorer cet organe en introduisant par la bouche et l’œsophage un petit thermomètre dont l’échelle renfermée dans un tube de verre ne monte pas au-delà de 40° ; cet mslrumenl , qu’il a nommé lhanatometre , est attaché à l’extrémité d’une tige de baleine, afin de pouvoir le faire pénétrer jusque dans la cavité de l’estomac. Selon lui, on pourra prononcer que la mort est réelle, si la chaleur interne est descendue .à 13 degrés et demi à la suite de maladies, et à 20 degrés après des morts subites (I).

Les difficultés qui entourent l’introduction de ce thermomètre, en rendront probablement l’application fort rare ; de là , l’impossibilité d’apprécier la valeur réelle de ce moyen.

5° La rigidité des membres , ou raideur cadavérique , regardée par Louis comme le signe le plus certain de la mort réelle, et que Nysten a démontré avoir lieu constamment ,

(1) Voyez un mémoire intitulé : Diagnostic différentiel de la mort apparente et de la mort réelle, par le docteur Nasse, traduit de l’allemand par \I. le docteur Fallût , et inséré dans les deux premières livraisons des Annales Médico-Légales belges, année 1842.

même chez, les individus qui succombent au typhus et à la lièvre putride } s’établit promptement che/, ceux qui étaient affaiblis par une longue maladie, tardivement au contraire, chez ceux qui meurent subitement.

M. Villermé a ajouté à ce signe, la flexion des pouces . «Quand la mort C't réelle, dit ce savant médecin, les quatre derniers doigts de la main sont rapprochés et fléchis et le pouce, recouvert par eux , est presque toujours dirigé dans le creux de la main vers la racine du petit doigt : ses deux phalanges, dont la première se trouve seule dans la flexion , sont ordinairement étendues l’une sur l’autre. Mais lorsqu’une fois une force quelconque a écarté le pouce des autres doigts ou étendu ceux-ci, ils n’offrent plus cette disposition (1). »

6° L’àpplalissement des parties du corps, telles que le dos et les fesses, sur lesquelles le cadavre a Clé couché, indiqué par Biumenbaeh comme étant d’une grande importance pour constater la mort réelle, n’est cependant pas non plus toujours un signe infaillible. M. Marc, très-compétent en cette matière , le considère comme un des plus ceitains, mais seulement lorsqu’il n’y a pas d’infiltration du corps.

7° La brûlure par l’eau bouillante ou la cire à cacheter et l’incision des talons que l’on a conseillés pour constater lu mort réelle, ne sont pas des épreuves aussi décisives qu’on a bien voulu le croire. Des faits assez nombreux, démontrent que l’enveloppe légumentaire est, dans la plupart des névroses avec perte de connaissances , insensible aux brûlures et aux incisions faites à sa surface ou dans son épaisseur.

il n’en est pas ainsi de deux autres signes qu’il nous reste à examiner, la putréfaction et les résultats de l’application du galvanisme.

8° La putréfaction bien établie est, de l'aveu de tous les médecins , un signe certain, positif , de la mort; mais , une foule de causes, comme l’âge du sujet , sa constitution, son étal habituel de santé ou de maladie , le genre de mort auquel il a succombé . le degré de chaleur ou d’humidité atmosphérique de l’endroit où il est exposé, etc., peuvent en hâter ou en retarder le développement , et il n’est pas

(1) Annales d’hygiène publique et de médecine légale, t, IV page 421 ;

toujours possible de conserver le cadavre jusqu a ce qu’elle se soit manifestée à l’évidence.

9° Le galvanisme, proposé d’abord en 1774 par le professeur Klein de Mayence , et appliqué plus tard par notre compatriote le docteur Nysten, quia si bien apprécié les résultats de cet agent et démontré le parti que l’on peut en tirer, le galvanisme , disons-nous, est le moyen infaillible de constater la mort. Les nombreuses et intéressantes expériences de Nysten ont prouvé que lorsque la pile de Yolta ne produit plus d’action sur la fibre musculaire, on peut affirmer d’une manière positive que la vie est éteinte ( 1 ). M. Marc, considérant que celte épreuve est la plus sûre de toutes (2) , voudrait qu on y soumit tous les décédés avant de leur accorder la sépulture, « Sans doute, ajoute-t-il, il est un grand nombre de cas où, dès la disparution des phénomènes vitaux, les causes de la mort ne laissent aucun doute sur sa réalité. Ainsi, par exemple, il serait ridicule de ne vouloir inhumer ou examiner un individu qui aurait péri par 1 effet d’une blessure de nécessité mortelle , qu’après avoir attendu en lui la cessation de toute contractibilité galvanique ; mais il est pourtant des cas où la certitude du décès, établie seulement sur la nature des causes, pourrait être

(l) Pour faire cette expérience , il faut mettre à nu des fibres musculaires , en pratiquant une petite incision sur une partie d’un membre, en ayant soin de ménageries vaisseaux sanguins: on doit éviter ensuite de se servir d’une pile trop forte qui, dans le cas où la vie ne serait pas entièrement éteinte, pourrait la compromettre au lieu de la ranimer, en produisant une excitation trop énergique.

(?) ,doctenr bourgeois, dans un mémoire qu’il a lu à la

Société de médecine de Paris, recommande comme un des plus sûrs procédés, offrant dans ses résultats le plus haut degré de certitude pour constater la mort, l’acupuncture du cœur L’innocuité de ce moyen lui paraît établie par l’usage général qu’en font les Chinois, et sur des expériences faites dans divers hôpitaux de Paris qui ont prouvé : « que des aiguilles profondément enfoncées dans la substance de cet organe, et agitées par des mouvements oscillatoires isochrones a ceux du pouls , qui prouvaient leur pénétration , y sont restées plusieurs minutes, puis retirées sans qu’il s’ensuivit aucun accident. » S’appuyant en outre sur des essais tentés sur des animaux, par le Docteur Garraro , et partant de ce principe que les muscles, et surtout le cœur, sont aptes à se contracter six ou huit, heures encore après la disparution de tout mouvement organique, M. Boutgeois propose l’emploi de l’acupuncture à l’aide d’aiguilles, dont l’action serait augmentée par la pile de Volta, procédé ^connu sous le nom de galvano-puncture. Ce moyen n’ayant pas encore, que nous sachions, été appliqué à l’homme , il est impossible d’en rien conclure. (Voyez pour plus de développements la ltevue médicale française et étrangère, cahier de juin 183S. )

trompeuse. Nous rappellerons à l’appui de celle vérité, l’exemple que Boerhaave se plaisait à citer à ses élèves.

Un paysan eut l’artère axillaire coupée d’un coup de couteau ; le sang coula avec tant d’abondance que le blessé tomba bientôt dans une syncope que tous les assistants crurent mortelle. Le lendemain ceux qui devaient 9 en vertu de l’ordonnance du magistrat, constater juridiquement la mort du blessé et la mortalité de la plaie , lui ayant trouvé encore un peu de chaleur à la région de la poitrine, différèrent l’examen de quelques heures, quoiqu’il n’existât plus aucun signe de vie. Pendant cet intervalle, le blessé se ranima insensiblement, et, contre l’attente universelle, après avoir clé longtemps dans un élat de très-grande faiblesse, il recouvra la santé. Son bras, qui ne recevait plus de sang, se dessécha entièrement (1). »

En exceptant le galvanisme , nous pouvons donc conclure avec M. Marc , que de tous les signes que nous venons de passer en revue, deux parmi eux, sont les moins suspects, la raideur cadavérique et la putréfaction , mais l’un pourrait , dans quelques cas , être confondu par des observateurs peu exercés ou inattentifs avec la raideur convulsive; l’autre , la putréfaction, ne devient une preuve certaine du décès qu’aulant qu’elle serait bien établie , parce qu’un commencement de décomposition putride pourrait être confondu avec certains étals du corps vivant qui ont avec lui beaucoup de ressemblance. »

Institution de médecins vérificateurs des décès. —

Page 1