‹ Réflexions sur quelques poètesChapitre 12 sur 27 · A MA QUENOUILLE · texte numérisé non relu

A MA QUENOUILLE

Quenouille, mon soucy, je vous promets et jure De vous aimer toujours et jamais ne changer Votre honneur domestic pour un bien étranger Qui erre inconstamment et fort peu de temps dure.

Vous ayant au costé, je suis beaucoup plus sure Que si encre et papier se venoient arranger Tout à Tentour de moy : car, pour me revenger^ Vous pouvez bien plustost repousser une injure.

Mais, quenouille, ma mie, il ne faut pas pourtant Que, pour vous estimer et pour vous aimer tant, Je délaisse de tout ceste honneste coustume

D'escrire quelquefois; en'escrivant ainsy, J'escris de vos valeurs, quenouille, mon soucy. Ayant dedans la main le fuseau et la plume.

Lisez maintenant ces quatrains, qui sont du dernier féminisme^ ou je n'y entends rien.

Nos parents ont la louable coustume, Pour nous toUir l'usag-e de raison, De nous tenir closes dans la maison Et nous donner le fuseau pour la plume.

Traçant nos pas selon la destinée On nous promet liberté et plaisir; Et nous payons l'obstiné desplaisir.

Portant la dot sous les lois d'hyménée...

Il faut soudain que nous changions l'office Qui nous pouvoit quelque peu façonner, Ou les maris ne nous feront sonner Que l'obéir, le soin et l'avarice.

Quelqu'un d'entre eux ayant fermé la porte A la vertu, nourrice du sçavoir, En nous voyant craint de la recevoir Pour ce qu'ell'porte habit de notre sorte...

Les plus beaux jours de nos vertes années Semblent des fleurs d'un printemps gracieux, Pressé d'orage et de vent pluvieux, Qui vont borner leurs courses terminées.

Au temps heureux de ma saison passée, J'avoy bien l'aile unie à mon costé :

Mais en perdant ma jeune liberté, Avant le vol ma plume s'est cassée.

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