‹ Réflexions sur quelques poètesChapitre 14 sur 27 · PBRNBTTE DU GUILLET. LES DAMES DES ROCHES · texte numérisé non relu

PBRNBTTE DU GUILLET. LES DAMES DES ROCHES

pas; quelques-uns, pour varier la fête, joignirent aux vers français et latins des vers espagnols, italiens et grecs. >

Un témoin du fait mémorable, le célèbre jurisconsulte Etienne Pasquier lui-même, en a tracé un tableau autrement vivant et significatif que celui du critique :

« M'estant transporté, dit Eslienne Pasquier, en la ville de Poitiers, pour me trouver aux Grands-Jours qui se dévoient tenir sous la bannière de M. le président de Harlay. je voulus visiter mes Dames des Roches, mère et fille, et après avoir longuement gouverné la fiUe^ l'une des plus belles et sages de notre France, j^aperceu une puce qui s'estoit parquée au beau milieu de son sein ; au moyen de quoy.par forme de risée, je luy dy que vrayement j'estimois celte puce très prudente et très hardie : prudente d'avoir sceu, entre toutes les parties de son corps, choisir celte belle place pour se rafraîchir ; mais très hardie de s'estre mise en si beau jour, parce que, jalouz de son heur, peu s'en falloit que je ne meisse la main sur elle, en délibération de luy faire un mauvais tour, et bien lui prenoit qu'elle estoit en lieu de franchise. Et estant ce propos rejette d'une bouche à autre par une contention mignarde, finalement, ayant esté l'autheur de la noise, je luy dy que, puisque

cette puceavoit receu tant d*heur de se repaistre de son sang, et d'estre réciproquement honorée de nos propos, elle méritoit encore d'estre enchâssée dedans nos papiers et que très volontiers je m'y emploierois, si cette dame voulait de sa part faire le semblable. Chose qu'elle m'accorda libéralement... Quelques personnages de marque voulurent estre de la partie, et s'emploièrent sur le mesmesubject à qui mieux mieux, les uns en latin, les autres en français et quelques-uns en Tune et Tautre langue... »

Je vous ai parlé de Ronsard à deux reprises. Nous Tavons vu jetant les premières flammes de sa colère contre l'envieux Mellin de Saint-Gelais; nous l'avons entendu célébrer la grâce de ce pin de Bourgueil, de cette belle Marie, et pleurer sa mort précoce. Nous retrouverons le grand poète.

Je voudrais aujourd'hui vous faire respirer d'autres fleurs de la même prairie héliconienne du XVI® siècle, fleurs plus modestes, mais également odorantes.

Ce sont des vers de Jean Passerat et de Gilles Durant,

Méléagre, en offrant à son ami Dioclès sa Couronne tressée avec des vers grecs, désigne chaque poète par le nom d'une fleur, d'un fruit ou d'un arbre.

Eh! bien, que dans mon bouquet léger^ Pas-

serat figure donc la fleur de vigne, puisqu'on dit qu'il aimait à boire, et Gilles Durant la fleur de souci, qu'il a chantée excellemment, comme nous verrons.

Jean Passerat « homme duquel on ne sçaurait assez honorer les vers, soient Latins ou François, quand il en a voulu faire * », naquit à Troyes en 1534.

Passerat était fort savant; il remplaça Ramus dans sa chaire du Collège royal. Emule des Sannazar et des Vida comme poète latin, il a rimé en français plusieurs morceaux charmants, d'un goût délicat, d'une couleur vive, spirituels et enjoués. On l'a comparé à La Fontaine, et c'est à tort, selon moi. Je ne parle pas de leurs arts respectifs; la différence en cela saute aux yeux. Je veux dire que la malice de Passerat me semble trop bonne fille, trop en dehors, exempte de toute amertume psychologique, pour être celle du fabuliste.

Il avait écrit également des vers grecs, c'est pourquoi Vauquelin de La Fresnaye dit, dans

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