Pasquier. Les Recherches de la France
son Art Poétique, que Passerai avait « trois langages divers ». Ami particulier de Ronsard, il était lié avec It^s principaux adeptes de la Pléiade. Cependant, son humeur l'attachait toujours aux gaillardises de l'ancienne littérature. Rabelais qui avait restauré, à souhait pour un érudit, cette littérature, était bien l'homme de Passerai. Il commenta, dit-on, le Pantagruel, et nous tenons de Colletet, à ce sujet Tanecdote suivante :
« La lecture des œuvres de Rabelais, dit Colletet dans sa Vie de Passerai, lui avait autrefois plu si fort, et il en avait tellement approfondi les mystères cachés, que sur cet ouvrage folâtre, il avait dressé de doctes commentaires qu'il conservait curieusement dans son cabinet,^ et qu'il ne communiquait qu'à ses plus intimes amis. Mais comme il vint à examiner sa conscience, et à considérer le peu d'édification ou plutôt le scandale que pouvoit causer cet ouvrage s'il advenoit qu'il fût un jour publié, il se résolut de le supprimer, d'autant plus que son dévot confesseur faisoit difûculté de lui donner Tabsolution. Dans cette pieuse réflexion, il fit brûler en sa présence cet illégitime enfant de son bel esprit, et voulut prouver par cette action, véritablement chrétienne, qu'il préféroit la qualité d'homme de bien à celle de docte interprète. »
Les poésies françaises de Passerai se composent de Vers de chasse et d'amour, publiés à Paris en 1597 et d'un volume d' Œuvres poétiques, publié en 1607 et 1606.
Commençons par la célèbre Villanelle :
J'ay perdu ma tourterelle, Est-ce point celle que j'oy?
Je veux aller après elle.
Tu regrètes ta femelle, Hélas ! aussi fai-je moy :
J'ai perdu ma tourterelle.
Si ton amour est fîdelle, Aussi est ferme ma foy, Je veux aller après elle.
Ta plainte se renouvelle ; Toujours plaindre je me doy:
J'ay perdu ma tourterelle.
En ne voyant plus la belle, Plus rien de beau je ne voy; Je veux aller après elle.
Mort, que tant de fois j'appelle, Pren ce qui se donne à toy:
J'ay perdu ma tourterelle, Je veux aller après elle.
Les scholies et les lexiques n'empêchaient point le bon Passerai de prendre part à la vie publique. Il le fit avec assez d'ardeur ; notamment par sa collaboration à la Satyre Ménippée.
Ses adversaires Tont accusé d'athéisme. Mais s'il ne fut point ligueur, il demeura, certes, bon catholique.
« Quant à sa religion, dit Goujet, il est sur qu'il a toujours été sincèrement ennemi des nouvelles opinions et très attaché à la foi de l'Église catholique. »
Les mercenaires allemands qui désolaient alors le pays, étaient pour notre poète, non seulement de désagréables pillards, mais de méchants hérétiques. Et il les envoie gentiment se faire pendre ailleurs :