REMY BELLEAU
Sous la fraîcheur d'un beau matin, Ny bl-smi.ssante ny haslée, Mais loin du soleil reculée Près d'un ruisselet argentin.
Couleur qui rassemble et rallie La force des yeux affoiblie Par trop longs et soudains regars, Et qui repaist de flammes douces Les rayons mornes, las ou mousses De nostre œil, quand ils sont espars.
Couleur belle et gayement brillante,
Couleur en qui se représente
Le fard qui rajeunit les ans,
Lors que les Grâces par la prée
Troussent leur robe diaprée
Des honneurs d'un gaillard Printemps.
Couleur, dont jamais ne s'efface Le teint verdoyant ny la grâce, Peignant l'air de son lustre beau, Qui n'affaiblit et ne s'offense De l'ombre ny de la puissance Des feux du céleste flambeau.
Couleur vrayment opiniastre.
Qu'on ne peut dompter ny combattre, Tant est constante en sa valeur :
Couleur qui jamais ne s'altère, Mais toujours qui demeure entière En sa gaye et gente verdeur.
Belleau se souvient d'avoir suivi les pas de la Muse chère aux vendangeurs, et le voici qui laisse les faveurs, les charmes, les soupirs, les plaintes de l'Amour, pour célébrer la coupe brillante toute pleine de la douce humeur des grappes ;
0 riche et bienheureux crystal, Plus précieux que le métal Dont Jupiter pour couverture Et pour masque, fit, une fois, De larmes d'or baignant les toits, A ses amours prompte ouverture.
Crystal poli dessus le tour, Arrondi de la main dAmour, Animé de sa douce haleine ; Crystal, où la troupe des Dieux, Du nectar pressuré des cieux, Va trompant sa soif et sa peine.
... C'est toi donc qui rens adouci L'aigre fiel de no?tre souci ; C'est toy qui romps et qui deslie.
Par un secret enchantement, Le nœud qui serre estroitement Le fil courant de nostre vie...
Le lustre du vin est si beau Sur la glace de ce vaisseau,