PERNETTE DU GUILLET LES DAMES DES ROCHES
Pernette du Guillet naquit à Lyon en 1520. Elle mourut à. la fleur de Tâge et l'auteur du Microcosme, le subtil Maurice Scève, composa son épitaphe, en ces termes :
ÉPITAPHE DE Pernette du Guillet
L'heureuse cendre autrefois composée En un corps chaste, où vertu reposa, Est en ce lieu, par les grâces posée.
Parmi ses os, que beauté composa.
0 terre indigne I en toy son repos ha Le riche estuy de cette ame gentile, En tout sçavoir sur toute autre subtile, Tant que les cieux, par leur trop grande envie, Avant ses jours Tout d'entre nous ravie. Pour s'enrichir d'un tel bien mescognu, Au monde ingrat laissant bien courte vie, Et longue mort à ceux qui l'ont connu.
PERNETTE DU GUILLET. LES DAMES DES ROCHES lOD
Pernette qui savait l'italien et l'espagnol, commençait au moment de sa mort l'étude du grec.Elle était belle comme Louise Labé qu'elle surpassait, dit-on, sur les instruments et par le chant.
Maurice Scève, qui la chanta morte, lui avait inspiré pendant sa vie un sentiment tendre, mais tout de poésie. Pernette du Guillet était vertueuse et chaste ; elle demeura fort attachée à son mari, qui, après la mort précoce de sa docte femme, recueillit pieusement ses Rymes et les fit imprimer à Lyon.
Si l'on peut dire de la poésie amoureuse de Louise Labé que c'est un torrent de flammes, celle de Pernette du Guillet n'est qu'une onde limpide qui coule sur le gazon et parmi les fleurs, traversée doucement d'un rayon à peine mélancolique.
Chez Pernette, les plus sombres vers dissimulent mal un enjouement naïf. On sent que l'auteur laisse son esprit travailler comme le vin nouveau, après avoir mis son cœur en sûreté.
Mais la grâce et le charme captivant abondent dans Toeuvre de la jeune femme.
Ecoutons-la chanter :
Quand vous voyez que l'estincelle Du chaste amour soubs mon esselle
Vient tous les jours à s'allumer, Ne me debvez-vous bien aymer?
Quand vous me voyez tousjours celle Qui pour vous souffre, et son mal cèle, Me laissant par luy consumer, Ne me debvez-vous bien aymer?
Quand vous voyez que pour moins belle Je ne prends contre vous querelle, Mais pour mien vous veuîx réclamer, Ne me debvez-vous bien aymer?
Quand pour quelque autre amour nouvelle
Jamais ne vous seray cruelle,
Sans aucune plainte former,
Ne me debvez-vous bien aymer?
Quand vous verrez que sans cautelle Tousjours vous seray esté telle.
Que le temps pourra affermer, Ne me devrez-vous bien aymer?
Qai dira ma robe fourée
De la belle pluye dorée
Qui Daphnes enclose esbranla:
Je ne sçay rien moins que cela.
Qui dira qu'à plusieurs je tens Pour en avoir mon passetemps.
Prenant mon plaisir çà et là :
Je ne sçay rien moins que cela