‹ Réformateurs et publicistes de l'Europe (volume 4)Chapitre 2 sur 37 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Notions biographiques.

Notre seul but ici étant de faire connaître et d'apprécier les idées de Locke sur la politique et le droit naturel, celles qui forment la substance de ses deux traités sur le gouvernement civil, nous ne parlerons pas de son Essai sur V entendement humain, bien qu'il soit pour tous les esprits impartiaux un des plus grands monuments de la philosophie moderne.

De sa biographie, objet de sérieuses études

publiées en Angleterre et en France \ nous ne retiendrons que les éléments les plus essentiels.

John Locke naquit le 29 août 1632, à Wrington, dans le Sommersetshire. Aj'ant fait à l'Université d'Oxford de brillantes études, il obtint tout d'abord un bénéfice au collège de la Trinité. Mais, au bout de quelques années, tout en gardant le fond des croyances de sa jeunesse, il renonça à la théologie el aux études spéculatives pour cultiver la médecine et les connaissances naturelles. Mais s'il montra du goût pour les sciences médicales, il ne s'en fit pas une profession et ne porta jamais le titre de docteur. Il ne rechercha pas même la qualité d'auteur, car il ne publia rien avant l'âge de cinquante-deux ans. En revanche, il s'occupait beaucoup de politique et de religion, et, comme le prouve plus tard sa Lettre sur la tolérance, attachait une importance particulière à la question des rapports de l'État avec les églises.

Secrétaire de lord Shaftesbury devenu ministre, la politique ne lui laissa guère le temps de s'oc-

1. Je me fais un plaisir de citer en particulier le substantiel et agréable petit volume de M. Marion : J. Locke, sa vie et son œuvre cVaprès des documents nouveaux, par Henri Marion, 1 vol. in-18, Paris, 1878.

DE L EUROPE. ô

cuper d'autre chose, surtout de philosophie. C'est lui qui composait en grande partie les discours que devait prononcer son maître et les mémoires qu'il présentait, soit au roi, soit à la Chambre des lords. Lord Shaftesbury étant tombé en disgrâce, Locke le suivit dans sa chute. 11 se rendit d'abord en France, où il s'appliqua avec beaucoup d'ardeur à l'économie politique et à la science des finances; en même temps, devançant son compatriote Arthur Yung, il s'intéressa vivement au sort de l'ouvrier, surtout de l'ouvrier des campagnes, et aux procédés de l'industrie soit agricole, soit manufacturière. Avec cela il restait homme du monde, était très recherché pour son esprit, sa politesse, sa bonne grâce et les solides qualités dont il avait fait preuve comme ami, comme serviteur dévoué.

Accusé par le gouvernement de conspirer avec le parti de Monmouth, il fut obligé, pour échapper à la persécution et peut-être à la mort, de se réfugier en Hollande; mais là encore il trouva la main de ses ennemis. Il fut l'objet d'une demande d'extradition à laquelle il n'échappa qu'en vivant dans la plus obscure retraite. Rentré en Angleterre après la révolution de 1688, il ne tenait qu'à lui

de vivre dans l'opulence avec le titre de rapporteur des questions coloniales et financières. Le roi s'offrait à lui laisser son traitement en le dispensant de tout service actif. Locke refusa par scrupule de conscience et consacra à la composition de ses ouvrages les années qu'il lui restait encore à vivre. C'est en 1690 qu'il publia son Essai sur V entendement humain. Son libraire lui en donna trente livres, sept cent cinquante francs de notre monnaie. Son Christianisme raisonnable (the reasonableness ofchristianity), qui parut en 1695, lui rapporta moins encore sans égaler la réputation de la Lettre sur rintolérance. Au reste, les deux ouvrages pourront très bien se résumer dans cette maxime professée par Locke à la fin de sa vie : « Je pense qu'au dernier jour il me sera demandé, non pas si j'ai été de l'Église d'Angleterre ou de l'Église de Genève, mais si j'ai aimé, cherché et embrassé la vérité ».

Mort en 1704, Locke ne saurait être regardé comme un simple précurseur du xyiii"^ siècle, il en est le modèle le plus accompli, ou, comme on l'a dit souvent, il en est le patriarche. La tâche qu'il propose aux temps nouveaux, il ne se contente pas de la prescrire, il essaie de la remplir

DELELROPE. O

dans la mesure des forces réparties à un seul homme, et, si l'on ne peut méconnaître ses erreurs, il faut lui laisser l'honneur d'avoir donné l'exemple de la modération et de la sagesse.

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