En latin condcre
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à la force ainsi constituée, à la force assurée de ses conquêtes et devenue la cause d'un certain ordre au sein de la confusion générale, vint bientôt se joindre une autre puissance, dont le siège est uniquement dans l'âme. Sortis des voies de la vraie religion, les hommes restèrent en proie à la superstition la plus sombre et la plus tyrannique. Dans chacun des phénomènes de la nature, ils crurent reconnaître les promesses ou les menaces d'un être invisible et tout-puissant sur leurs destinées, d'une divinité jalouse et irritée; ils s'efforcèrent de découvrir ses desseins par les augures et les aruspices, en un mot par la divination, et à conjurer sa colère par des sacrifices, des prières, des cérémonies, qui associèrent la pensée de la puissance divine, mais malheureusement des faux dieux, à tous les actes importants de la vie. C'est ainsi que la religion, ou comme on voudra l'appeler, que la superstition fut appelée à bénir ou du moins à consacrer les mariages, à prendre sous sa sauvegarde les testaments, c'est-à-dire les dernières paroles du testateur, et à présider à l'inhumation des morts, en associant à ce pieux devoir l'espérance de la vie future; car l'institution de la famille, là où
elle existait, donnant à chacun les moyens de reconnaître les siens, les cadavres n'étaient plus, comme autrefois, abandonnés à la pâture des bêtes ou des hommes qui leur ressemblaient.
Mais quels étaient ceux qui venaient de faire ce nouveau pas dans les voies de la sociabilité, de l'existence véritablement humaine? Les mêmes qui jouissaient déjà des conquêtes en quelque sorte morales de la force, les mêmes qui avaient une maison, un patrimoine, une femme, qui connaissaient leur descendants et leurs aïeux. Le maître, le propriétaire, le chef de la famille devient donc, en outre, l'interprète des dieux, le sage qui comprend leurs desseins et qui devine l'avenir par le vol des oiseaux, par les entrailles des victimes récemment immolées. Il a dans la maison un autel sur lequel il sacrifie, et sur ses terres un bocage ou un bois sacré dans lequel il pratique l'art des augures. Le conquérant devient un demi-dieu, le cjxlope un héros; à Tàge de la force vient succéder celui de la force et de l'imagination, de la force et de la superstition tout ensemble. Hercule, Orphée, Thésée, ces premiers bienfaiteurs du genre humain, qui, en même temps qu'ils purgeaient la terre des monstres,
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c'est-à-dire des passions féroces dont elle était la proie, lui ont fait connaître le culte des dieux et l'art de la parole, ne doivent être considérés ni comme des personnages fabuleux ni comme des êtres réels. Ce sont des symboles, ou, comme nous dirions maintenant, des mythes qui nous représentent les œuvres particulières de celle période de notre histoire.
L'âge héroïque est remplacé à son tour par le patriciat, c'est-à-dire par une société plus générale et plus durable, formée de deux classes radicalement dictinctes et profondément inégales : les patriciens et les plébéiens ou les patrons et les clients. Voici comment, selon Vico, cet ordre de choses a pris naissance : Même après les deux révolutions dont nous venons de parler, il était encore resté au fond des bois une tourbe muette et stupide, abandonnée à toutes les horreurs de la faim et aux conséquences violentes de l'état de bestialité. Apprenant qu'il y avait à quelque distance de leurs repaires des êtres supérieurs, puissants par leurs richesses et leurs forces, sages. puisqu'ils imposaient à leurs passions la règle du mariage; doués d'une science surnaturelle, puisqu'ils prévoyaient l'avenir et communiquaient
avec les dieux, ces misérables ne devaient pas manquer d'aller chercher auprès d'eux un remède à leur ignorance et à leur faiblesse, un abri et une pâture assurés. Ils devinrent les clients de ces grands, de ces forts, de ces demidieux, qui leur accordèrent ce qu'ils demandaient, mais en les courbant sous un joug de fer, en leur imposant les plus rudes labeurs, en les forçant de cultiver leurs domaines, et en les tenant enchaînés pour leur service comme des animaux domestiques. Les clients devinrent des colons, des serfs, et les demi-dieux des seigneurs terriens, des patrons, des patriarches, souverains absolus, au milieu de leurs possessions, de leurs enfants, de leurs esclaves et de leurs serviteurs. Ce sont toujours ces attributions que Ton comprenait d'abord sous le titre majestueux de Pater famiUa.
Il faut vcar avec quelle érudition, et en même temps avec quelle subtilité Yico fait servir à la démonstration de ses idées quelques-unes des expressions du droit romain en général, et particulièrement de la loi des Douze Tables. Ces clients, ces esclaves attachés à la glèbe et retenus sur le domaine du maître par une chaîne véri-
table, ce sont les débiteurs dont il est si souvent question dans les premiers temps de l'histoire romaine, ou les nexi : débiteurs, parce qu'ils ne possédaient rien à eux, pas même leur travail, réclamé impérieusement par leurs maîtres; nexi, parce qu'ils étaient enchaînés, non par la force morale d'une dette, d'une obhgation contractée volontairement, mais par des liens matériels. La puissance sous laquelle ils étaient venus se réfugier, ce n'était point, comme nous le croyons, la bonne foi, fuies, la protection que le fort doit au faible, le grand au petit, mais la force matérielle, et l'instrument matériel, le signe extérieur de cette force, la corde, le nerf avec lequel on brise toutes les résistances, ce qui, dans l'enfance delà langue latine, prenait le nom de fides comme la corde d'une lyre.
Si dure que fût cette condition, elle valait encore mieux, elle était plus rapprochée de l'humanité et de la justice que la vie dans les bois avec ses abominables souillures. Un temps arriva cependant où le sentiment de leur servitude et de leur misère s'éveilla dans le cœur de tous ces opprimés. Les clients, lassés de travailler pour le profit d'autrui, et irrités des mauvais traitements
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qui étaient leur unique salaire, osèrent lever les yeux sur leurs implacables maîtres, et, frappés de leur petit nombre, tendirent les bras les uns vers les autres. Ainsi se forma, des clients réunis, animés par un sentiment commun et commençant à se concerter pour leur délivrance, la classe bientôt si redoutable des plébéiens. De leur côté, les chefs de famille, obligés de se liguer entre eux pour maintenir sous le joug leurs esclaves prës de se révolter, composèrent la classe des patriciens. Mettant en commun leurs intérêts, leur orgueil, leurs forces et leur courage pour défendre leur domination menacée, et, avec leur domination, leurs familles et leurs patrimoines, ils fondèrent à leur seul profit la société civile, très justement nommée, relativement à eux, la chose publique (res publica).
En se considérant individuellement les uns par rapport aux autres, les patriciens, dans ce nouvel ordre de choses, s'attribuèrent des droits égaux et passèrent du rang de seigneurs indépendants à celui de citoyens; mais, pour réussir dans la pensée qui les avait réunis, pour se défendre tous ensemble contre la plèbe ameutée ou contre d'autres violences venues du dehors, ils furent
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obligés de se soumellre à un pouvoir souverain chargé d'exécuter la volonté souveraine, c'està-dire la volonté de la nation, la volonté qui émane directement ou indirectement de l'universalité des citoyens, et qui se traduit par la loi.
Nous parlerons tout à l'heure des diverses formes et des ditTérentes conditions de la souveraineté, ou plutôt des dilTérentes espèces de gouvernements et des conséquences qui, selon Yico, résultent de chacune d'elles; occupons-nous en ce moment de la loi, ou, pour me servir d'une expression plus exacte, de la législation entière qui a pour but de régler les rapports des citoyens entre eux; occupons-nous du droit civil, non tel qu'il existe éternellement dans la raison, mais tel qu'il a existé dans le premier code écrit.
11 est évident, d'après tout ce que nous venons de dire, que les droits civils reconnus par les premières lois n'étaient que des privilèges établis au proût des patriciens, et dont eux seuls devaient jouir à l'exclusion de la plèbe. Eux seuls, par conséquent, possédaient les avantages de la liberté, de la propriété, et le droit de tutelle : car on se rappelle que, selon la doctrine de Vico, c'est dans la consécration de ces trois biens que
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se résume tout le droit civil, et par conséquent toute législation qui a pour but de promulguer ce droit. Mais la liberté, la propriété et le droit de tutelle sont inséparables de notre nature : ils prennent leur origine dans les principes les plus profonds et les plus invariables de notre âme. Donc, tant qu'il y a une classe d'hommes à laquelle ils sont refusés, la société sera agitée jusque dans ses fondements : car le spectacle seul de ces droits chez les autres suffit pour en réveiller en nous le besoin irrésistible. C'est précisément ce qui est arrivé dans la société romaine et dans toute société établie sur les mêmes bases, par exemple dans la société féodale du moyen âge, qui n'est qu'un retour, ou, pour me servir de la langue de Yico, un ricorso vers l'antique patriciat du Latium. Les plébéiens combattirent avec tant de vigueur et de persévérance contre le système d'oppression qui pesait sur eux, que peu à peu ils conquirent la faculté de disposer de leurs personnes, la sainte liberté, la faculté de posséder eux-mêmes des terres romaines, la propriété sous sa forme la plus noble, et enfin, par le conmibium, la dignité de chefs de famille, par conséquent le droit de tutelle, tous les droits du
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citoyen, garantis et complétés par l'exercice des plus hautes dignités de l'État. Où s'accomplit celte transformation, cette victoire de l'homme sur la bête, de la raison sur les passions, de la justice sur le fait et sur l'habitude? Est-ce à Rome seulement? Non : c'est dans toute l'Italie, admise au partage des droits de citoyen romain ; c'est dans le monde entier, dans le monde civilisé, placé, à l'époque des empereurs, sous l'autorité des lois romaines, régénérées à la fois par la sagesse impartiale des derniers jurisconsultes païens et par l'influence naissante du christianisme.
Ainsi se forma un droit civil écrit à l'usage de tous les hommes, ou, pour me servir des expressions mêmes de Vico, un droit naturel des nations parfaitement distinct du droit naturel des philosophes. Celui-ci est une pure théorie qui, si vraie qu'elle puisse être, ne s'adresse qu'à la pensée, à la méditation. Celui-là, au contraire, est un fait, une puissance réelle, qui agit non par des idées, mais par des formules universellement admises, et qui s'est développé sous l'empire de la nécessité.
Les mêmes faits et les mêmes causes donnèrent
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naissance à un droit universel des gens. La force toute seule fut mitigée par le droit fécial, qui n'était pas à proprement dire un frein contre l'abus de la puissance, mais un moyen offert à la faiblesse de pactiser avec elle et de se soustraire aux conséquence extrêmes de la guerre. Le droit fécial n'était que la réunion des formules, d'abord extrêmement naïves, par lesquelles on mettait son ennemi dans l'alternative, ou de réparer ses torts, ou de se préparer à la lutte. Au droit fécial se substitua bientôt ou se joignit l'arbitrage que la nation la plus puissante, que les Romains, par exemple, exercèrent sur les autres. En même temps que la domination et la conquête furent mieux organisées, les conséquences de la guerre perdirent de leur rigueur; les vaincus furent des sujets et non plus des esclaves. Enfin, les nations les plus faibles apprirent à se réunir contre les plus fortes, le principe de la confédération, représenté d'abord par la ligue Achéenne, apprit aux peuples et aux souverains à former entre eux une société plus générale que la cité ! J'ai à peine besoin de dire que dans la formation de cette société nouvelle, Vico distingue les mômes degrés que dans celle des nations elles-mêmes.
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Après nous avoir expliqué la naissance du droit civil et du droit des gens, Vico entre dans quelques considérations sur le droit politique. Je ne m'arrêterai qu'à celles qui nous présentent un caractère particulièrement original, et qui nous offrent le plus d'analogie avec les idées de Montesquieu.
Distinguant avec raison les gouvernements simples des gouvernements mixtes, Vico, ainsi que Montesquieu, ramène les premiers à trois, mais ce ne sont pas les mêmes que reconnaît l'auteur de VEsprit des lois. Le pouvoir d'un seul, le pouvoir de plusieurs, mais du plus petit nombre, enfin le pouvoir de la majorité ou de l'universalité des cito3^ens, voilà pour lui ce qui donna naissance aux trois formes de gouvernement les plus générales et les plus simples, à la monarchie, à l'aristocratie et à l'Etat libre, respublica libéra. Le despotisme n'est pas une forme particulière de gouvernement, mais une manière particulière de gouverner et de régner, ou si l'on veut, un état particulier de la royauté. Au reste, la royauté admet aussi d'autres conditions : il y a la royauté héroïque des anciens Grecs, et particulièrement des Spartiates, qui faisait du roi le
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pouvoir exécutif, le mandataire et l'interprète de l'aristocratie. Telle était aussi la roj'auté chez les premiers Romains. Outre la royauté despotique et la royauté héroïque, il y a la monarchie civile, résultat d'une transaction entre l'autorité royale et la majorité des citoyens.
Ainsi que Montesquieu, Vico distingue de la forme des gouvernements le fait qui leur a donné naissance, et le principe qui les fait agir ou sur lequel ils fondent leur force et leur durée. Le principe qui a donné naissance à l'aristocratie, c'est, comme nous venons de le voir, le besoin, la faim et la misère. Une multitude affamée, ignorante et faible, est venue se réfugier auprès des riches, des forts, des propriétaires du sol, et leur a donné en échange d'un asile, d'une nourriture assurée, son travail et sa liberté. Elle est devenue un troupeau de serfs attachés à la glèbe, cultivant les terres de leurs patrons devenus leurs maîtres.
Ce qui a donné naissance à la monarchie, c'est la guerre, soit la guerre civile, soit la guerre étrangère. C'est pour avoir un chef contre les plébéiens, que les premiers patriciens se sont donné un roi, mais c'est pour résister à la force
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étrangère que les Spartiates se sont organisés militairement sous le commandement de deux rois, descendants des deux dynasties. Enfin, c'est également pour résister aux invasion étrangères, ou par suite de ces invasions mêmes que les Orientaux se sont réunis en nations innombrables, sous le commandement d'un roi absolu.
Ce qui a donné naissance aux États libres, c'est le sentiment du droit et de l'égalité : œqui boni.
Quant au principe sur lequel repose chacun de ces trois états, celui de l'aristocratie, c'est la puissance des mœurs et des coutumes, bien plus que celle des lois. II faut que l'inégalité soit entrée, par l'habitude, jusqu'au fond des âmes et qu'elle soit maintenue par la tradition : de là une législation qui est tout un exemple, et qui n'a pas besoin d'être écrite ; de là cette immobilité des sociétés aristocratiques, ce respect pour les mœurs des ancêtres, mores majorum. Le patriciat romain marcha à sa perte le jour où il accepta la loi écrite des Douze Tables.
La monarchie absolue repose sur l'arbitraire, qu'elle s'efforce de rendre imposant en le plaçant sous la protection de la loi divine et en se donnant elle-même pour une émanation delà divinité.
Enfin, les lois seules sont le fondement des États libres, parce que les lois n'y sont pas autre chose que la volonté ou les ordres du peuple tout entier, de l'universalité des citoyens. Du jour où une autre volonté pourrait se substituer à celle du peuple, celui-ci aurait un maître, la liberté serait étouffée dans son sein.
Les lois valent mieux que les coutumes, ajoute Vico, mais les coutumes sont plus durables que les lois; voilà pourquoi les aristocraties durent plus longtemps que les sociétés démocratiques. Les lois et les coutumes valent mieux les unes et les autres que l'arbitraire ou le pouvoir aljsolu.
Chacune de ces ti^ois formes de gouvernement est dans la nature; elle répond à un certain caractère des peuples, et tant que la cause qui Fa fait naître subsiste, elle est légitime. La condition générale de sa légitimité est qu'elle donne l'autorité aux plus sages, aux plus vertueux et aux plus influents. Ainsi, la domination des patriciens était juste, tant que les patriciens occupaient le premier rang parmi leurs contemporains, tant qu'eux seuls étaient dépositaires de ce qu'il y avait de science, de sagesse, de vertu, de puissance parmi les hommes. Mais aussitôt
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que ce nom est devenu un vain titre, un privilège héréditaire qui ne répondait à aucune supériorité réelle, le patricien a fait place à un autre régime politique. Ainsi, encore en Orient où des peuples efféminés sont incapables de veiller sur eux-mêmes, et ne demandent pas mieux que de courber la tête sous la verge d'un maître, la monarchie absolue est à sa place. Enfin, il faut la liberté, et avec la liberté l'égalité civile, aux peuples assez éclairés pour comprendre ces avantages et assez braves pour les défendre. Mais Vico ne confond pas l'égalité civile avec l'égalité politique. Même dans une démocratie, il y a une classe plus éclairée et plus vertueuse que les autres, et c'est à elle que doit appartenir l'exercice du pouvoir.
Quand un gouvernement n'est plus en rapport avec les mœurs, avec l'esprit, avec le caractère, avec les besoins du peuple chez lequel il a été établi, il tombe naturellement, et aucun artifice de la ruse, aucun miracle de la force ne peut le soutenir.
Telle est, dans son ensemble et dans sa magnifique unité, la doctrine de Vico sur les principes de la politique et du droit, sur le rôle que
jouent ces principes dans les sociétés humaines, sur les conditions qui président à leur développement à travers le temps et les événements de l'histoire. Nous ne sommes pas obligés de l'accepter dans tous ses détails. Nous sommes dispensés de croire, par exemple, à cet état de mutisme et de bestialité où l'on nous représente les hommes après le déluge. Si la nature humaine pouvait descendre jusque-là, jamais elle ne se relèverait, et il n'est pas nécessaire de la faire descendre jusque-là pour démontrer les bienfaits de la religion. Mais les fondements sur lesquels cette doctrine repose et, la méthode sur laquelle elle est établie sont incontestables. La méthode de Vico est supérieure à celle de Bossuet et à celle de Herder. Elle est supérieure à celle de Bossuet, parce qu'elle est plus grande, parce qu'elle s'élève au-dessus du fatalisme historique, sans méconnaître l'influence des lois générales. Elle est supérieure à celle de Herder, parce qu'elle ne se perd pas dans l'infmi et ne fait pas l'âme humaine esclave de la nature. Mais appliquée uniquement à l'étude du droit et des lois, elle donne lieu au reproche, du côté delà raison, de tomber dans un excès d'abstraction et, du
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côté de l'histoire, de tomber dans un excès contraire, ou de se montrer trop uniquement préoccupée des destinées et des lois du peuple romain. Aussi Vico est-il à peine connu, non seulement des jurisconsultes, mais des philosophes; tandis que Montesquieu, qui a fondé comme lui les principes du droit sur l'autorité de l'histoire, est en possession d'une gloire universelle et aussi jeune que le jour où elle a brillé, pour la première fois, à l'horizon du xvni*' siècle.