‹ Réformateurs et publicistes de l'Europe (volume 4)Chapitre 24 sur 37 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Notions biographiques. — Les Lettres persanes.

Je n'ai pas l'intention de retracer la vie de Montesquieu, laquelle, d'ailleurs, est racontée partout, et qui a été, il y a quelques années, de la part de M. Vian, l'objet des recherches les plus minutieuses et les plus exactes. Je veux seulement fournir la preuve que je n'ai point exagéré le contraste de sa condition et du rôle qu'il a d'abord joué comme écrivain, ou la différence de sa vie et de celle du philosophe napolitain qui, au sein de l'obscurité la plus profonde et de toutes les souffrances réunies de l'àme et du corps, parcourait à peu près la même carrière.

Issu d'une famille dont la noblesse remontait

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au moins jusqu'au milieu du xyi° siècle, et qui tenait à la fois à la cour et au parlement, à la cour des anciens rois de Navarre et au parlement de Guienne ; doublement baron par le château de la Brède où il naquit et qu'il habita longtemps, et par la terre de Montesquieu, il n'était nullement indifférent au prestige qui, alors, environnait ces titres, qui les environne encore aujourd'hui aux yeux du grand nombre, et à la considération dont ils pénétraient pour lui ceux que ne touchaient point ses qualités réelles. Ayant besoin de fortune pour se livrer à ses goûts studieux, pour amasser les matériaux et accomplir les voyages que réclamaient ses grands travaux, il fut doublement comblé des biens de cette espèce. Déjà riche par son père, il le fut bien plus encore par son oncle, qui, le substituant à ses biens et à sa charge, le faisait nommer, à l'âge de vingt-sept ans, président à mortier au parlement de Bordeaux.

Au triple éclat des emplois, de la naissance et de la richesse, il ne tarda pas à joindre celui de la gloire. Il avait à peine vingt ans, quand, cédant à l'esprit nouveau dont lui-même, peut-être alors, ne se rendait pas compte, il composa, en

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forme de lettres, un ouvrage destiné à prouver que les païens ne méritaient pas la damnation éternelle. Cet ouvrage, qui n'a jamais été publié, lui avait -il été inspiré, comme le prétend M. Walckenaër, par son admiration pour les chefs-d'œuvre de l'antiquité? Il est difficile de le croire quand on songe aux œuvres qui l'ont suivi, et quand on se rappelle que la même thèse est soutenue avec beaucoup de vivacité et de malice dans les Lettres persanes. Ces recherches, plus théologiques que philosophiques, ne pouvaient attirer que par leurs témérités un esprit comme le sien. Aussi le voyons-nous, quelques années plus tard, entrer avec la même ardeur dans une carrière toute différente. Bordeaux, à l'instar de Paris, voulut avoir son académie des sciences. Le jeune président à mortier, avec le concours de quelques-uns de ses amis, lui donna cette satisfaction. Il fit plus : devenu un des membres les plus assidus de la nouvelle compagnie, il y lut plusieurs Mémoires sur les glandes rénales, sur la cause de Vécho, sur la pesanteur des corps, sur leur transparence. Il conçut même le plan d'une Histoire physique de la terre ancienne et moderne, qu'il publia dans les journaux du temps, avec prière

à tous les savants de l'Europe de lui envoyer leurs Mémoires et leurs observations sur ce grand sujet. C'était encore l'esprit du xvni*^ siècle qui s'emparait de lui par une autre de ses applications : la méthode d'observation introduite dans l'étude du monde extérieur, la culture de toutes les branches de la physique et de l'histoire naturelle. Dans le siècle précédent, sous l'influence de la philosophie cartésienne, on s'occupait de préférence de théologie et de mathématiques. La physique elle-même était devenue une partie de cette dernière science. Mais pour observer la nature, une intelligence droite et exercée ne suffit pas, si l'on n'y joint de très bons yeux, et Montesquieu avait la vue non seulement courte, mais faible. Cette infirmité, la seule dont il ait jamais eu à souffrir, augmenta tellement chez lui avec l'âge, qu'à la fin de sa vie il était devenu presque aveugle. C'est ce qui lui faisait dire, quelque temps avant sa mort : « Il me semble que ce qui me reste encore de lumière à mes yeux n'est que l'aurore du jour où ils se fermeront pour jamais. »

Puisque je parle de ce qui lui manquait, je dirai tout de suite qu'il était peu propre aux af-

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faires de sa profession, c'est-à-dire à la procédure, et qu'il ne brillait pas par les facultés qui appartiennent à l'éloquence. Une voix aigre et grêle, un accent gascon porté même au delà des bornes légitimes, et par-dessus tout une facilité extrême à se laisser troubler, l'absence de toute souplesse dans la parole et dans l'esprit, ne lui donnaient pas une attitude très imposante dans les occasions oîi il était forcé d'improviser et même de lire un discours. C'est par ces motifs, aussi bien que par amour de la liberté, qu'il vendit sa charge, en 1726.

Mais, en dédommagement de ces faibles imperfections, que d'avantages ! que de félicité ! quelle renommée! En 1721 parurent les Lettres persanes, et, quoique cet ouvrage fut publié sans son nom, il devint en un instant le sujet de toutes les conversations, l'objet de l'admiration publique. L'anonyme fut d'abord comme un aiguillon qui irritait la curiosité, et, quand on sut que ce livre si piquant, si malicieux, si frivole dans la forme, si hardi au fond, était celui d'un grave et savant magistrat, d'un président à mortier dans un des premiers parlements de la France, alors le charme fut irrésistible. Les Lettres persanes eurent un tel

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succès, que les libraires, ne pouvant suffire aux demandes, abordaient les passants et les priaient de leur faire des Lettres persanes.

Une telle composition aurait dû fermer à Montesquieu les portes de l'Académie française ; elle ne l'empêcha pas d'y être reçu, avec ce titre unique, après la mort de Sacy. Il est vrai que ce ne fut pas sans quelque difficulté. Le vieux cardinal de Fleury était premier ministre. Il entendit parler des nudités et des hardiesses contenues dans les Lettres persanes, et il jura que l'auteur de cet écrit ne franchirait pas le seuil des immortels. Mais Montesquieu le prit avec lui de haut : il déclara qu'après l'espèce d'outrage qu'on allait lui faire, il irait chercher chez les étrangers, qui lui tendaient les bras, la sûreté, le repos et peut-être les récompenses qu'il aurait dû espérer dans son pays. Ces paroles ne furent cependant pas suffisantes pour fléchir le vieux ministre : il fallut que Montesquieu désavouât quelquesunes des expressions et des pensées de son livre. On va même jusqu'à lui imputer, dans cette circonstance, une supercherie indigne de son caractère : on suppose qu'il fit imprimer une édition expurgée des Lettres persanes, à l'usage du car-

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dinal, et que celui-ci, convaincu qu'il avait sous les yeux Touvrage authentique, se hâta de lever l'interdit. Mais rien ne prouve que Montesquieu se soit rendu coupable de cette fraude. Quelques regrets et quelques explications, qui, les uns et les autres, pouvaient être sincères, auront suffi à le réconcilier avec l'autorité.

Devenu académicien et homme célèbre, Montesquieu ne s'endormit pas entre ces deux honneurs. Il méditait de plus grands desseins, et, pour les accomplir, il avait besoin de voyager. Il visita les principales contrées de l'Europe. Il trouva à la cour de Vienne le prince Eugène et comme un écho de la politesse et des splendeurs de l'ancienne cour de France. La Hongrie lui offrit le spectacle de la féodalité, encore pleine de force, et lui laissa dans l'esprit de vivants souvenirs, qui lui aidèrent plus tard, dans ÏEsprit des lois, à expliquer et à peindre ce régime. Les principales villes d'Italie lui firent comprendre la puissance des arts et l'influence qu'ils exercent sur les mœurs. A Venise, il étudia cette oligarchie qui, bien qu'elle ne fût déjà plus qu'un fantôme, laissa une si forte empreinte dans son imagination et dans ses ouvrages. La Hollande lui

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montra la liberté républicaine, non plus, comme dans l'antiquité, appuyée sur l'esclavage, mais fondée sur le commerce et sur l'industrie. Enfin, en 1729, lié d'une amitié étroite avec lord Ghesterfield, il le suivit en Angleterre, qui était alors, pour le continent, une école de politique et de philosophie. Il étudia curieusement tous les rouages d'un gouvernement nouveau pour lui, où la liberté et l'autorité, les droits de l'individu et les privilèges de caste, le peuple, la monarchie et l'aristocratie, avaient trouvé le secret de vivre ensemble dans la plus parfaite intelligence. Après avoir fait dans ce pays un séjour de deux ans, il se retira dans' son château de la Brède pour travailler à son traité : De la grandeur et de la décadence des Romains. Vingt ans plus tard, après avoir publié quelques autres écrits qui en sont comme les signes avant-coureurs, il fit paraître son dernier ouvrage, celui qui l'a fait vivre jusqu'à nous et qui lui assure une gloire immortelle dans la postérité : l'Esprit des lois.

Montesquieu, dans un temps oii les opinions, sinon les passions, étaient très ardentes, et où les partis semblaient déjà se compter pour l'avenir, Montesquieu avait beaucoup d'amis et peu

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d'ennemis. Quoiqu'il eût fourni l'article Goût, devenu ensuite VEssai su?- le Goût, à l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, il n'était point du parti encyclopédiste, et cependant le parti encyclopédiste se crut obligé de le ménager et de le glorifier. Il se montra assez sévère pour Voltaire, au moins en le considérant comme historien. « Voltaire, disait-il, n'écrira jamais une bonne histoire. Il est comme les moines, qui n'écrivent pas pour le sujet qu'ils traitent, mais pour la gloire de leur ordre. Voltaire écrit pour son couvent. » Malgré cette dure sentence, dure mais en grande partie vraie, Voltaire dit, en parlant de lui et de V Esprit des lois : « Le genre humain avait perdu ses titres; M. de Montesquieu les a retrouvés et les lui a rendus. »

Et pourquoi Montesquieu n'était-il pas bien avec Voltaire et avec le parti philosophique? Parce que ceux-ci ne songeaient qu'à détruire, tandis que Montesquieu voulait expliquer. Il a donné l'exemple à notre siècle de l'impartialité historique et du respect qu'on doit aux siècles passés, si l'on veut être à son tour respecté et compris. Voltaire et le parti philosophique, en haine du moyen âge, se mirent à haïr le christianisme et

toute croyance religieuse; Montesquieu, même dans le temps où il écrivait les Lettres persanes, ne comprenait pas la société sans les règles de la morale, ni les règles de la morale sans les encouragements et le frein de la religion. Il pouvait dire avec vérité en mourant au P. Routh et au P. Castel qui cherchaient à le convertir : « J'ai toujours respecté la religion; la morale de l'Évangile est le plus beau présent que Dieu ait pu faire aux hommes. »

En paix avec ses semblables, Montesquieu l'était bien plus encore avec lui-même. Il n'a connu ni les peines de l'âme, ni les douleurs du corps. « Je n'ai jamais éprouvé de chagrins, dit-il, qu'une heure de lecture n'ait dissipés. » Quel homme favorisé du ciel que celui qui pouvait ainsi parler de lui-même : « Ma machine est si heureusement construite, que je suis frappé de tous les objets assez vivement pour qu'ils puissent me donner du plaisir, pas assez pour qu'ils puissent me donner de la peine. » — « Je m'éveille le matin avec une joie secrète de voir la lumière; je vois la lumière avec une espèce de ravissement, et tout le reste du jour je suis content; je passe la nuit sans m'éveiller, et le soir, quand

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je suis au lit, une espèce d'engourdissement m'empêche de faire des réflexions. » Il s'est éteint au milieu de ses amis, sans souffrir des approches de la mort, et après avoir joui une grande partie de sa vie de la gloire qui attendait son nom dans la postérité la plus reculée.

Je distinguerai trois époques dans la carrière si glorieusement parcourue par Montesquieu. La première, tout à la fois critique et positive, consacrée à détruire aussi bien qu'à édifier, mais principalement à détruire, est marquée par les Lettres persanes. La seconde est un moment de transition et de recherches préparatoires, où Montesquieu, n'ayant pas encore la conscience de lui-même et l'idée complète de son entreprise, va demander des leçons de philosophie politique et de droit naturel au plus grand peuple qui ait jamais existé. Ce sont les années qui nous ont donné les Considérations sur la grandeur et la décadence des Romains. A ce livre qui parut pour la première fois en 1734, viennent se rattacher comme des appendices, la Politique des Romains dans la religion, communiquée quelques années auparavant à l'académie des sciences de Bordeaux, le Dialogue d'Eucrate et de SijUa

et le Fragment de Lysimaque, rédigé un peu plus tard. Enfin, la troisième époque que nous distinguons dans la vie de Montesquieu est celle où, parvenu à la maturité de son génie et à l'achèvement de sa doctrine, il a donné au monde VEsprit des lois. Quoique la nature de ces études me fasse un devoir de m'arrêter particulièrement à cette dernière œuvre, il m'est impossible de ne pas montrer comment elle a été préparée par celles qui l'ont précédée, à commencer par les Lettres persanes.

M. Villemain, dans ses Leçons sur la littérature du xvin^ siècle, appelle les Lettres persanes <i le plus profond des livres frivoles ». J'ose aller plus loin que le spirituel académicien; j'estime qu'il n'y a de frivole dans ce livre que la forme et les tableaux licencieux présentés en pâture à l'imagination déréglée du temps de la régence. Tout le reste est grave, profond, original, du plus grand intérêt pour la morale, la politique, l'économie politique, la jurisprudence et la philosophie de l'histoire. On y trouve non seulement, comme dit l'auteur que je viens de citer, des pensées de Tacite et de Machiavel mêlées à des peintures dignes du Sopha de Crébillon, on y

trouve le canevas, encore léger, il est vrai, mais parfaitement visible, on y trouve comme la promesse de VEsprit des lois. Voyez, par exemple, dans les dix premières lettres, avec quelle vigueur il nous peint la dégradation des mœurs et des caractères qui résulte nécessairement de l'altération de la famille ou de l'abominable institution de la polygamie. Non seulement les femmes enfermées dans le sérail, non seulement les esclaves chargés de garder ces tristes victimes du despotisme domestique, descendent au dernier degré de corruption, de bassesse, de souffrance et de misère; mais le possesseur même de ce prétendu paradis est représenté à nos yeux comme un objet plutôt digne de notre pitié que de notre envie. « Dans le nombreux sérail où j'ai vécu, dit Usbeck, j'ai prévenu l'amour et l'ai détruit par lui-même; mais de ma froideur même, il sort une jalousie secrète qui me dévore. » La polygamie fait le malheur des États comme celui des particuliers; énervant le corps autant qu'elle abrutit l'àme, elle ne produit qu'une population rare et malsaine.

Immédiatement après ce tableau et la protestation déguisée qui s'y mêle, vient le bel épisode

des Troglodytes. Là il ne s'agit pas, comme dans la République de Platon, dans Y Utopie de Thomas Morus, dans la Cité du Soleil de Gampanella ou dans VOcéana de Harrington, d'une société imaginaire douée de toutes les perfections que notre esprit puisse concevoir; il s'agit des conditions et des lois que la nature impose à la société réelle, et sans lesquelles aucun peuple, aucune race d'homme, dans quelque condition du monde qu'on la place, ne saurait exister. Montesquieu nous fait comprendre qu'en l'absence des sentiments d'humanité et de justice, avec l'égoïsme seul pour règle, toutes les violences et toutes les calamités se donnent la main, naissent inévitablement les unes des autres, et que l'homme est condamné à périr, soit par les rigueurs de la nature, soit par la main de ses semblables. « La justice pour autrui, nous dit-il avec autant de vérité que d'élégance, la justice pour autrui est une charité pour nous. » Mais non content de prouver que la société ne peut subsister sans les lois de l'équité et de la morale, il montre que ces lois, à leur tour, ont besoin d'être secondées par la religion. Sous la bienfaisante influence de ces deux puissances réu-

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nies, toutes les vertus naîtront les unes des autres, comme nous avons vu tout à l'heure les vices et les crimes. Parmi ces vertus, Montesquieu distingue l'amour de la patrie, poussé jusqu'à l'héroïsme. Étroitement unis par un dévouement sans bornes, par un amour plus puissant que l'instinct de la vie, à tout ce qui nous entoure, à notre famille, à nos amis, à nos concitoyens, comment ne défendrions-nous pas tous ces biens au péril de notre tête, en doublant les forces du corps par l'énergie de l'àme? Aussi les Troglodytes sont-ils vainqueurs des légions de barbares qui viennent envahir leur territoire. Enfin, un jour arrive où ces Troglodytes, dégénérés de leur origine, oublieux de toutes les vertus qui les ont rendus libres, s'en vont trouver un vieillard, le plus sage et le plus respecté de leur race, pour le prier d'être leur roi. Le vieillard reçoit cette ouverture en pleurant : « 0 Troglodytes! s'écrie-t-il, je suis à la fin de mes jours, mon sang est glacé dans mes veines, je vais bientôt revoir nos sacrés aïeux : pourquoi voulez-vous que je les afflige et que je sois obligé de leur dire que je vous ai laissés sous un autre joug que celui de la vertu! » De cette fiction allégo-

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rique sont sortis les premiers chapitres de V Esprit des lois, et principalement celui qui nous enseigne que la vertu est le seul principe des gouvernements républicains.

Un peu plus loin, en nous peignant les désordres de l'empire ottoman, en nous montrant la plupart de ses campagnes en friche, ses marchés et ses ports presque abandonnés, sa population livrée en proie à la barbarie et à la misère par le seul effet de son gouvernement tyrannique, Montesquieu nous explique la nature et les conséquences du despotisme. Enfin, l'opinion que l'honneur tel qu'il l'entend, c'est-à-dire la vanité, est le principe de la monarchie, nous la trouvons déjà dans ce portrait du roi de France : (f Le roi de France est le plus puissant roi de l'Europe. Il n'a point de mines d'or comme le roi d'Espagne, son voisin, mais il a plus de richesses que lui, parce qu'il les tire de la vanité de ses sujets, plus inépuisable que les mines. On lui a vu entreprendre et soutenir de grandes guerres, n'ayant d'autres fonds que des titres d'honneur à vendre. » On comprendra que le moment n'est pas venu encore de juger cette opinion, et que je ne puis avoir ici d'autre but que de la signaler.

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Il n'}' a pas jusqu'à la fameuse proposition : (n Les lois sont les rapports nécessaires qui dérivent de la nature des choses, » qu'on ne trouve dans ce passage des Lettres persanes : « La justice est un rapport de convenance qui se trouve réellement entre deux choses : ce rapport est toujours le même, quelque être qui le considère, soit que ce soit Dieu, soit que ce soit un ange, ou enfin que ce soit un homme. »

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