‹ Réformateurs et publicistes de l'Europe (volume 4)Chapitre 32 sur 37 · JEAN-JACQUES ROUSSEAU · texte numérisé non relu

JEAN-JACQUES ROUSSEAU

Il est impossible qu'on parle ou qu'on entende parler de Montesquieu sans que la pensée ne se porte d'elle-même sur Jean-Jacques Rousseau. Le contraste de ces deux noms et les influences opposées qu'ils ont exercées simultanément sur nos destinées politiques, les ont rendus inséparables. L'un nous représente la liberté constitutionnelle, l'autre la démagogie, armée de toutes ses vengeances et de ses foudres révolutionnaires. L'un est le symbole de la conciliation, de la paix, de la mesure, du progrès accompli avec de sages tempéraments; l'autre des idées absolues, des principes intraitables qui, pour asseoir leur domina-

tion, ne reculent devant aucune violence ni devant aucun sacrifice, ne comptent ni avec le temps ni avec la vie des hommes. Mais ce n'est pas seulement à ce point de vue que nous devons étudier Rousseau; nous chercherons à nous rendre compte de toutes ses idées sur la société et sur l'homme, sur les obligations et sur les droits qui les unissent entre eux. Nous montrerons que, disciple de Locke en matière de droit naturel, mais disciple plus hardi, plus fougueux, et surtout plus éloquent que le maître, il a été, au xvni^ siècle, la plus brillante expression de l'école philosophique, comme Montesquieu de l'école historique fondée par Vico.

Sans reconnaître aucune solidarité entre les opinions des grands hommes et leurs destinées extérieures, on peut dire cependant que la vie de Rousseau et les contradictions de son cœur, les violents contrastes qui éclatent dans ses actions sont comme une image de sa pensée, et son nom, tour à tour resplendissant de gloire et couvert d'infamie, invoqué avec amour et poursuivi de malédictions, n'a pas eu une fortune moins inégale que sa personne.

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