‹ Réformateurs et publicistes de l'EuropeChapitre 10 sur 81 · Liv. II. ch. XV · texte numérisé non relu

Liv. II. ch. XV

exemple : « Eu principe général, nous dit Suarès \ la société et, par conséquent, la législation civile, ont un but tout à fait distinct de la société et de la législation religieuses. Celles-ci se proposent le salut des âmes, la béatitude céleste, la sainteté, la vraie foi; celles-là ne songent qu'aux intérêts communs de tous les membres de l'association, c'est-à-dire au bien de l'État, à son bien politique et temporel, dont la première condition est la justice et par elle la paix et la concorde. La fin qu'elles poursuivent est restée la même qu'avant l'avènement du christianisme : fin tout extérieure, toute temporelle, encore une fois, car la loi civile se soucie peu des mouvements intérieurs de la conscience, sur lesquels d'ailleurs elle ne peut rien et qu'elle est incapable de diriger ^. Cependant nous voyons que la loi civile, dans certains États chrétiens, punit le blasphème des peines les plus sévères et inflige aux hérétiques le dernier supplice. Cela est-il juste ou injuste? Cela n'est pas juste au point de vue du droit naturel, nous répond Suarès; mais cela est légitime à un point de vue différent. La société civile fait usage dans ce cas du pouvoir qui lui a été délégué par la puissance spirituelle. Les États catholiques, qui font mourir dans les supplices les hérétiques et les incrédules, ne font que répondre à l'appel de l'Église quand elle invoque le bras sccuber ^. Très bien ! Mais

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