‹ Réformateurs et publicistes de l'EuropeChapitre 9 sur 81 · De legib., liv. II, ch. xv · texte numérisé non relu

De legib., liv. II, ch. xv

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fense du meurtre, il a pu commander à Abraham de sacrifier son fils Isaac. Dieu était le maître, le propriétaire de la vie d'Isaac, comme il l'est de toute vie humaine. De même qu'il l'avait donnée, il a pu la prendre et il a pu choisir Abraham pour être l'instrument de cette résolution. Dans ce cas, l'on ne peut pas dire qu'il a changé ou abrogé la loi naturelle, mais qu'il en a supprimé la matière par la suppression de la personne même dont il a commandé la mort K Si Dieu peut supprimer de cette façon les préceptes négatifs, qui sont absolus et s'adressent indistinctement à tous les hommes, il a nécessairement le même pouvoir sur les préceptes positifs, qui ne sont applicables qu'à certaines circonstances et à certaines conditions.

Qu'on ne croie pas que cette doctrine est, dans l'esprit de Suarès, sans application possible à la société huuiaine et qu'il ne s'agit ici que d'une de ces théories plus ou moins heureuses, mais purement spéculatives, que les théologiens ont imaginées dans tous les temps pour expliquer à la raison les mystères de l'Écriture sainte. Non, en accordant à Dieu le pouvoir de supprimer ou de frapper comme souverain maître ce qu'il recommande de respecter comme législateur, Suarès a pensé à une autre puissance, qui représente selon lui la divinité sur la terre, et à laquelle il reconnaît le droit d'agir de la même manière. Ce que cette puissance ne peut justifier par le droit naturel, elle racconq)lira par une délégation de la toute-puissance divine. En voici un

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