‹ Réformateurs et publicistes de l'EuropeChapitre 13 sur 81 · De Legib., liv. II. ch. xviii · texte numérisé non relu

De Legib., liv. II. ch. xviii

le crime reste impuni et rentre tranquillement dans ses États ? Pourquoi les enfants sont-ils punis pour la faute de leur père, s'il est vrai que le père a commis une faute? Mais ce n'est pas tout. Est-il donc vrai que le droit soit toujours vainqueur et que l'injustice soit toujours vaincue ? Le contraire n'arrive-t-il pas aussi souvent, et même plus souvent parce que c'est la violence qui attaque presque toujours et qui triomphe des gens paisibles et désarmés? L'esclavage est donc le châtiment de la faiblesse et la liberté la récompense de la force et de la violence, du crime triomphant ! Belle doc trine pour un philosophe religieux, pour un prêtre, pour un théologien ! Voilà cependant où conduit le sophisme, et, disons-le en même temps pour nous consoler de ces tristes maximes, telle est la force de la raison et de la loi naturelle, qu'une fois qu'on leur a livré passage, elles restent maîtresses de la place.

La politique de Suarès ou l'application qu'il fait du droit naturel à la politique n'est pas moins faite pour nous étonner que sa théorie du droit des gens. Autant il se montre ici dur, impitoyable, plein de mépris pour la faiblesse et de respect pour la force, autant là il met d'ardeur dans les sentiments contraires. Il défend les petits contre les grands, les peuples contre les rois, la liberté contre l'arbitraire, et se laisse entraîner même bien au delà de la liberté, en enseignant la dangereuse doctrine du tyrannicide, en armant le bras des assassins même contre un souverain légitime, quand il abuse de son pouvoir.

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La société, selon Suarès, étant l'état naturel de riionime, l'état hors duquel il ne peut vivre, hors duquel il n'a pas de famille, pas de communication avec ses semblables, pas de moyens d'éducation, ni même de conservation matérielle, la société est par cela même une institution légitime et divine. Mais comme il n'y a pas de société sans lois, ni de lois sans un pouvoir qui les proclame et qui les fait respecteç, en un mot, sans une autorité souveraine, de quelque nom qu'on l'appelle et sous quelque forme qu'elle soit exercée, il en résulte que la souveraineté dans l'ordre civil, ou, comme l'appellent les théologiens, pour la distinguer d'un autre pouvoir, que l'autorité temporelle repose sur les mêmes bases que la société elle-même. Elle est légitime, elle est divine en principe général. Mais à quel titre est-elle digne de cette dernière qualification? Est-ce dans le sens particulier, surnaturel, des défenseurs de l'empire au moyen âge, ou de certaines royautés modernes, qu'on nomme exclusivement des royautés légitimes et de droit divin? Non, répond Suarès. L'autorité temporelle est d'origine divine uniquement parce qu'elle est naturelle, c'est-à-dire indispensable à la société civile, et la même qualité lui appartenant sous une forme aussi bien que sur une autre, saint Paul a eu raison de dire : « Tout pouvoir vient de Dieu. » Mais ce serait une grande erreur de croire que l'apôtre a voulu parler d'une délégation expresse, mystérieuse, incompréhensible à la raison humaine et supérieure à tous les droits *.

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