Je me sers delà tnirluction du P Charenton
soutenant que les intentions de Mariana sont exactement les mêmes que celles de Suarès. Ce qu'il veut, c'est l'abaissement du pouvoir laïque, quel qu'il soit, et surtout du pouvoir royal, devant la puissance ecclésiastique. Ce qu'il veut, c'est une société civile livrée à tous les changements, à toutes les vicissitudes de la fortune, et, au milieu d'elle, une société ecclésiastique immuable, indépendante, toute puissante dans l'ordre temporel comme dans l'ordre spirituel, souveraine dispensatrice du bien et du mal, de la servitude et de la liberté, maîtresse absolue de l'esprit et des passions de la multitude. En effet, quand on examine la composition de ce gouvernement, dans lequel Mariana nous montre l'idéal de la liberté politique, on voit que les évéques y tiennent le premier rang, que le roi lui-même est subordonné à leur juridiction, qu'il peut être jugé par leur tribunal, tandis qu'ils ne relèvent que de leur souverain spirituel; on voit qu'eux seuls sont exceptés des lois qui obligent tous les autres citoyens, que toutes les richesses doivent affluer entre leurs mains et s'entasser dans les couvents, pour en sortir ensuite sous forme de largesses répandues sur le peuple. Si l'on joint à cela que les évêques ne doivent être choisis que dans les ordres religieux, et qu'entre eux et le prince, en cas de dissentiments, il n'y a pas d'autre juge, pas d'autre médiateur que le souverain pontife, alors la pensée de Mariana nous apparaîtra dans tout son jour. Il est vrai que le nom du pape ne se présente jamais sous sa plume. Qu'importe, s'il est en quelque façon la divinité cachée qui inspire toutes ses paroles ?
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D'ailleurs, il y a une circonstance où Mariana se trahit, c'est lorsqu'il soutient que' les infâmes propositions de Jean Petit, quoique condamnées par le concile de Constance, ne l'ont jamais été par le Souverain Pontife, et par conséquent ne le sont point par l'Église.
Il me reste à justifier ce que j'ai dit des intentions et des principes de Mariana par une analyse impartiale de son livre.
Dans les premières années de ce siècle, deMaistr*» et de Bonald, en se plaçant à la tête d'une réaction religieuse contre la philosophie du xvni*' siècle, ont surtout repoussé comme particulièrement contraire aux traditions de l'Église et aux paroles de l'Écriture l'hypothèse de Rousseau qui fait de la vie sauvage l'état naturel de l'homme et de la société une pure convention. Mariana, qu'on ne peut cependant accuser de faiblesse pour l'esprit novateur, ne paraît pas se douter de cette impiété. Il enseigne sans scrupule la même doctrine qui a été soutenue plus tard avec tant d'éloquence dans le Discours couronné par l'Académie de Dijon, et il l'aggrave encore en la combinant avec l'idée de Hobbes. L'homme, selon lui, a commencé par la vie sauvage, et cette condition a été pour lui, pendant longtemps, pleine de paix et de bonheur. Il ne connaissait ni le souci, ni le tra-