Liv. II. cil. VI
DE l'europe 79
mêler à ses calimeuts la substance mortelle et d'attendre qu'il la prenne. Mais c'est le pousser à un suicide involontaire dont on est sciemment le principal auteur. Une telle action n'est pas permise. Heureusement, on pourra s'y prendre d'une autre manière. Il existe des poisons tellement violents, qu'il suffit d'en enduire les vêtements d'un homme ou le siège sur lequel il s'asseoit, pour lui donner la mort. C'est ce moyen qu'il faudra mettre en œuvre, à l'exemple des rois maures, qui, sous prétexte d'honorer leurs rivaux par des présents, leur envoyaient des vêtements ou des armes imprégnés d'une substance invisible, dont le seul contact avait un effet mortel*. Quelle âme et quelle intelligence également perverties de tels enseignements nous révèlent ! J'ai parlé tout à l'heure de mépris. Non, c'est du dégoût que je voulais dire; car le mépris même porte encore trop haut pour atteindre ces infamies. Pourquoi Pascal a-t-il ignoré ce trait ? Il aurait mérité, plus que beaucoup d'autres, de figurer dans les Provinciales.
En fermant les yeux sur l'horreur des détails et en nous arrêtant seulement au principe qui donne au peuple et à chaque citoyen en particulier un tel pouvoir sur la vie des princes, demandons-nous où Mariana veut en venir. Nous en savons déjà assez de ses doctrines pour être convaincu que la monarchie se lie à tout son système, et c'est pour elle, peut-être, que le système a été imaginé. Par conséquent, il ne demande pas pour le peuple une souveraineté de fait. Le peuple, la nation tout en-