‹ Réformateurs et publicistes de l'EuropeChapitre 27 sur 81 · Liv. U, ch. vu · texte numérisé non relu

Liv. U, ch. vu

tière, ne fait que déléguer la souveraineté, mais elle ne Fexeree pas par elle-même, directement, comme dans les républiques de l'antiquité. Mariana veut-il la restauration du gouvernement représentatif, tel qu'il a existé dans plusieurs provinces d'Espagne, et surtout dans le royaume d'Aragon? Il le dit, et on l'a cru sur parole. Il demande, en effet, à plusieurs reprises que la nation prenne part au gouvernement par les députés de tous les ordres, viri primarii in omnibus delecti ^ ; que, représentée par les évêques, par les grands et les procureurs des villes, elle ait seule le droit de voter l'impôt et de faire les lois ou de les abroger. Mais quand on examine de près la nature de cette représentation et celle de la société dont elle est l'interprète, on voit que la pensée de Mariana est ailleurs, et qu'il ne s'adresse aux souvenirs de patriotisme et de liberté conservés dans son pays que pour s'en faire uu auxiliaire utile. Par l'apologie du régicide, il flatte les instincts de la multitude; par celle du gouvernement représentatif, tel qu'il existait autrefois, il caresse l'orgueil des grands; mais, au fond, il ne veut qu'une chose: le règne absolu, l'autorité suprême du pouvoir spirituel. Les preuves abondent, et il ne me reste plus qu'à citer les plus importantes.

Les évoques une fois introduits dans l'assemblée des États, ils en deviennent à l'instant même les chefs et les maîtres, c'est-à-dire les chefs et les maîtres de la nation. « Les évêques, dit Mariana-, ne

1 Liv. II, ch. VIII, p. 75 et 76. édition de Mayence. 2. Liv. II, ch. VIII.

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sont pas seulement les chefs des Églises, ils sont la partie la plus importante et les princes de la république: Episcopos non ecclesiantm modo capita, scd primas reipublicœ esse partes principesque. Ils sont dans Terreur, oui, dans une grave erreur, ceux qui pensent qu'il faut leur enlever l'exercice des grandes charges et le gouvernement des villes comme un fardeau inutile et une tâche peu convenable à leur sainte profession. Ceux qui sont dans cette opinion oublient sans doute qu'en s'affaiblissantdans la plus noble partie de lui-môme, l'État marche inévitablement à sa dissolution*. »

En même temps que les évèquesont la hautemaiu dans l'État, qu'ils ont la principale part dans le gouvernement et dans l'œuvre du législateur, l'État n'a aucune action sur eux; ils sont placés en quelque sorte hors de ses atteintes et de celles de toute loi civile ; ils forment une société à part. En effet, ils ont leurs tribunaux à eux, appelés à juger tous les membres du clergé, pour quelque cause que ce soit. Ils ont leur législation à eux, qui est le droit canon. Ils ont une fortune inaliénable que la piété des fidèles peut augmenter sans cesse, mais sur laquelle l'État n'a aucun droit. Ils ne sont pas astreints à payer l'impôt. Ils ne doivent concourir aux besoins publics que dans une situation extrême et par des sacrifices volontaires ^ « Les évoques, dit Mariana, et en général les membres du clergé, libres des soucis de la famille et nourris de saintes doctrines, sont les gardiens les plus sûrs de l'équité, des lois, de la liberté

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