‹ Réformateurs et publicistes de l'EuropeChapitre 30 sur 81 · Liv. II, cil. X · texte numérisé non relu

Liv. II, cil. X

le clergé le pouvoir de la justice et des lois, et peut fournir un abri au régicide lui-même?

En même temps qu'il mine leur autorité et la détruit pièce à pièce, on dirait que Mariana cherche à avilir les princes par des conseils comme ceux-ci: c( Le prince peut employer dans son intérêt le mensonge et la ruse, pourvu qu'il n'abuse pas de ces moyens, c'est-à-dire qu'il n'en use pas trop souvent et hors des cas de nécessité: Utetur ergo j)rinceps ex commodo ''raude et mendacio, sed raro et quasi meJicamento. » Il cite à l'apui de cette proposition l'autorité même de l'Écriture sainte' . Quelques autres conseils d'un ordre plus élevé, et dictés par une véritable connaissance des intérêts de l'État, ne peuvent détruire l'immoralité de celui-ci et laissent à Mariana le caractère d'un politique à la façon de Machiavel, sans avoir pour lui l'excuse du patriotisme.

Le livre se termine par un appel sanglant à l'intolérance religieuse, digne couronnement d'une telle œuvre. Sous aucun prétexte, à aucun titre, un prince ne doit souffrir qu'on professe dans ses États d'autres croyances que celles de l'Église catholique. Une telle faiblesse serait contraire non seulement à la religion, mais à la vraie politique; car de la diversité des croyances sortent immanquablement la révolte, l'anarchie, la guerre civile. Sur ce point, il suffit d'invoquer le témoignage de l'histoire, qui nous montre partout, à côté de la tolérance, la concorde et la paix, à coté du fanatisme persécuteur la misère et la guerre civile. L'Espagne elle-même nous en offre, dans le

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