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Athéniens, il appartint finalement, avec le monde tout entier, au peuple romain. Indépendamment de cette succession générale, l'histoire ancienne nous présente quelques faits particuliers non moins dignes d'être remarqués. Quand Xerxès faisait fouetter l'Hellespout et le chargeait de chaînes, il n'était pas aussi insensé qu'on le prétend; il agissait en maître à l'égard de la mer. Quand les rois de Perse faisaient demander la terre et le feu aux peuples qu'ils voulaient soumettre, ils voulaient dire qu'on devait leur abandonner la propriété de la terre et de la mer. La mer Rouge est appelée Édom, qui signifie rouge, parce qu'elle est restée au pouvoir des descendants d'Ésaiï. Philostrate, dans la Vie d'Apollonius, parle d'un certain roi Erythros qui, maître de la mer Rouge, lui donna son nom. Ce roi Erythros est évidemment le même qu'Ésaii ou Édom, dont on s'est borné à traduire le nom hébreu en grec. Enfin, quand Pompée a purgé la mer des pirates qui l'infestaient, il fallait bien qu'on lui reconnût et qu'il s'attribuât lui-même le pouvoir d'agir ainsi. Ce pouvoir, quel est-il, sinon celui qu'un homme public tient de son souverain et que le souverain exerce dans ses États? Pompée a agi comme grand amiral des Romains, et la République romaine n'aurait pas songé à lui confier la mission qu'il a remplie si elle ne s'était crue la maîtresse de l'Océan.
La même conviction, si nous en croyons Selden, a toujours existé chez les peuples modernes. Historiens, géographes, jurisconsultes, théologiens, hommes d'État sont unanimes sur ce point. On n'a jamais, quoi qu'on dise, contesté aux Vénitiens la
propriété de la mer Adriatique, ni aux Génois celle de la mer Ligurienne, ni aux Pisans celle de la mer de Toscane, ni au souverain pontife celle des eaux qui baignent ses États, et qu'on pourrait appeler la mer ecclésiastique. Comme unique preuve de son assertion, Selden étale avec complaisance toutes les exactions qui ont été commises par les peuples, tous les droits qu'ils se sont arrogés de leur pleine autorité. En un mot, il leur fait un titre de leurs iniquités mêmes, et, au besoin, il en appelle, lui protestant, à l'autorité infaillible du saint-siège et aux décrets des conciles. Après les républiques maritimes de l'Italie, il nous montre les Espagnols, les Portugais et les Hollandais se disputant ou se partageant la merdes Indes; les Français, les Suédois, les Danois, les Polonais, les Turcs se déclarant les maîtres de certaines mers particulières, sans qu'il arrive à aucun d'eux ni à personne de mettre en doute un seul instant que la mer puisse devenir une propriété. Ils sont en désaccord sur l'application, jamais sur le principe. Ils réclament souvent plus qu'il ne leur appartient, mais rien qui ne soit de nature à leur appartenir. Or, lorsqu'un fait a pour lui cet assentiment universel, comment n'y pas reconnaître le caractère même du droit? Qu'est-ce donc que le droit, quand on remonte jusqu'à la source? qu'est-ce que le droit naturel, sinon ce qui est consacré par le consentement du genre humain, ce qui fait loi, sans exception, pour tous les peuples et pour tous les hommes? La propriété des mers est précisément dans ce cas; donc elle est de droit naturel. De plus, on a démontré qu'elle a ses fondements dans l'Écriture samte
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et qu'elle est reconnue par la tradition des Hébreux, c'est-à-dire par une tradition qui a Dieu lui-même pour auteur; donc elle est à la lois de droit naturel et de droit divin.
Restent les arguments de Grotius, ou les objections qu'on peut tirer de la liberté du commerce et de la navigation, ainsi que de la fluidité et de l'étendue de l'Océan; deux qualités qui semblent empêcher qu'il soit possédé effectivement et qu'il puisse remplir les conditions d'une propriété ordinaire. La première de ces exceptions a cessé d'exister, selon Seklcn, par cela même qu'on a établi que la mer est une propriété. Sans doute il est utile à l'iiu nanité que le commerce et la navigation s'étendent aussi loin que possible, que les marchands et les voyageurs puissent porter sans obstacle les richesses et les lumières d'une nation à une autre; mais cette faculté peut leur être accordée sur mer par la bonne volonté des souveraine, comme elle leur est accordée par terre, comme on accorde le passage des Pyrénées et des Alpes à tous les hommes paisibles etinoffeiisi. s, pourvu que ce caractère ait été reconnu en eux et qu'ils respectent les lois des pays qu'ils traversent. Il y a plus: cette concession pourrait être consacrée par le? traités ; elle pourrait être admise en principe dans le droit public de l'Europe et de tous les peuples, sans qu'il en résuit it le moindre dommage pour li propriété des mers. Elle deviendrait alors une servitude, comme celles qui pèsent sur la propriété privée, et qui, loin de détruire ses droits, les supposent nécessairement.
A la seconde objection, Selden répond que les fleuves ne sont pas moins fluides que l'Océan, qu'ils
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le sont même davantage, puisqu'ils ont une déclivité qui les conduit à la mer, tandis que la mer, malgré l'agitation de ses vagues, reste toujours à la même place. Cependant les fleuves sont universellement regardés comme un domaine particulier, comme une propriété parfaitement légitime. Pourquoi cela? Parce que le fond sur lequel ils coulent ne change pas; parce que ce fond identique peut être assimilé à la terre; c'est sur lui, non sur l'onde fugitive, que s'appuient, comme sur un roc, les droits régaliens des princes. Nous n'avons aucune raison, ajoute Selden, de ne pas donner la même base à la propriété de la mer, ni de croire que le fond de la mer soit plus variable que le lit des fleuves ou des rivières. Dès que ce fond remonte à la surface de manière à former une île, à l'instant il partage le sort et revêt le caractère de la terre elle-même; à l'instant il devient une propriété particulière. Pourquoi donc en serait-il autrement quand il est recouvert par les vagues? Les vagues, dans leur rapport avec le lit de l'Océan, peuvent être comparées à l'air qui enveloppe de toute pari notre planète. Qu'y a-t-il de plus fluide, de plus mobile, de plus fugitif que l'air? Cependant l'espace qu'il occupe appartient au propriétaire du sol; je puis élever aussi haut que je le veux, ou que le permet l'art de l'architecture, les constructions dont je couvre mon domaine. De là le proverbe que l'air et le ciel sont à celui qui possède la terre. Le principe delà communauté des mers, ou l'opinion que la mer n'a aucun des caractères stables de la propriété, prend son origine, suivant Selden, dans le scepticisme, dans cette philosophie matéria-
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liste et impie, autrefois professée par les sophistes de la Grèce, (|iii veut que toute la nature soit dans un écoulement perpétuel, qui refuse à tous les êtres la durée et l'identité, qui ne reconnaît dans l'homme et dans l'univers que des phénomènes insaisissables. L'accusation paraît étrange quand on songe qu'elle s'adresse à Grotius et qu'elle part de Selden; car on n'a pas oublié que, selon l'auteur du Mare dausitm, la raison humaine n'est qu'une source d'illusions et de mensonges contradictoires.
Une troisième objection, celle qui est tirée de l'étendue de la mer, est écartée par cette considération que, si vaste qu'elle puisse être, la mer n'est pas infiuie. Dieu lui a dit, selon le témoignage de l'Écriture: « Tu viendras jusqu'ici et tu n'iras pas plus loin.» Et, en effet, elle a ses limites, que l'esprit de système peut seul méconnaître. Ce sont d'abord les côtes qui l'entourent de toutes parts, et dans lesquelles elle est contenue comme l'eau dans un vase. Ce sont les presqu'îles, les promontoires, les écueils qui s'avancent dans son sein, qui déterminent ses contours et lui imposent une division naturelle. Ce sont les lignes astronomiques qui résultent de la structure générale du monde, Féquateur, les pôles, les parallèles, les méridiens, ou même celles qu'on tire arbitrairement par la pensée, comme la démarcation établie par Alexandre VI entre les possessions espagnoles et celles des Portugais. Ce sont enfin les degrés de longitude et do latitude, avec leurs diverses fractions, et par le moyen desquels on pourrait faire au besoin le cadastre de l'océan comme celui de la terre ferme. D'ailleurs, ceux-là mêmes qui
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défendent le principe de la communauté des mers sont obligésde reconnaître, avec Barthole, avec Bodin, avec tous les publicistes et avec tous les jurisconsultes, que jusqu'à une distance déterminée de la côte, la mer appartient aux peuples limitrophes. Pourquoi donc cette distance, en supposant qu'elle fût parfaitement fixée, ne pourrait-elle pas être franchie? Mais, sur cette question, l'on est loin d'être d'accord, car les uns se contentent de soixante milles, et les autres en veulent cent. Donc, la limite qu'on a imaginée est purement arbitraire; elle peut être reculée indéfiniment, et le droit de propriété demeure tout entier pour la mer comme pour la terre.
De l'immensité de l'océan, Grotiusa su tirer encore une autre conséquence. Il soutient que, non seulement la mer ne peut être occupée, mais que cette occupation, si elle était possible, ou cette prise de possession, sans aucune utilité pour le possesseur, seraitsouverainement injuste pourlerestedes hommes; car les avantages qu'on demande à la mer, ceux du commerce, de la navigation et de la pèche, étant de leur nature inépuisables, il serait à la fois inique et déraisonnable d'en réserver la jouissance à un seul ou à quelques-uns, à l'exclusion de tous les autres. Cette proposition est combattue par Selden avec autant de vivacité que la précédente '. Non, dit-il, les biens de la mer ne sont pas inépuisables. Il n'en est pas de ces biens comme d'un flambeau allumé qui communique la lumière sans s'obscurcir. Les uns,