De leyib., liv II. ch. xi
DE l'eUROPE 19
Suarès distingue avec beaucoup de sagacité la loi naturelle de la conscience. La première enseigne d'une manière universelle à tous les hommes ce qu'il faut faire ou ne pas faire, ce qui est juste ou injuste; la seconde l'enseigne à chacun de nous en particulier. La première, c'est la vérité morale considérée en ellemême; la seconde est le sentiment particulier que nous en avons ou l'application que nous en faisons à chacune de nos actions. La conscience peut être erronée ; la loi naturelle est infaillible, car elle a Dieu même pour auteur. La première est sous l'influence de l'opinion et de l'éducation ; la seconde est éternelle et immuable ^
Jusqu'ici, nous n'avons qu'à applaudir. Malgré la différence des croyances et des temps, Platon etKant ne diraient pas mieux. Ce que je demande la permission d'appeler la bonne veine de Suarès n'est pas encore épuisé. Après avoir défini le caractère et établi l'autorité de la loi naturelle, c'est-à-dire de la raison dans l'ordre moral, il se demande jusqu'à quel degré, dans quelles limites elle peut nous suffire, ou quelles sont les règles de conduite, les préceptes de morale qu'elle est capable de nous enseigner sans aucun autre secours. Nous allons voir que la liste en est encore assez grande, et que Suarès ne connaissait nullement cette stratégie récente qui consiste à noua conduire à la foi par le chemin du scepticisme et l'avilissement de la conscience. La loi naturelle comprend d'abord certaines règles d'une vérité évidente ; par exemple celle-ci : Ne faites pas à autrui