De ierjib., liv. II, ch. v
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ce que vous ne voudriez pas qu'on vous fît ; il faut être tempérant ; il faut aimer et honorer Dieu ; il faut rendre à chacun ce qui lui est dû. — La loi naturelle comprend ensuite toutes les conséquences qui découlent évidemment de ces principes évidents. Telles sont les lois qui condamnent comme des actions criminelles le vol, le meurtre, l'adultère. D'autres conséquences, comme celles qui interdisent le mensonge, la fornication, l'usure, réclament une démonstration déjà plus compliquée, mais ne cessent pas d'appartenir à la loi naturelle et d'être connues par les lumières de la seule raison. Qui le croirait ? selon Suarès, tout le Décalogue est de droit naturel, et l'on pourrait même y ajouter bien d'autres commandements qui n'y sont pas compris, comme de pratiquer l'aumône, d'être fidèle à sa promesse, de ne passe faire justice soi-même K
Avec l'idée de loi naturelle nous avons nécessairement, selon Suarès, celle de Fauteur de cette loi, et la même clarté qui brille sur la première de ces deux vérités éclaire aussi la seconde. Or, quand l'esprit de l'homme s'est élevé jusqu'à Dieu, il est impossible à son cœur de pas l'aimer. Il y a donc en nous un amour naturel, un amour inné du Créateur, qui se distingue de tout autre amour, quoiqu'on ne puisse le posséder dans sa perfection qu'avec le secours de la grâce. Toute action par laquelle on accomplit quelque précepte de la loi naturelle tend directement à Dieu comme à sa fin dernière, et, autant que cela est donné à l'homme, contribue à sa gloire, même
l. De legib.. Uv. II, ch. \ii, §§ à. ç>, 6.
lorsque l'homme se propose un but moins élevé. Mais à celui qui ouvre les yeux de son esprit et suit sa raison où elle le conduit, il est impossible que cette fin suprême de nos actions puisse échapper, et qu'il ne voie pas en Dieu la fin de son existence, qu'il ne comprenne pas la loi qui ordonne de l'aimer pardessus toutes choses ^
Enfin, pour que rien ne manque à cette belle exposition et à cette chaleureuse défense de la loi naturelle, Suarès ajoute qu'il n'est au pouvoir de personne, pas même du souverain pontife, d'abroger ou d'affaiblir un seul de ses préceptes, ou d'accorder des dispenses qui permettent de les violer accidentellement. lYuUa potestas humana, etiamsi pontificia sit, potest proprium aliquod prœceptum legis naturalis nbrogare, nec illud proprie et in se minuere, neque in illo dispensare^.
Mais nous voici au bout des généreuses déclarations, des professions de foi philosophiques, des épanchements d'une âme tendre, ou du moins nous allons les voir interrompues pour livrer passage aux perfides distinctions du casuiste raffiné et impitoyable. Certainement, nous dit Suarès, les obligations de la loi naturelle sont, absolues et sans exception. Elles commandent à tous les hommes. Elles protègent tous les hommes. Mais il faut distinguer dans la loi naturelle ce qui est impératif de ce qui n'est que permissif, ou ce qui est commandé de ce qui est simplement permis. « Vous ne tuerez pas ; — vous ne volerez pas ; — vous ne commettrez pas d'adidtère;