Polilic, ch. Yiii
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religieux, aussi inflexible que le cercle politique qui a déjà été reconnu parles philosophes de l'antiquité. On a remarqué qu'elle passait sans fin de la monarchie à l'aristocratie, de l'aristocratie à la démocratie, pour revenir à son point de départ. Les choses ne se passent pas autrement dans l'ordre religieux. Les peuples se laissent entraîner de l'unité religieuse à la diversité des sectes, de la foi à l'athéisme, pour revenir ensuite à leur point de départ, à l'unité et à la foi, quand les conséquences de l'impiété et de la division sont devenues intolérables. Mais il y a ici un fait de plus à observer : c'est que la diversité des sectes et les excès de l'athéisme ont toujours annoncé le triomphe de l'unité chrétienne. A quel moment le Christ est-il descendu sur la terre et l'Évangile a-til été pour la première fois annoncé aux hommes? C'est lorsque le mosaïsme s'est affaibli, qu'il s'est divisé en une multitude de sectes, et qu'il est descendu jusqu'au saducéisme. A quel moment le christianisme a-t-il été prêché aux nations païennes, aux Grecs, et aux Romains? C'est lorsque s'écartant de plus en plus, les premiers des saines doctrines de Platon et de Pythagore, les seconds, delà piété rigide de leurs ancêtres, ils se sont rencontrés, après avoir traversé toutes les autres formes de l'erreur, au sein de l'épicurisme. Eh bien ! si l'on considère que l'islamisme en est arrivé au même point, si l'on arrête ses regards sur les sectes nombreuses et irréconciliables qui le déchirent aujourd'hui, Turcs, Persans, Tartares, Maures, le grand chérif de la Mecque, on sera forcé de conclure que le temps est venu où le croissant doit se retirer devant la croix. Il est dans l'es-
sence de l'erreur de se diviser à l'infini et de s'épuiser elle-même par ces systèmes innombrables. Il est, au contraire, dans l'essence du catholicisme de ne souffrir dans son sein aucune hérésie, aucun schisme : doncle catholicisme doit finalement régner sur toute la terre, à la fois comme religion et comme gouvernement ; car les deux choses se suivent toujours et sont de leur nature inséparables.
Pour appuyer cette assertion de quelques preuves tirées de l'expérience, Campanella cherche à démontrer que tous les empereurs qui ont refusé de reconnaître la suprématie temporelle du pape, ou qui ont essayé de la limiter, à plus forte raison ceux qui ont nié son pouvoir spirituel, ont terminé misérablement leur existence, ou ont laissé après eux une dynastie sans éclat et sans durée, s'ils n'ont pas été privés tout à fait de descendants. Comme il est dans l'ordre matériel des choses qu'aucun prince ne puisse échapper à l'une ou à l'autre de ces destinées, on conçoit que Campanella, par sa manière d'interpréter l'histoire, trouve le moyen d'avoir toujours raison. Mais parmi ses vues historiques, toutes plus partiales et plus arbitraires les 'unes que les autres, il y en a une qui mérite d'être citée pour sa justesse. Si l'empire ottoman, dit-il, se maintient encore debout, c'est à cause des rivalités qui existent entre les nations chrétiennes de l'Europe. Que ces rivalités cessent, que l'accord s'établisse sous un gouvernement commun, la puissance des Osmanlis est détruite.
De tous ces faits vrais ou faux, de toutes ces observations groupées avec art et généralisées avec audace, Campanella conclut que les temps approchent où
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tous les peuples de la terre obéiront comme un seul homme aux lois du souverain pontife et reconnaîtront en lui le père, l'instituteur, le prêtre, le roi universel. Cet état, ajoute Gampanella, est un simple retour, après bien des égarements expiés par de cruelles souffrances, à celui que nous rencontrons au berceau du genre humain, et qui peut être regardé par cette seuleraison commenotreétatnaturel. C'est ainsi que naquit la première famille, celle dont nous sommes tous descendus, Adam exerçait sur sa postérité vivante l'autorité du père, du roi, du prêtre. Cela était juste, puisqu'il était l'homme universel; mais l'homme universel a reparu dans le vicaire de Jésus-Christ, avec toutes les prérogatives qui lui appartenaient à l'origine des choses.
En même temps qu'elle conduira l'humanité dans les voies du salut éternel, la monarchie universelle du pape fera revivre en partie le paradis terrestre. Sous ce gouvernement divin, plus de guerre, plus de peste, plus de famine, la maladie même et les infirmités de la vieillesse seront circonscrites dans des limites de plus en plus étroites. La guerre! comment serait-elle possible quand il n'y aura plus qu'une seule nation, quand toute la terre ne formera plus qu'une seule famille sous la protection d'un père, pénétré d'une égale tendresse pour tous ses enfants ? La même révolution mettra un terme à la famine, car la terre produisant toujours une quantité d'aliments suffisante pour l'espèce humaine, il s'agira seulement de les transporter d'un lieu dans un autre, de les répartir suivant les besoins de tous, et cette distribution deviendra facile quand toutes les coni
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trées du monde obéiront à un même chef. D'ailleurs, on pourra appliquer la même mesure aux populations, en les faisant passer d'un pays où elles sont trop accumulées dans un autre qui est abandonné et désert. Ce sera un moyen infaillible, non pas de remédier à la famine, mais de la prévenir. Enfin les arts et les sciences, par conséquent, la physique, l'hygiène, la médecine, faisant des progrès merveilleux dans un État qui embrasse toute la terre, où rien ne s'oppose aux libres communications des hommes, chaque maladie trouvera bientôt ses remèdes, et un régime savant , prescrit par l'autorité aussi bien que par la science, reculera à la fin les limites de la vie humaine. Une police universelle aussi active que clairvoyante préviendra tous les crimes ; une mécanique et une architecture dont nous n'avons même pas l'idée, préviendront les incendies, la chute des maisons et d'autres accidents aujourd'hui si funestes. Détournés de l'hérésie et de l'incrédulité, les esprits tourneront leur activité à l'accroissement indéfini des connaissances humaines et du bonheur commun.
Plus de révolutions politiques, plus d'agitations ni de guerres civiles : car d'où viennent ces calamités? presque toujours de la minorité des princes, des rivalités des diverses branches d'une même dynastie, des mauvaises mœurs ou de la jalousie des princesses et des reines, ou du désaccord du souverain et de son conseil dans une monarchie, des différentes classes de la population ou des différents pouvoirs dans une république. Mais toutes ces causes sont anéanties sous un souverain qui n'a pas de famille, ou du moins
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qui n'en doit plus connaître dès qu'il est sur le trône. Il n'est pas plus à craindre que le pape soit en dissentiment avec le conseil de la chrétienté, c'est-à-dire avec les conciles oecuméniques ; car le pape est supérieur aux conciles, il n'attend d'eux que des avis, qu'il est libre de suivre ou de rejeter. Nous ne voyons pas que Dieu ait confié à l'Église le gouvernement de Pierre; mais, tout au contraire, c'est à Pierre qu'il a confié le gouvernement de l'Eglise '.
Telle est la seconde théorie de Campanella, non moins ultramontaine que la première, mais beaucoup plus voisine de l'utopie. C'est à présent dans l'utopie même qu'il va nous introduire sans changer de principes, et en gardant presque toutes les formes et toutes les institutions de la théocratie. Seulement, le frein que lui ont opposé jusqu'à présent ses croyances religieuses va tomber pour le laisser entièrement à la merci de son système philosophique.
La Cité du soleil est une composition du même genre que la République de Platon et l'Utopie de Morus, mais elle répond à une conviction plus sérieuse et appelle, pour cette raison, un jugement plus sévère. Campanella ne veut pas seulement, comme Platon et comme le chancelier de Henri VIII, nous peindre une société idéale qui n'a jamais existé et n'existera jamais, tant elle s'élève au-dessus de