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HUGO GROTIUS

La vie seule de Grotiiis est un eiiseignenieuL d'un prix égal à ceux que nous offrent ses écrits. Elle est la meilleure introduction à la science qu'il a fondée, car elle nous laisse voir un homme qui, fidèle aux principes dont il faisait profession, les a pratiqués avec la sérénité d'un sage, sans ostentation et sans effort, au prix de sa fortune et de sa liberté, en se montrant décidé, si les événements l'exigeaient, à leur sacrifier sa tête. La vie de Grotius nous présente encore un autre spectacle : un grand caractère uni à un grand esprit, un citoyen comme on en trouve en petit nombre dans les plus beaux jours de l'antiquité, chez qui l'amour de la patrie résiste à l'ingratitude

et aux outrages de son pays; un chrétien convaincu devenu le champion et pour un moment le martyr de la tolérance; un politique qui ne sépare point les intérêts de l'État de ceux de l'humanité et de la justice; un vrai philosophe qui a toujours su joindre la dignité de la vie à la hauteur de la pensée. Ajoutez à cela que Grotius est presque notre compatriote ; issu d'une famille française, il a passé en France plus de vingt ans de sa vie, d'abord comme hôte et comme protégé de Louis XllI, ensuite comme ambassadeur de Suède.

Il était l'arrière-petit-fils d'un gentilhomme franccomtois, Corneille Cornets, qui, voyageant dans les Pays-Bas vers le commencement du xvi*^ siècle, finit par s'établir à Delft et épousa la fille du bourgmestre de l'endroit. Diedric de Groot (c'est ainsi que s'appelait ce magistrat), très fier de son nom, un des plus anciens de la république batave et des plus considérés dans sa ville natale, imposa pour condition à son gendre qu'il n'en donnerait pas d'autre à ses enfants. Voilà comment Hugues Cornets devint Hugues de Groot, c'est-à-dire Hugues le Grand, dont la coutume pédantesque de l'époque a fait Hugo Grotius. Il naquit à Delft, le 10 avril 1583. Ainsi que Ilobbes, qui était de quatre ou cinq ans plus jeune que lui, il fut un objet d'admiration pour la précocité de son intelligence . Initié, pour ainsi dire, dès sa naissance, à la connaissance des langues ancien nés par son père, Jean de Groot, curateur de l'université de Leyde, dont son aïeul avait été recteur, il écrivait à huit ans des vers latins qu'on remarquait déjà, même hors de sa famille. A douze ans il

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avait termine ses études classiques et entrait à l'université après avoir composé un hymne pinclarique naturellement dans la langue de Pindare, en l'honneur du prince d'Orange. Joseph Scaliger, qu'on appelait le dictateur des lettres, se chargea avec une sollicitude toute paternelle de diriger son éducation. Grotius venait à peine d'atteindre sa quatorzième année quand il soutint, devant un public émerveillé, différentes thèses de mathématiques, de philosophie et de jurisprudence. Grâce à ce succès et à celui que lui avaient déjà valu ses compositions poétiques, les vers grecs et latins qu'il produisait comme en se jouant, son nom fut connu à ce moment dans toute l'Europe savante. Partout on célébrait en prose et en vers cet enfant de génie, ou, pour me servir du langage de l'époque, « cet astre naissant ». Son compatriote Daniel Heinsius disait avec plus d'originalité : « Grotius a atteint l'âge viril en naissant ^ . »

En 1598, les Provinces-Unies, toujours menacées dans leur existence par la puissance espagnole, envoyèrent en France le grand pensionnaire Barnevclt et Justin de Nassau pour implorer l'appui de Henri IV. Grotius, alors âgé de quinze ans, obtint la faveur d'accompagner les deux ambassadeurs et d'être présenté au roi de France. Henri IV lui fit présent de son portrait suspendu à une chaîne d'or, et dit, en le montrant à sa cour : « Voilà le miracle de la Hollande. » Si jeune qu'il fût, Grotius ne s'endormit point dans les honneurs et les plaisirs de ce voyage.

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