Exod. XXI
3. Inslil. de jure pei'sonarum, § servi autent; Gell. lib. H, ch. xviii. h. Liv. I. ch. m, g 8. t. I". p. 212 de la traduction nouvelle.
étrangère, renoncent volontairement à la liberté, tandis qu'il yen a d'autres qui ne cèdent qu'à l'empire de la force et dont l'asservissement est l'œuvre de la conquête, il serait ini])Ossible, à moins de nier l'histoire, de n'être point d'accord avec lui. Mais tel n'est point son but; il veut montrer que, dans les deux cas, le fait est conforme au droit, et que le pouvoir absolu, quelle qll'en soit la durée, sous quelque forme qu'il s'exerce, est parfaitement légitime. Examinons successivement chacune de ces deux propositions, à commencer par la première.
Elle est vraie quant à l'assimilation qu'elle établit entre la souveraineté de l'Etat et la liberté de l'individu. La souveraineté n'est pas autre chose, en effet, que la liberté collective d'une nation, et l'on peut dire de la liberté que c'est l'autorité souveraine (|ue tout homme en particulier possède sur lui-même. Mais, quand elle suppose que la liberté est une propriété à laquelle on peut renoncer, et que c'est là précisément une de ses applications les plus naturelles, elle est contradictoire et radicalement fausse, et les mêmes caractères se retrouvent dans la conséquence qu'on en tire par rapport à la souveraineté. N'estce pas une contradiction choquante de regarder la liberté comme un attribut essentiel de la nature humaine et de la donner pour fondement à l'esclavage? Quoi! parce que l'homme est libre, parce que 'a nature l'a fait naître et que Dieu l'a voulu ainsi, on soutiendra que les lois naturelles et les lois divines lui permettent de se condamner à une éternelle servitude? La morale n'est pas moins contraire à cette opinion ([ue la logique; car avec la liberté disparais-
sent nécessairement tous les devoirs que nous avons à remplir, devoir et liberté étant deux termes inséparables. Or, puisqu'il ne dépend pas de nous de nous décharger de nos devoirs, nous n'avons pas non plus le droit de renoncer à notre liberté. Que Hobbes, qui confond le droit avec la puissance, et qui, au-dessus de la puissance, ne reconnaît d'autre règle que le désir, permette à l'homme d'échanger sa liberté, c'est-à-dire son pouvoir naturel, contre un peu de tranquillité, rien de mieux, quoique Hobbes soit en contradiction avec lui-même quand il recommande, au nom du respect dû à la foi jurée, l'exécution fidèle de ce contrat ; mais Grot.ius, qui croit au devoir, à la justice, et pour qui Dieu lui-même n'est que la justice infaillible unie à la toute-puissance, Grotius aurait dû repousser loin de lui toute idée d'une transaction semblable. C'est ce que Rousseau a démontré avec une irrésistible logique. «Renoncer à sa liberté, c'est renoncera sa qualité d'homme, aux droits de l'humanité, même à ses devoirs. Il n'y a nul dédommagement possible pour quiconque renonce à tout. Une telle renonciation est incompatible avec la nature de l'homme, et c'est ôter toute moralité à ses actions que d'ôter toute liberté à sa volonté. Enfin c'est une convention vaine et contradictoire de stipuler, d'une part, une autorité absolue, et de l'autre une obéissance sans bornes. N'est-il pas clair qu'on n'est engagé à rien envers celui dont on a droit de tout exiger? Et cette seule condition, sans équivalent, sans échange, n'entraîne-t-elle pas la nullité de l'acte? Car quel droit mon esclave auraitil contre moi, puisque tout ce qu'il a m'appartient,
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et que son droit étant le mien, ce droit de moi-même contre moi-môme est un mot qui n'a aucun sens *. »
L'aliénation de la liberté individuelle étant un acte incompréhensible et injustifiable, celle de la souveraineté ou de la liberté de tout un peuple ne l'est pas moins, puisque la seconde n'est autorisée que par la première. Mais il y a plus : la conséquence allant bien au delà du principe, s'écroule, pour ainsi dire, sous son propre poids. On conçoit à la rigueur, en assimilant son indépendance à une propriété, qu'un liomme dispose de lui-même, qu'il vende sa liberté» sa dignitéd'homme,pour certains avantages matériels. Mais comment disposerait-il de ses enfants et des enfants de ses enfants à perpétuité ? C'est pourtant ce qui arrive dans ce prétendu marché par lequel une nation, en échange de sa tranquillité intérieure ou de quelque autre bien plus ou moins illusoire, abdique à jamais tous ses droits au profit de la monarchie absolue. Une nation ne se compose pas seulement des générations présentes, elle comprend toutes les générations à venir. Ici encore nous ne voyons rien à ajouter à la puissante dialectique de Rousseau.
« Quand chacun pourrait s'aliéner lui-môme, il ne peut aliéner ses enfants; ils naissent hommes libres; leur liberté leur appartient; nul n'a le droit d'en disposer qu'eux. Avant qu'ils soient en âge de raison, le père peut, en leur nom, stipuler des conditions pour leur conservation, pour leur bien-être, mais non leS' donner irrévocablement et sans condition, car un tel don est contraire aux fins de la nature et passe les