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Après la souveraineté se présente, dans le plan de Grotius, la question non moins in:iportante de la propriété, parce que la propriété, comme nous en avons déjà t'ait la remarque, est au nombre des (troits ou des institutions nécessaires que le souverain est appelé à détendre, au dedans par des lois répressives, au dehors par la force des armes.

La question de savoir si la propriété est une convention ou un droit naturel et comment, dans l'un et l'autre cas, elle se justifie aux yeux de la raison, n'apparaît que très tard dans l'histoire de la pensée humaine. Les anciens ne l'ont pas connue, car, en Orient comme en Grèce, on semble considérer la propriété comme une institution politique entièrement abandonnée à la discrétion des législateurs, et qu'on peut indifféremment, suivant un système conçu d'avance, conserver ou supprimer, enchaîner ou laisser libre. Ici la propriété, confondue avec la souveraineté, n'existe que pour un seul, pour le prince, représentant de Dieu sur la terre et maître absolu des personnes comme des choses. Là elle est réservée tout entière à une tribu ou à une caste, soit celle des prêtres, soit celle des guerriers, soit l'une et l'autre à la fois. C'est ainsi que les choses se passent dans l'Inde et dans l'Egypte. Ailleurs, au contraire, la tribu sacerdotale est formellement exclue du droit déposséder, et la propriété chez les autres est limitée de telle façon dans le temps et dans l'espace, qu'elle est ramenée tous les cinquante ans à son point de départ. Ces dispositions, trop systématiques pour avoir jamais été pratiquées entièrement, appartiennent à la législation de Moïse. Les législateurs et les

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philosophes de la Grèce, en s'occupant de la même matière, n'ont pas aperçu d'autre problème que celuici : Lequel est le plus avantageux pour l'État, que la propriété soit individuelle ou commune? et, si elle est individuelle, est-ce au régime de l'inégalité qu'il faut la soumettre de préférence? Lycurgue et Platon la veulent commune, Selon et Aristote individuelle , Phaléas de Chalcédoine exige qu'elle reste divisée en portions égales. Aucun ne se demande si elle ne serait point par hasard un droit inhérent à la nature de Tliomme, un droit inviolable, que l'État est tenu de défendre, mais dont il n'est pas autorisé à disposer comme il lui plait. Chez les Romains de la république, la propriété est une institution patricienne, c'est-à-dire un fait, un pouvoir, non pas un droit, dans le sens philosophique du mot. Elle représente la puissance du chef de la famille, du paterfamilias, supérieure à la voix du sang et aux lois de la nature, devant laquelle femme, enfants et petits-enfants sont réduits au silence. Aussi personne ne s'avise d'en rechercher le principe, et ce n'est qu'en passant, sans aucune prétention à l'exactitude philosophique, (|ue Gicéron compare la terre à un théâtre où chacun garde la place dont il a pu s'emparer K Le fondateur et les premiers interprètes du christianisme sont plus occupés à prêcher le mépris des choses de ce monde qu'à nous montrer à quel titre nous les possédons. De là, le précepte de donner notre manteau à qui nous a pris notre tunique, de

1. Quemadmodum theatrum quum commune sit, recte tamen dici polest ejus esse eum locuin qttem quisque occuparit. {De finibus, lib. III. eh. XX.]

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distribuer nos biens aux pauvres pour être tout entiers à Dieu. Mais, s'il est recommandé à ceux qui possèdent de faire l'abandon de leurs richesses, à plus forte raison est-il défendu à ceux qui n'ont rien de mettre la main sur le bien d'autrui. Voilà tout ce que l'Évangile nous apprend sur la propriété. Depuis l'invasion des barbares jusqu'à la fin de la féodalité, la propriété, confondue avec le droit de la force et de la conquête, renti'e de nouveau dans la souveraineté en revêtant un caractère à la fois militaire et politique. Le seigneur féodal, descendant des con(juérants, est le propriétaire et le souverain de sa seigneurie. Ce (jue possèdent ses sujets ou ses vassaux est une concession obtenue de sa libéralité sous la condition de lui rendre hommage et à la charge d'être toujours prêt à le suivre au combat. Enfin, les publicistes du xvi^ siècle et les libres penseurs de la renaissance ont mieux aimé chercher les fondements de l'ordre politique que ceux de l'ordre civil. Sans doute ils acceptent la propriété, mais comme une garantie de la liberté du citoyen, comme un gage de sécurité pour la famille, non conmie un droit qui se recommande par lui-même. C'est du moins ainsi que la comprend Bodin. (irotius est le premier, si nous ne nous trompons, qui, la soumettant à une discussion approfondie, ait essayé d'en découvrir l'origine et le principe. Aussi ne faut-il pas s'étonner si, après avoir signalé le problème, il n'a pas réussi également à le résoudre selon les idées elles besoins de notre temps.

Le genre humain, si nous en croyons l'auteur du Traité ch; la (jaerre et de la paix, a conmiencé par la communauté, et cet état lui paraît aussi le plus con-

Ibi'iuc aux principes du droit naturel. « Aussitôt, ditil ', après la création du monde, Dieu conféra au genre humain un droit général sur les choses de cette nature inférieure, et renouvela cette concession après la régénération du monde parle déluge. Toutes choses, comme dit Justin, restaient communes et appartenaient par indivis à tous comme un patrimoine commun K De là il arrivait que chaque homme pouvait s'emparer, pour ses besoins, de ce qu'il voulait, et consommer ce qui pouvait être consommé. L'usage de ce droit universel tenait alors lieu de propriété; car ce dont chacun s'était emparé, un autre ne pouvait le lui enlever sans injustice. » Cet ordre de choses a été conservé par quelques peuples de mœurs simples, comme les sauvages de l'Amérique, et par des associations religieuses telles que les pythagoriciens, les esséniens, les chrétiens de la primitive Église, dans le sein desquelles l'esprit de charité avait étouffé l'égoïsme.

Gomment donc la communauté a-t-elle fait place à la propriété? Par une convention sortie de la nécessité, née elle-même delà corruption des mœurs. A mesure que l'homme s'est écarté de sa simplicité native, et plus tard, après la prédication derÉvangile, à mesure qu'il a oublié la sainteté des mœurs chrétiennes, ses besoins se sont multipliés et les biens naturels n'ont plus suffi pour le satisfaire. Les pâturages commencèrent à manquer aux nombreux tnjupeaux des peuples pasteurs et les terres labourables aux peuples

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