‹ Réformateurs et publicistes de l'EuropeChapitre 61 sur 81 · C. XXII · texte numérisé non relu

C. XXII

DE l'europe 307

chrétien commet un crime lorsqu'il condamne un malfaiteur à la peine capitale. Si on lui objecte que la peine de mort est sanctionnée par plusieurs lois de l'Ancien Testament, il répond que l'Ancien Testament doit se retirer devant le Nouveau, comme ce qui est imparfait devant ce qui est parvenu au dernier terme de la perfection. Un autre, en faisant valoir les mêmes arguments, y ajoutait cette considération, que le dernier supplice, en ôtant au coupable le temps de se repentir, pouvait entraîner la perte de son âme, ce qui est la violation la plus odieuse du principe de la charité chrétienne. « Le Christ, écrivait un troisième, nous a enseigné la véritable jurisprudence. Soyons donc jurisconsultes selon le Nouveau Testament, et rejetons comme antichrétiennes toutes les maximes païennes rassemblées par Justinien Tuer le pécheur, c'est agir

en païen et non en chrétien ; c'est fermer les yeux à la lumière de la nature. Justinien veut qu'on punisse le mal par la corde, le glaive ou le feu : le Christ veut que le pécheur vive et se convertisse *. » Tous prenaient à témoin les paroles de miséricorde adressées par Jésus à la femme adultère, quoique la faute dont elle était coupable fût, aux termes de l'ancienne loi, un crime capital. Les autres textes qu'ils invoquaient en leur faveur, c'était l'ordre donné par Jésus à saint Pierre de remettre son épée dans le fourreau, « parce que ceux qui prendront le

1 . Tout ce plaidoyer en faveur de la peine de mort nous a été conservé par Carpzov dans sa Practka criminalis, t. III, p. 4, et a été résumé par M. Thonissen dans son intéressant écrit De la prétendue nécessité de la peine de mort. in-î8. Louvain, 1864.

glaive périront par le glaive » *. C'étaient divers passages des épîtres de saint Paul 2, où, selon l'expresse déclaration de l'apôtre des Gentils, les armes du chrétien devaient être des armes spirituelles, non le gibet et le glaive.

Il était impossible que l'àme si profondément religieuse de Grotius ne fût pas quelque peu troublée par cette argumentation. En effet, dans un passage de son livre ^ expressément adressé « à ceux qui veulent que les supplices, ou tous en général, ou les supplices capitaux, soient défendus sans exception aux chrétiens, » il est difficile de ne pas reconnaître les sociniens qui, d'ailleurs, étaient assez répandus en Hollande, et dont le ministre Grellius entretenait une correspondance avec l'auteur du Traité de la guerre et de la paix. Mais, si Grotius a jugé nécessaire de s'arrêter à leur opinion, il ne trouve pas qu'elle soit suffisamment justifiée. A chacune de leurs prétendues preuves il oppose des observations pleines de justesse et qui ne s'accordent pas moins bien avec l'espi'it qu'avec la lettre des Écritures.

Le précepte du Décalogue, « Tu ne tueras point, » est un principe général, qui consacre l'inviolabiHté de la vie humaine ou qui fait du meurtre un crime, sans proscrire en aucune façon la peine de mort. Cette peine est formellement jjrononcée par les lois de Moïse contre le meurtrier, contre l'adultère,

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