‹ Réformateurs et publicistes de l'EuropeChapitre 67 sur 81 · Ibicl. p. 599 «le la nouvollp trailiiotion · texte numérisé non relu

Ibicl. p. 599 «le la nouvollp trailiiotion

Enfin, lorsque rien n'a pu conjurer la guerre et que les deux armées sont en présence, que lesépées sont tirées du fourreau, il ne faut pas croire qu'il n'y ait plus de place que pour l'exercice de la force. Sans doute, la force mise au service du droit se confond, comme nous l'avons dit, avec la justice ; « car, dans l'ordre moral, les moyens qui conduisent à une certaine fin se revêtent de la nature même de cette fin. » Mais, à côté de la justice, il y a l'humanité. Tout ce qui n'est pas nécessaire au succès de nos armes dans les limites où il est juste, où il est raisonnable de le désirer, doit être évité avec soin. Tels sont les cruautés, les dévastations, les outrages prodigués aux morts et aux vivants, surtout les outrages qui s'adressent à l'honneur des femmes. De tous les excès que la guerre apporte avec elle, ces derniers sont les plus odieux et les plus lâches. Il n'y en a pas qui soient plus indignes d'un être doué déraison, créé pour la société et qui porte dans son âme l'idée de Dieu. Celui-là aussi viole honteusement toutes les lois de la guerre qui cherche à triompher de son ennemi par la trahison ou par l'assassinat. Il n'y a de triomphe légitime que celui qu'on doit à son courage, à son talent militaire ou à la supériorité de ses forces. Mais ce n'est pas assez de vaincre selon les règles de l'honneur ; il faut encore user avec modération de la victoire et se contenter de réparer le dommage que nous avons souffert, en inspirant à notre ennemi une crainte salutaire pour l'avenir. Notre ennemi, ce sont les auteurs volontaires de l'injustice commise à notre préjudice, ce sont les instigateurs et les soutiens de la guerre dont nous sommes

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sortis victorieux. Sur eux seuls, autant que cela est possible, pèsera le poids de notre sévérité ; mais tous les autres devront être couverts par notre clémence. Ce n'est pas assez d'épargner les femmes, les enfants et les vieillards, il faut que notre protection s'étende aux cultivateurs, aux hommes de lettres, aux industriels, aux commerçants, à tous ceux qui sont la force, la vie et la lumière delà société. Voilà des maximes bien différentes de celles qui ont commandé le sac de Magdebourg et la dévastation du Palatinat. Mais, de toutes les obligations que Grotius, au nom du droit des gens, prescrit aux princes et aux hommes d'État, il n'y en a pas de plus sainte à ses yeux que de tenir les engagements qu'on a contractés soit avant, soit pendant, soit après la guerre. « Otez la bonne foi, dit Aristote, il n'y a plus de commerce entre les hommes. » Grotius ajoute : « Sans la bonne foi, il n'y a pas de retour possible à la paix, ni de paix durable quand elle existe. »

Tel est le Traité de la guerre et de la paix, un des plus grands monuments du xvn*' siècle, où l'originalité se joint à l'érudition, la modération à l'indépendance. Jusque-là la science du droit public n'avait produit chez les modernes que des efforts isolés et confus. Machiavel a relevé l'idée de nationalité ; Bodin à l'idée de nationalité a ajouté celle du droit; mais le droit, pour lui, ne s'étend guère au delà des frontières de chaque État et n'obtient son entière confiance que lorsqu'il est attesté par l'histoire. Grotius a réuni tous ces principes, sinon dans un même système, du moins dans une même doctrine, et, non content d'appliquer l'idée du droit à l'ordre politique

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comme aux relations de la vie privée, il l'érigé en règle de conduite pour les nations dans les rapports qu'elles ont entre elles pendant la guerre comme pendant la paix; il en fait le fondement delà société universelle du genre humain. Il est le véritable créateur, non seulement de la science du droit des gens, mais de la science du droit naturel, qu'il ne faut pas confondre avec la morale. Il a introduit dans les idées, et par les idées dans les faits, des principes jusqu'alors ignorés ou méconnus : l'humanité et la justice appelées à diriger le droit de la guerre et à régénérer la législation pénale, la liberté de conscience revendiquée au nom des peuples et des individus, le respect de la propriété territoriale et de la liberté individuelle réclamé même en faveur des sauvages et des barbares. Les erreurs de Grotius m sont celles de son siècle. L'imperfection de sa méthode prend sa source dans une de ses qualités, dans son immense érudition, et dans le mauvais goût de l'âge précédent. La Renaissance était accomplie, mais Descartes n'avait pas encore paru.

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