‹ Réforme de l'enseignementChapitre 21 sur 34 · JALOUSIE DE MÉTIER · texte numérisé non relu

JALOUSIE DE MÉTIER

Mes amis me conseillent d^ mettre tin à une discussion, qui entreprise sous le prétexte d’être utile à l’enseignement n’a eu pour but réel que de faire de grossières réclames et d’attaquer, avec des mois malsonnants, un système contre lequel on n’a jusqu’ici apporté aucun argument sérieux.

Ce n’est pas moi qui ai commencé la lutte, en employant des termes blessants et Al. Piéraid pur le mot de dédain , dont il a cru devoir faire usage dès la première passe, a caracteri.-é immédiatement la guerre déloyale, que l’on entendait me faire.

Je reconnais avoir relevé le gant avec peutêtre trop de vigueur ; mais j’ai répondu, comme il convenait de le faire A des gens mal appris, dont le seul grief contre moi est une basse jalousie, et je ne m’en repens pas.

Que me reprochent-ils après tout: d’être venu en Canada. apporter un nouveau système d’enseignement, qui, s’il réussit, comme j eu

LE SYSTÈME

ai la conviction, aura pour effet de réduire do moitié le temps et la fatigue des études. S’ils étaient réellement les amis des enfants, comme ils le disent, ils attendraient de me voir à l’œuvre avant de m’attaquer, et même au lieu de m’attaque]-, ils m’aideraient à remplir la rude tâche que je me suis donnée. Il y a dans la r forme proposée du travail pour tout le monde et, s’ils perdent un livre, ils peuvent en gagner dix.

Mais ce n’est pas ainsi qu’ils procèdent, et, dans tous leurs écrits, on voit plus de mesquines considérations que de véritable amour de la grande cause qu’ils prétendent servir.

Je sors donc de la lice, non par crainte do l’ennemi, (j’ai montré avec quelle énergie je savais les abattre à mes pieds), mais pour suivre le conseil de ceux qui s’intéressent à moi, et à qui j’ai d’ailleurs des obligations particulières.

Désormais, quoi qu’on dise contre moi ou contre mon système, je me contenter i d’exposer mes idées telles qu’elles sont, et sans entrer dans aucune discussion. J’avoue que c’est, à contre cœur que je m’éloigne du combat. J’ai re la guerre; mais il faut savoir écraser de son mépris les lâches ennemis, dont quelques-uns se cachent sons le voile de l’anonyme, et dont la devise est: dix contre vn.

Pour le moment donc, M. Toussaint s’étant reconnu mort, qu’on me permette de prendre congé de M. Piérard.et de lui servir, avant de le quitter, un plat de ma façon, (l’est le dernier trait que je lui lancerai. Ayez donc la

POUR ET CONTRE

bouté, M. Piérard, de prêter une fois encore l’oreille à mes discours. Dans V Evénement du 15 août, vous avez un long article peu substantiel, et que j’aimerais A critiquer mot par mot; mais j’ai promis d’être court. Ecoutez pourtant cette phrase. Vous me direz ensuite ce qu’il faut penser d’un homme qui écrit de cette façon dans un libelle où il prétend juger un système d’éducation.

Votre présence au Canada, dites-vous, me fait plaisir. au contraire, je vous l’ai dit Car vou- y allez imprimer un mouvement en faveur de l’améliorai ion. de l’enseiprnement, qui ne peut que nous faire du bien.

Voyons! Que pensez-vous de cette phrase ? Est ce là une phrase correcte et telle qu’un professeur de français digne de porter ce nom puisse l’écrire dans un journal où il se donne comme capable de discuter le pour et le contre d’un système nouveau. A quel mot se rapporte le qui relatif? Est ce à enseignement ou à mouvement? C’est à mouvement, n’est-ce pas? Eh bien, d’après une règle de la syntaxe, le qui relatif devant toujours être rapproché le plus possible de son antécédent, il faut construire cette phrase ainsi : Car vous allez , en faveur des améliorations à apporter dans V enseignement, imprimer un mouvement qui ne peut manquer de nous faire du bien. La phrase n’est pas élégante, mais au moins elle est corrode, et j’ai tenu A me servir de vos expressions.

M. Piérard! M. Piérard! je garderai une place pour vous dans mon école. Vous pourrez y apprendre le français. On y ensei-

LE SYSTÈME

gnera aussi le latin que, m’a-t-on dit, vous ne connaissez pas. Adieu et désormais dormez tranquille.

Et vous, Canadiens, que l’on voudrait mêler à une querelle toute personnelle, je tiens, par rapporta vous, à préciser ma situation. On me disait, hier encore, pourquoi n’êtes-vous pas resté dans votre pays, puisque votre système est si bon ? Je ne suis pas resté dans mon pays parce que, pour le mettre en application en grand, il me fallait l’aide du gouvernement et que, dans les conditions où se trouve aujourd’hui la France, mes démarches pour obtenir cet aide n’ont pas abouti et ne pouvaient aboutir. D’un autre côté, le terrain ne me paraissait pas assez sûr sous mes pieds pour que je tentasse seul une œuvre dans laquelle, malgré la subvention qui m est allouée, j’aurai beaucoup d’argent A dépenser.

Depuis six mois, que je suis ici, je travaille chaque jour et je fais travailler de mon argent et sans avoir gagné un sou. A qui donc profiteront mes peines et mes fatigues, si ce n’est à vous et à vos enfants ? Ai-je l’intention, de garder pour moi seul les procédés dont je suis fauteur. Non que je sache, puisque j’admets tout le monde a mon cours, mènm, MM.

Toussaint, Piérard et de Beau Rivage. Mon seul but est de former des professeurs, et cela fait, je me reposerai.

Maintenant considérons les cho-es à un autre point de vue. Croyez- vous donc que mon intérêt soit de rester au Canada ? Je ne suis plus aujourd’hui dans les mômes conditions

POUR ET CONTRE

que celles dans lesquelles je suis venu ici. Mes travaux de latin sont complets, mes travaux de français fort avancés, mon exposé de méthode fait ; j’ai pour moi l’approbation de tous les journaux, l’approbat on des hommes les plus compétents en enseignement; et je suis persuadé que, si par l'entremise de AL le consul français, je m’adressais à la France, on in 'accueillerait cette fois avec honneur.

Mais non, Canadiens, vous m'avez reçu et je travaillerai, pour vous d'abord; mon œuvre est une œuvre canadienne et si je ne suis pas canadien par droit de naissance je le suis de cœur et autant que personne. J’appartiens à la race qui jadis a peuplé le pays et qu’ai ors on ne considérait pas comme étrangère. Ainsi donc pour conclure, je suis au Canada et j’y resterai malgré les Piérard, les Toussaint, et les Beaurivage. Un Breton ne cède pas si aisément.

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