‹ Réforme de l'enseignementChapitre 30 sur 34 · LA CAUSE EST ENTENDUE · texte numérisé non relu

LA CAUSE EST ENTENDUE

L’envie est de tons les temps et de tous les climats. Toujours inquiète et souvent venimeuse comme la vipère, elle mord ou tâche sans cesse de mordre quelqu’un ou quelque chose. Le succès d’autrui l’empêche de dormir. Nous en avons une preuve toute récente dans une brochure qui a pour père responsable et putatif un certain M. Lippens, que nous ne connaissons pas et ne désirons pas connaître, mais qui, dans tous les cas, présente au public de Québec, un triste certificat de bonne conduite, de bonne éducation et de capacité. Et pourtant on nous assure que cotte comédie de bas fond et de pauvre esprit a été revue et corrigée, chaque soir, chez un M. Piérard, son alter ego, en présence, nous assure- t-on, de la plupart des professeurs de l’École Normale qui auraient, eux aussi, horreur de la méthode nouvelle. Il est de toute importance pour eux qu’ils dégagent leur responsabilité de cette production si triste de forme et de fond, et du compagnonnage de ces deux individus, surtout

si . . ...Nous

avons les noms de ces professeurs, mais nous nous abstiendrons de les nommer, pour le moment. S’ils en veulent à M. Leroy, ce ne peut être une raison pour qu’ils s’accrochent à la première épave que les tempêtes de là- bas les vents et les courants peuvent pousser sur nos rivages. Si le système actuel, qu’ils pratiquent, leur est cher, ils sont tenus d’en prouver l’efficacité par leur enseignement et

LE SYSTÈME

non par des choses comme celle que nous avons sous les yeux.

'Le combat loyal dans le champ clos do renseignement, voilà celui et le seul qu’ils doivent rechercher et que nous avons conseillé à M. Leroy lui-même, quand il se croyait obligé de rompre une lance avec ses envieux adversaires. Sortir de là, c’est s’avouer impuissant et vaincu et se condamner d’avance à une humiliante déroute. Si le système de M. Leroy est bon, comme nous le croyons, il triomphera soyez-en sûrs, et vous vous serez fatalement brisé les dents en mordant une lime trop bien trempée pour vous; s’il ne l’est pas, il tombera de son propre poids dans l’oubli et vous n’aurez rien perdu pour votre système, sans compter que l’on, ne pourra vous accuser d’avoir, par préjugé ou par envie, voulu fermer à l’intelligence les portes de la science et de la lumière.

Le secret de cette brochure où nous-même ne sommes pas épargné, parce que nous avons eu l’audace de croire à un système qui a fait ses preuves et obtenu l’assentiment et l’admiration d’hommes autrement, posés dans renseignement que ses détracteurs, le voici :

Soyons moutons, et pour toute la vie,

Mais d’une peau de loup couvrons-nous à propos “ Pour ôler à Leroy l'envie

De venir nous manger la laine sur le dos. ”

M. Leroy, par son système, “ leur mange la laine sur le dos ” et cela ne fait pas leur affaire. Mais qu’est-ce que cela nous fait, si renseignement de nos enfants s’en trouve

POUR ET CONTRE

mieux, et que ce système soit une sérieuse économie de temps pour les élèves et d’argent pour les parents ? Les partisans de Ptolémée se plaignaient, avec une égale amertume, de Copernic et se servaient même de l’Ecriture Sainte, ce que se gardera bien de faire M. Lippens, “ pour lui ôter l’envie de venir lui manger la laine sur le dos ” ; mais le temps, la science et les faits ont fini par mettre à leur place ces champions outrés d’une routine séculaire. L’enseignement, de M. Leroy comme les sciences mêmes, pour avoir droit de cité, doit pouvoir subir victorieusement l’épreuve de l’analyse ; s’il y succombe et si les résultats lui sont contraires, il tombera sans vos épigrammes et vos plates ironies.

M. Lippens se juge bien, quand il cite la fable du singe qui montre la lanterne magique et qu’il s’écrie :

“ Moi qui suis un dindon j’y vois bien quelque chose Mais je ne sais pour quelle cause Je ne distingue pas très-bien.”

Tous vos raisonnements sont de l’espèce ; mais malgré cela ou plutôt, à cause de cela, ils n’empêchent ni les parents d’envoyer leurs enfants à M. Leroy, ni les enfants de l’aimer, de vouloir être toujours dans la classe, à l’encontre de ce que l’on voit ailleurs, et d’apprendre avec une “prodigieuse” rapidité.

MM. Lippens et Piérard, avant d’être professeurs, auraient été, dit-on, libraires dans notre bonne ville de Québec. Serait-ce dans leur librairie qu’ils auraient puisé les doctrines, qu’ils . et la fable du

LE SYSTÈME

singe ? Mais soyons patients, puisque le succès d’autrui vous est si inconstitutionnel, car d’autres indigestions comme celles-ci vous attendent, et, s’il nous est permis, à nous aussi, de parodier, nous dirons :

Le fleuve a vu sur ses rivages De sots pourfendeurs en revers Insulter comme des sauvages Les raisins qu’ils trouvent trop verts!

Cris d’Iroquois, fureurs bavardes,

Tandis que, langues de poissardes,

Vous poussez d’indécentes clameurs,

Leroy, poursuivant sa carrière Verse des torrents de lumière Sur vous, obscurs détracteurs.

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