DANS L’ENSEIGNEMENT
vivre l’enfant, pendant des années, en dehors des conditions normales, où il peut et doit se développer, et que, par là, elle le condamne à une contrainte continuelle sans lui permettre jamais de se laisser aller à son génie spécial. Cette éducation fatigue l’enfant, elle ne le forme pas.
Le premier reproche que nous adresserons à l’enseignement actuel, et ce reproche tout le monde le reconnaîtra comme fondé, c’est de couler tous les enfants dans le même moule, de telle sorte que des enfants, qui plus tard, arrivés à l’âge d’homme, doivent occuper des positions tout-à-fait dissemblables, soient sou- ,mis, pendant toute leur jeunesse, aux mêmes études, et, sans avoir une direction spéciale, à de3 goûts différents et à des aptitudes également différentes. Or, si chaque chose, dans la nature, a une fonction parfaitement déterminée, est-il possible d’admettre que l’homme pour qui la nature a été faite, n’ait pas une mission particulière à remplir et, cela étant, que cette mission ne soit pas indiquée de bonne heure à chaque homme à des signes à peu près certains. Si l’enfant, dans les collèges, ne songe presque jamais à son avenir, e’est qu’il regarde comme inutile d’y songer, vu la longueur de ses études. Aussi, au lieu de se fixer dès le principe à une position donnée, et d’y consacrer tous ses soins, il bâtit dans son imagination de magnifiques châteaux ai Espagne et flotte incertain d’un état à un autre, jusqu’au jour où il faut enfin se décider
Lst-ce à dire que nous condamnions les
RÉFORMES A FAIRE
études générales ? non certes, mais nous croyons que, s’il y a des choses qu’il est nécessaire ou même seulement utile de connaître pour tous les hommes appelés à jouer un rôle dans la société ; il y a aussi des degrés dans les connaissances générales à donner aux enfants d’après la position de leur choix. Qu’un prêtre ou un professeur étudie le latin manière à pouvoir le parler, nous l’admettons très-bien; le latin étant la langue de l’Eglise et la langue classiqne leur est indispensable, puisqu’ils sont destinés à en faire un usage continuel : mais nous ne croyons pas que cette langue soit aussi nécessaire aux autres positions ; et la meilleure preuve, c’est que, de^ tous ceux qui font leurs études, les trois quarts, sans cesser d’occuper dans le monde une situation prépondérante, finissent, après un temps plus ou moins long, par oublier à peu près complètement les langues classiques. C’est là un fait incontestable et qu’il serait aisé d’établir.
Il fut un temps où le latin était la langue du monde savant, et où non-seulement les livres religieux, mais encore tous les livres de quelque valeur étaient écrits en latin. Dans ce temps- là, pour être au courant du progrès des esprits, il suffisait de connaître la langue latine, et nous comprenons qu’à cette époque le latin fût étudié plus sérieusement qu’il ne l’est aujourd’hui, sans que nous admettions pour cela qu’il fallût, même alors, y consacrer dix ans. Qu’on sache le latin comme on le savait jadis, nous n’avons à cela aucune objec-