‹ Réforme de l'enseignement [microforme] (volume 2)Chapitre 13 sur 16 · RE AE · texte numérisé non relu

RE AE

rammaire, et la grammaire a été ite sur la langue, non pour embarraser la marche, mais pour rendre l'étude plus simple et moins fatigante. Or, en est-il de même, et n'est-il pas au contraire plus difficile d'apprendre:

une grammaire, la grammaire de Lho-.

mond par exemple, que sprre la langue latine elle-même, Pourquoi changer l’ordre de la nature? Kst-ce que le petit enfant, sur les genoux de sa mère, n’apprend pas sa langue sans le secours d'aucune règle ? Aïdonsnous donc de la grammaire, mais qu’elle ne-devienne pas un obstacle.

Le second livra, dont j'ai à vous.

parler, est intitulé : Caii Jul Ceæsaris commentarti de bello helvetio. On.

y retrouve la disposition indiquée dans le livre précédent, d’un côté le texte:

latin, de l’autre lo dictionnaire, qui y’ correspond. . Après un mois et même:

moins, si l’on vent, l'enfant peut .commencer à faire des versionsdans ce livre.

Et. ce n’est pas sans raison que j'ai choisi le guerre des Helvétiens,plutôtque tout, autre épisode tiré des auteurs latins ; mais je l'ai choisie, parceque c’est un:

fait par lui-même très-intéressant, traité de main de maitre par César,

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qui n’était pas seulement un grand général, mais encore un grand écrivain ; et que cette guerre,en quelques page:, formant un iout complet est par là même facile à détacher.

- Quoi de plus intéressant en effet, que de voir tout un peuple décider en assemblée publique qu'il quittera son pays, pour aller s'établir sous un ciel plus clément ; de voir ce peuple pendant deux ans se préparer au départ, et le moment venu brûler ses villes et ses villages et marcher sur la Gaule à travers des défilés inaccessibles ; de le voir enfin,après mille péripéties, venir succomber dans les plaines d’Autun sous les coups de César, et, pour obéir à la loi du vainqueur, rentrer dans l'Helvétie, quelques mois après en être sorti.

J'ai cru devoir, pour abréger le récit, supprimer en partie certains détails, qui, à mon avis, arrêtent l’action principale et no rentrent qu’indirectement dans le plan général. Telle est par exemple la trahison d'Orgétorix,et ce que César appelle la trahison de Dumnorix, Gaulois influent, qu'il devait faire assassiner plus tard, ot dont

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le grand tort était peut-être de voir ni: cair au jeu des Romains.

e cette façon j'ai pu en 400, lignes seulement, obtenir une œuvre d’ensemble trés-remarquable à Lous égards, et où le professeur trouvera pour ses élèves des exemples nombreux de style et de composition,sans qu’il soit besoin d'attendre jusqu'à la 3e et. la 2e, avant de les initier aux beautés de la littérature. La vie d’Agésilas offre les mêmes avantages et l’onfant, qui aura étudié ces deux ouvrages, commo je le conçois, et qui les possédera bien, sera incomparablement plus fort que celui, qui aujourd’hui charge sa mémoire et fatigue sa tête dans de gros volumes.

Car l’homme savant n'est pas celui qui connaît beaucoup de choses, c'est celui qui les connait bien. Timeo hominem unius. libri.. |

Mais, direz vous,commsnt un enfant peut-il être ainsi mis de prime abord en présence d’un auteur latin, où les inversions sont si fréquentes ?

N'est-il nécessaire de commencer par des livres, où cette langue obéisse aux lois de la logique française, qui veut que.les mots se suivent dans - leur ordre naturel ? N'est-il pas néces-

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saire qu'il n'entre, peus ainsi dire, que pas à pas dans les difficultés, qui naissent pour lui de la différence des deux langues. A cela je répondrai que les latins ne plaçaient pas leurs mots au hasard et, de mêrie qu'ils avaient une grammaire, dont les règles ont été formulées, de même ils devaient avoir des règles de construction, qu’il s'agit de découvrir. Car ces règles étant découvertes, les conditions du travail pour l'enfant se trouveront changées. Au lieu de forcer la phrase latinc à cadrer avec un sens préconçu, qu'il cherche maintenant dans le dictionnaire, il devra, d’après des règles précises, faire sa construction, et sa construction étant ainsi faite presque mécaniquement, toujours avec l’aide de son professeur, le sens vrai suivra nGcessairement et les livres élémentaires, où le français est habillé en latin, deviendront inutiles. De là moins de fatigue, et le nombro des livres étant diminué, une plus grande simplicité dans l’enseignement. .

1} a donc fallu, par un procédé analogue à celui, par lequel les règles de la grammaire ont dû être dégagtes de la langue, dégager de mème les règles

de construetion ; mais ces règles de construction ns sont pas absolues. Car de même qu'en français tous les écriv&ins, quoique se rapprochant par le caractère général de leurs écrits, ont cependant chacun leur génie particulier ; de même en latin la phrase,quoiqu'obéissant à des lois générales, a chez les différents auteurs un cachet spécial, de telle sorte qu'il’ est: impossible de donner un ensemble de règles, qi conviennent à tous les ouvrages faits en cette langue. Et pourtant il importait qu'un livre fut composé, où les mots de chaque phrase eussent une place déterminée par des lois fixes et invariables, qui obligeassent l’enfant à se rendre compte de tout et à ne rien faire par à peu près ; et voilà pourquoi dans le de brllo helvetio se trouve en haut le texto latin, tel qu’il est dans César, et en bas ce même texte méthodiquement arrangé d’après cortaines règles, qui, je le répète, ne sont pas absolues dans les auteurs. Toutefois vous pouvez vous convaincre, par l'examen des deux textes, qu'enire le texte de César et le texte srrangé il n’y a pas une grande différence ; que souvent même les phrases sont pres-

qu'identiques ; et que, sauf de. rares exceptions, les tournures sont des tou rnurés très-latines: 18 rt ou Vous allez voir maintenant comment, étant donné un'enfant, qui n’a jamais fait ni thèmes ni versions et qui sait à peine ses déclinaisons et ses Conjugaisons, on peut, grâce à l’ensemble de mes travaux, et sans faire appel à des connaissances péniblement. acquises d'avance, le lancer immédiate ment en pleine langue iatine,etle mener comme par la main au travers des obstacles de toutes sortes, qu’il rencontre à chaque pas. Vous me direz ensuite si, en appliquant à toutes les phrases les mêmes moyens d'investigation, on ne doit pas arriver forcément à des résultats magnifiques. (L'expérience a été faite depuis avec un jeune homme, n'ayant pas la moindre notion de la lanque latine) |

Deux phrases vort nous servir d’exemples: une phrase française et une phrase latine. La lère c'està-dire la phrase française est tirée de mon cours de thèmes (elle appartient à un thème de récapitulation.) La 2e, c’estâ-dire la phrase latine, est tirée des commentaires de César. Les voici:

ad —

Phrase française : Les hommes trompés par le démon méprisaient la loi de Dieu, qui eût éloigné d'eux la n°ine du déluge, dont ils approchaient le moment fatal par leurs ses, Phrase latine:

Helvetii his rebus adducti ; et Orgetorigis auctoritate permoti ; conslituerunt,ea, quæ ad proficiscendum necessariæ erant, comparare ; jumentorum et carrorum quam maximum numerum coemere ; 8ementes quam maximas facere, ut frumenti copia in itinere suppeteretl ; CUM proximis civitatibus pacem et amicitiam confirmare.

Sujvent les différentes opérations, par svite desquelles Ja phrase française est mise en latin et la phrase latine traduite en français. Ces opérations sont au nombre de trois pour les thèmes comme pour les versions; Bavoir: pour les thèmes: 10, Décom sition logique de la phrase, dont chacun des mots est placé dans la sopié imprimée à la place, qui lui convient.

2c. la phrase étant ainsi Gécomposée, chacun des mots français est mis en latin d’après les règles de la grammaire, 80. enfin placé où le veut le génie particulier des fatins. Ces opérations sont également au nombre de trois pour les versions, savoir : 10. Dé-

composition de la phrase latine ; 20 Construction, 30. Traduction en franais.

Au reste chacnne de ces opérations demande un temps d'autant plus long que l'enfant est moins avancé. Ainsi au commencement,on restera une heure et même plus sur une Seule phrase.

Car il faut que chaque phrase soit, pour ainsi dire, disséquée de telle sorte que le squelette en devienne sensible à l’enfant et, qu’en répétant sur toutes les phrases les mêmes procédés, oa finisse par les graver profondément dans son esprit. Il faut ensuite, qu’une

hrase étant ainsi disséquée, non seuement elle soit parfaitement comprise, mais encore qu’elle soit bien retenue, et que rien, dans cette phrase, ne s’oulie, ni les mots, ni les formes, ni les .. rares, ni les règles. Pour cela on rev :.ndra sans cesse sur les matières.

déjà vues, jusqu'à ce que, par cet exercice chaque jour renouvelé, les connaissances dejà acquises se tassent peu à peu et pénètrent de plus en plus Aans | mémoire de i’enfant. Quand il .ura ainsi, sous la direction de son maitre, parcouru les deux livres, dont il a été question its haut, j'ose dire

qu'il saura le latin et qu'il le saura bien. | | Toutefois l’usage des mots lui manquera encore. Car chaque auteur ayant ses mots à lui, on ne saurait, je l'ai appris par l'expérience d’un de mes élèves, réunir un bien grand nombre de mots, en prenant seulemené dans César la guerre ‘rs Helvétiens et dans Cornelius Népos. ie d'Agésilas. IL serait donc à désirer, ponr compléter le système, qu'aux deux livres éiémentaires, qui eux sont nécessaires, on ajoutât deux autres livres, l’un intitulé: les prosateurs latins et l'autre: les poites latins. Ces deux livres contiéndraient par ordre de date un des épisodes les plus remarquables des différents auteurs avec une notice sur ces auteurs et une cri‘ique abrégée de leurs œuvres. (J'y travaille en ce moment.) Je voudrais en outre que par le chcix des morceaux, qui devraient servir de modèles, on:parvint à rassembler tous les genres de compositions et que le professeur,dans ses explications, y ramenât toujours ses élèves. Il en résulterait un enseignement des plus simples.et des plus pré- <is. Car, au lieu de ces gros volumes,

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où se perd l'enfant et que l’on échelonne arbitrairement le long des études on aurait seulement quatre petits livres, qui coûteraient peuaux parents et qu' cependant renfermeraient com:me le suc de la langue. Plus tard rien n'empêcherait d’ailleurs, et je le conseillerais même, d’utiliser les conriaissances de l’erfant et au moyen delivres, qui appartiendraient aux classes et non plus aux élèves, de leur faire expliquer

aveckuite et à livre ouvert, ils le pour-

raient alors,les ouvrages les plus remar-

quables écrits en latin. Ajoutez: à ceia, si vous le voulez, quelques versions

dictées, des discours, des narrations, des vers assez rares mais sérieusements faits ; et vous aurez l’ensemble de la méthode, que je propose et que j'ai appliquée avec quelques succès.

Cette méthode est incontestablement préférable à la méthode ancienne pour tous les enfants, qui travail:

lent seuls ou du moins en petit groupe

et je ne doute pas qu’une fois connue:

elle ne soit, même telle qu’elle est, adoptée par tous les précepteurs et

tous les répétiteurs. Ne fut-elle donc utile qu'à eux, ce serait avoir beau-

le .

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